Faute de centre de traitement des or­dures, la capitale congolaise dé­verse et enfouit ses déchets sur des terrains marécageux bor­dant le fleuve Congo, rapporte Syfia Grands Lacs/RDC) reçu dimanche à l’APA. Selon l’agence, cette solution perturbe la vie des rive­rains habitués à y pêcher et pollue l’air ambiant. Un peu en amont du beach Ngobila, le port fluvial où se font les traversées entre Kins­hasa et Brazzaville, Kingabwa est un vaste quartier populaire qui borde le fleuve Congo. De petits ports privés vétustes y sont installés sur des terrains souvent marécageux.

Sur l’un des sites, Mandrandele, toutes sortes de petites activités foisonnent: des pirogues de pêcheurs bravent le courant pour ramener du Pois­son, des marchands de bois s’affairent à écouler leur marchan­dise. C’est ici que le Programme d’assainissement ur­bain de Kinshasa (Pauk), vient déverser des ordures collectées dans trois des 24 communes de la capitale congolaise.

« Chaque jour, des véhicu­les de 10 tonnes déversent 500 m3 de déchets sur ce site de 3 ha », pré­cise Pierre Mindela, qui s’occupe de la décharge. Financé par l’Union européenne, le Pauk a démarrée novembre 2009, mais le choix du site comme centrale de dépôt des déchets de la ville ne s’est pas fait sans mal.

Dès le début, les riverains ont vivement protesté dénonçant la pollution de l’environnement. L’air est en effet devenu irrespirable. Des odeurs répugnantes se répandent partout à chaque passage des véhicules du Pauk. On n’y circule plus sans se boucher le nez. « Nous nous réfugions dans nos maisons pour ne pas respirer cette puanteur », raconte Eugène Bayinga. Les habitants du quartier se plaignent estimant que cela est à l’origine de la re­crudescence des maladies comme la fièvre typhoïde et le paludisme.

Menace pour la santé des riverains

Toutes les sortes d’ordu­res ménagères et autres échouent sur le site. A l’excep­tion, selon Pierre Mindela, des détritus d’hôpitaux. Malgré les odeurs que dé­gagent ces saletés, des person­nes démunies viennent y fouiller et ramasser des objets recyclables. Fer, matières plas­tiques... sont systématiquement récupérés et revendus aux peti­tes usines de transformation.

« Je nourris ma famille en revendant les objets plastiques », avoue une veuve. Des jeunes filles ramassent aussi, les mains nues, des mèches usagé » pour se faire tresser les cheveux. Maîtres du fleuve, les pé­cheurs ont, eux, perdu une grande partie de leur espace de vie. Les marécages qui reçoivent les immondices constituaient un bon vivier où ils capturaient fa­cilement du poisson. « Notre production a baissé. Et nous som­mes obligés d’aller pêcher plus loin dans le fleuve », témoignent-­ils.

Ils ont en outre perdu leurs cases construites sur pilotis, où ils amarraient leurs pirogues bien attachées à l’aide des chaî­nes. Sans case, ils parquent aujourd’hui un peu plus loin et passent leurs nuits dans leurs petites embarcations pour ne pas se faire voler...

Au Pauk, les responsables justifient le choix de ce site qui sert de grand dépotoir à la ville. Mégapole de plus de 8 millions d’habitants, Kinshasa produit environ 5.000 t de déchets mé­nagers par jour. Mais la capitale n’a pas de centre approprié de traitement des ordures. « Les marécages au bord du fleuve ont été choisis pour être transformés en site viable qui accueillera un port et d’autres infrastructures », explique Pierre Mindela.

Un site plus viable?

Les ordures déchargées dans le dépotoir sont ensuite compactées par des engins puis recouvertes de terre jaune. Lors de l’opération, des barrières sont érigées pour marquer les limites entre les marécages et le fleuve. Une fois enterrés, « il ne se pose aucun problème de pollu­tion, car les déchets ne coulent ou ne flottent pas dans le fleuve », se défend le Pauk.

Les riverains ont fini par se calmer et accepter cet état de fait. « Le Pauk a promis de nous reconstruire des vraies maisons à la place des huttes détruites », disent des pécheurs quelque peu rassurés. Tout proche de Mandrandele, sur un autre espace marécageux, un vaste projet s’est lancé le défi de bâtir une petite ville moderne déjà bap­tisée « Cité du fleuve ».

Sur cet ambitieux chantier, des motopompes géantes aspirent le sable du fond des eaux qu’elles déversent sur les marécages pour solidifier le terrain. « Le Pauk aurait dû recou­rir à cette technique non pol­luante pour viabiliser son site », conseille un expert qui se plaint aussi des odeurs qui lui parvien­nent du dépotoir voisin.

APA


(GT/TH/GW/Yes)