Il n’y a plus de torpeur ni d’indolence au ministère des Affaires sociales, action humanitaire et solidarité nationale pour intervenir dans les secours attendus de sa part en faveur des cas des sinistres humanitaires comme en témoigne la dernière action posée avec le déplacement du ministre Kambere auprès des déplacés de Dongo candidats au retour à partir de Gemena
Le ministre des Affaires sociales, action humanitaire et solidarité nationale, M. Ferdinand Kambere, a effectué mercredi un prompt déplacement aller-retour à Gemena dans le Sud-Ubangi pour assister et réconforter un deuxième convoi d’une soixantaine de ménages de déplacés de Dongo ayant trouvé asile dans cette cité et candidats au retour à Dongo pacifié. Un premier groupe de trente ménages a déjà regagné Dongo par les soins des autorités gouvernementales avec la collaboration de la dynamique et efficace Ong locale Asodev (Association pour le développement, que dirige l’Abbé Oswald Bagaza, ambassadeur humanitaire de la RDC.
Le n° 1 de l’action humanitaire est occupé par ces actions à sortir son ministère de la torpeur dont il s’est caractérisé dans le passé par manque de poigne de ses dirigeants. Cette fois sera peut-être la bonne, croit-on savoir, au regard de la détermination du ministre Kambere abordé au retour de sa mission à Gemena pour en donner les tenants et aboutissants avec de pertinentes et édifiantes remarques sur la politique du social d’un pays post-conflit naturellement attendu à des actions convaincantes d’interventions efficaces pour soulager l’océan de misère qui ballotte sa population. L’interview ci-après du ministre en dit long. Suivez.
M. le ministre, votre prompt déplacement mercredi à Gemena pour voler au secours des déplacés de Dongo candidats au retour chez eux a été une heureuse surprise pour beaucoup de compatriotes impatients de connaître les actions concrètes que pose le gouvernement dans la crise humanitaire de la tragédie Enyele au Sud-Ubangi province de l’Equateur.
Vous savez que comme ministre des Affaires sociales, Action humanitaire et Solidarité nationale, on est le bras du gouvernement pour agir en faveur des déplacés internes. Il nous revient d’essayer de voir comment aider, en effet, les compatriotes déplacés du fait des conflits entre communautés, des victimes des conflits armés. Vérifier si la paix est rétablie par le ministère de la Défense et celui de l’Intérieur, de sorte que dès que le calme est retourné, le ministère des Affaires sociales entre dans la danse pour aider les populations en situation de déplacés pour les ramener chez elles. Cela est d’ailleurs la demande incessante de ces mêmes déplacés déstabilisées pour être longtemps éloignées de leurs milieux..
Le conflit Enyele Monzaya de Tongo dont il est question a endeuillé et attristé beaucoup de familles qu’on a séparées. Ces gens, dès qu’ils ont appris que le gouvernement a pacifié le lieu, ont besoin de se retrouver en famille pour reprendre leur train-train de vie habituelle marquée par des activités champêtres et autres. Voilà pourquoi on est allé, parce qu’il s’agit d’un processus que nous avons lancé depuis le 18 avril, opérations qu’on a réussies avec les associations locales comme l’Association pour le développement que (Asodev) que pilote M. l’Abbé Oswald Bagaza, ambassadeur humanitaire officiel de la RDC, que je remercie avec tous les volontaires qu’il utilise dans l’association, parce ce sont ceux-là au moins qui nous aident à identifier facilement les déplacés internes concernés.
L’Asodev est intervenu efficacement dans l’inventaire des besoins élémentaires des déplacés pour aider à constituer un kit humanitaire devant les accompagner tout le long du parcours pendant ce voyage retour de plus de 200 km sur un tronçon jonché de nids de poule. Cela est en train de se dérouler sans couacs. Le premier convoi constitué de trente ménages a été pour moi une réussite. Ce premier de groupe de retournés du programme gouvernemental, quand ils ont regagné Dongo, ont retrouvé d’autres qui venaient d’arriver avant eux, puisqu’il y en a quand même qui, sans attendre des moyens, viennent et utilisent tout autre possibilité jusqu’à rentrer à pied pour retrouver leurs cases.
Nous pensons donc que ce que nous sommes allés faire mercredi était justement ce qui est attendu de nous pour continuer le processus en évitant qu’il s’arrête. Pour l’efficacité de l’opération nous organisons aussi sa sécurisation, parce qu’il faut toujours la police pour accompagner et sécuriser ces déplacés. L’opération est menée en deux temps, parce qu’après un premier groupe de trente familles déjà retournées, maintenant c’est soixante ménages que nous comptons rapatrier.
Ceci ne dit pas que le travail du ministère des Affaires sociales ne s’arrête qu’à des opérations de rapatriement et de retournement des déplacés dans les milieux d’origine. Ceci suppose que dès qu’on est en situations difficiles, le gouvernement doit toujours être présent avec le peu de moyens qu’il a pour essayer d’assister les déplacés. Pour le cas de ceux qui étaient là à Gemena, ils ont été dans des familles d’accueil, dans des écoles, dans des églises. Le gouvernement ainsi que peut-être d’autres partenaires humanitaires ont fait les premières évaluations des besoins humanitaires. Maintenant qu’on est dans la phase où ces déplacés doivent regagner Dongo parce que la paix est revenue, il s’agit de voir comment aider ces Congolais à se réinsérer socio-économiquement
Souvent ces opérations sont difficiles à amener à plus ou moins pleine satisfaction des attentes, parce que les associations auxquelles vous accordez les moyens à cette fin n’ont pas toujours été à la hauteur de la tâche leur confiée. Des cas de détournements des moyens sont souvent dénoncés et déplorés jusqu’à conclure que les associations tirent profit des opérations pour elles-mêmes plutôt que pour les sinistrés à aider. Est-ce encore le cas cette fois-ci ?
Non, je peux dire que ce n’est pas le cas et nous avons pris toutes les précautions pour éviter de poser des actions disparates. C’est à cela que nous avons, nous, en ce qui nous concerne, responsabilisé avec un mandat précis notre chef de division des Affaires sociales, action humanitaire, qui habituellement vit à Mbandaka le chef-lieu de province mais qui nous a vus travailler avec les Ong de Mbandaka, les organisations de Mbandaka, en l’occurrence la Croix Rouge et Caritas-Mbandaka. On a travaillé avec ces gens-là pour assister les déplacés de Makanja, Bomongo, Lobengo. C’était, je crois, en date du 10 avril.
A partir de l’expérience acquise à Mbandaka par le chef de division, nous avons envoyé ce dernier à Gemena pour faire la même chose. Cette fois-ci c’est avec l’association de M. l’Abbé Bagaza que tout est en train de se passer dans l’ordre. Le chef de division joue le rôle plus ou moins de superviseur au nom du ministère tout en laissant une grande marge de manœuvre à l’association Asodev. Celle-ci opère avec le comité des déplacés eux-mêmes. En effet, non seulement il y a l’association mais également le comité des déplacés qui sont organisés comme tels pour essayer d’éviter qu’il y ait des désordres.
Pour nous l’avantage, c’est que ce qui est donné arrive au maximum aux bénéficiaires. Jusque là dans les deux actions menées avec Caritas et Croix Rouge à Mbandaka, c’était avec satisfaction que nous avons posé ces actions-là en collaboration avec le chef de division des Affaires sociales et actions humanitaires sans oublier le gouvernement provincial, parce que nous étions au chef-lieu de la province. Quant à Gemena, on s’est arrêté au chef de division des Affaires sociales. Ici il avait été question de prendre en charge les déplacés trouvés à Gemena en comptant aussi le chef de division lui-même avec son équipe aussi. C’est comme cela qu’il est là pour continuer à superviser les activités du ministère jusqu’à la fin du mandat.
Vos actions ont-elles eu des échos favorables auprès des associations ou organisations humanitaires internationales qui trouvent parfois qu’on les double dans ce qui apparaît comme leur job habituel jalousement réservé pour elles ?
Bon, j’ai vu dans le bulletin Info Ocha qui a fait allusion à ce premier retour. On a visiblement attendu que ces déplacés arrivent à Dongo pour en faire écho. Certes, les besoins sont encore énormes parce que les déplaces, en rentrant à Dongo, on doit continuer leur prise en charge, question de voir comme je vous l’ai dit, comment ils doivent reconstituer leurs cases, leurs cabanes pour y habituer. Ils doivent reprendre leurs activités. Il est vrai que dans les kits que nous leur avons distribués, nous ne manquons pas de prévoir quelques couvertures, quelques ustensiles de cuisine, la machette pour les travaux champêtres et un peu pour l’alimentation ainsi que des produits pharmaceutiques.
On ne manque pas de prévoir cela. Mais tout ceci n’est pas suffisant, il faudra que maintenant pour des travaux champêtres, nous voyons la possibilité de disposer de la semence, par exemple, selon les cultures habituellement utilisées là-bas. Voir aussi si on peut promouvoir quelques activités telles l’apprentissage de métier pour des jeunes filles ou des jeunes gens qui, peut-être, n’ont pas pu aller à l’école et pour lesquels il faut essayer d’organiser des cours de rattrapage, des formations professionnelles en coupe et couture, en menuiserie, en maçonnerie ainsi de suite. Tout cela pour toujours accompagner la population de Dongo et ses environs afin qu’elles aussi, au nom de la solidarité nationale, sentent que le gouvernement a donné l’espoir à tout le monde.
Comme espoir il a pu être constaté que vous êtes arrivé à Gemena, M. le ministre, sous de très bons augures, puisque vous y avez été parmi les premiers à avoir annoncé la capture du chef de l’insurrection qui a déstabilisé la région en la personne du sieur Udjani. Du reste, en donnant cette annonce de capture d’Udjani à la population dont vous êtes allé assister à l’opération rapatriement, comment avez-vous senti qu’elle a accueilli votre message ?
Cette information, nous-mêmes nous l’avons reçue en descendant de l’avion. Ce n’était pas pour cela que nous nous sommes rendus à Gemena mais plutôt pour continuer le processus de rapatriement. Il s’est fait qu’en nous accueillant, le chef de district nous a donné comme première bonne nouvelle cette capture de Udjani. Je crois que pour nous humanitaires qui prions, qui voulons la paix à tout prix, nous pensons que c’est un élément de plus, si ceci est effectivement arrivé. Lui-même le chef de district disait qu’il avait appris l’information sans avoir été sur place à Dongo où il comptait se déplacer afin de vérifier le fait et s’en rassurer de sorte qu’au besoin il puisse ramener la personne. On est parti de là avant que lui-même ne se rende à Dongo. Dans tous les cas la nouvelle a été une bonne information surtout lorsqu’elle sera confirmée par les autorités habilitées à donner ce genre d’événements.
A côté des déplacés qui sont sur le territoire national que vous avez pu visiter, il y a les autres qui ont franchi les frontières pour aller se refugier en République du Congo et dont les péripéties défraient la chronique avec alerte de la communauté internationale sur cette situation. Est-ce que vous avez prévu d’intervenir dans le cadre de ce qui est souhaité par ce pays voisin qui les héberge, notamment avec l’ouverture proposée d’un couloir humanitaire pour leur venir en aide ?
Je ne pense pas que le problème de nos compatriotes qui ont été accueillis heureusement par le Congo-Brazzaville se pose en terme de besoin de couloir humanitaire, que les humanitaires en aient besoin pour secourir et apporter assistance à ces compatriotes se retrouvant dans ce pays voisin et frère. Parce qu’il n’y a pas là insécurité ! Le couloir signifie qu’il n’y a pas moyen pour les travailleurs humanitaires d’emmener l’aide qu’ils ont, à cause de l’insécurité.
Aujourd’hui à Dongo il n’y a pas insécurité. La preuve, comme je vous l’ai dit : si les humanitaires partent de Gemena, ils vont faire arriver l’assistance humanitaire à Dongo. On n’a donc pas besoin de couloir humanitaire. Nous et même nos voisins on a besoin que la communauté humanitaire internationale qui nous a toujours assistés apporte encore de l’aide, surtout à Dongo. Que ceux qui ont l’argent, par exemple pour réhabiliter les écoles, les dispensaires, viennent réhabiliter ces infrastructures à Dongo. Le gouvernement, il est vrai, agit avec les moyens de bord, mais au nom de la solidarité internationale, je crois que ces humanitaires internationaux qui disent avoir des moyens peuvent viabiliser Dongo.
Dès que Dongo sera viabilisé, même les déplacés qui sont au Congo-Brazzaville reviendront ! Ils n’attendent que cela. Ils seront rassurés. Actuellement le retour des déplacés de Dongo est déjà estimé à plus de 60 % ! Cela veut dire que si on pouvait viabiliser le lieu avec quelques travaux de réaménagement du territoire, dans la cité de Dongo particulièrement, je crois que ceci est valable pour faciliter le retour. Quant au couloir humanitaire, je crois qu’on n’en a pas besoin. On a plutôt besoin de la viabilisation de Dongo pour que la population revienne.
Mais il semble qu’il y a des gens qui ont laissé entendre que dans les rangs des déplacés partis de l’autre côté de la frontière, dans le département de la Likouala au Congo-Brazzaville, il y aurait des éléments qui détiendraient des armes, ce qui serait la raison de la crainte avérée de menace d’insécurité nécessitant le fameux couloir humanitaire !
J’ai été à l’émission Dialogue Intercongolais de radio Okapi avec le ministre de la Communication et Relations avec le Parlement de la République du Congo qui n’a pas reconnu cela. Il a réfuté cela en disant qu’il n’y avait pas indexation quelconque pour une « insécurisation » qui viendrait du fait des déplacés ou des réfugiés congolais de la RDC qui se trouvent dans le département de la Likouala. Ceci nous a réconfortés. Parce que se retrouver dans un pays voisin où ils ont été accueillis comme des frères, constituer en même temps une menace, je crois que cela allait être quand même grave !
Je crois que ce que Congo-Brazzaville demande est que nous fassions vite pour viabiliser tous Dongo, pour assurer que le calme est revenu à Dongo, et voir dans quelle mesure ramener la population des déplacés de Dongo à Dongo, pour qu’elle reprenne ses activités.
Propos recueillis par Daniel Nzuzi/MMC
(DN/Yes)