Aller à la rencontre de Madame Fatou BENSOUDA, Procureure adjointe de la Cour Pénale Internationale (CPI), est une étape très importante pour la concrétisation du travail effectué sur le
terrain en RDC et particulièrement au Sud-Kivu par l’Asbl Caravane pour la Paix et la Solidarité (CPPS), a déclaré la présidente de celle-ci.

En effet, Mme Béatrice Bashizi s’est entretenue adjointe de la cour précitée, pendant près de deux heures.

Lors de cette entrevue, tout a commencé par la présentation par Mme Bensouda, de  sa collaboratrice, Mme Gloria ATIBA DAVIES. Cette dernière se trouve être la responsable de l'Unité « Genre et enfants » à la CPI.

A leur tour, Mme Béatrice BASHIZI, Présidente de l’Asbl CPPS et Madame Sylvie GROLET, Chargée de projets de l’Asbl, ont ensuite présenté l’association qui a su jeter un pont de solidarité entre la Belgique et la République Démocratique du Congo, pays dont sont originaire la majorité de membres de l’Asbl.

Les hôtes de la cour ont parlé avec la magistrate des actions de leur association, aussi bien au Nord qu’au Sud de la Rdc, avec comme axe central la lutte contre la pauvreté et la prévention des maladies mentales chez les femmes traumatisées de guerre.

Afin de permettre le développement de ces deux axes en Rdc, une paix durable est primordiale, d’où l’intérêt qui a motivé ces deux de la paix de rencontrer les membres éminents de la CPI.

« Les violences faites aux femmes en Rdc constituent une partie des violences subies par la nation entière, il faut que les violeurs directs et indirects soient enfin punis et que les victimes soient dédommagées », a expliqué Mme Bashizi.

Mme la Procureure adjointe a écouté avec beaucoup d’attention et a rassurée à ses interlocuteurs que des enquêtes sont menées actuellement par le bureau du Procureur, notamment sur la situation en République Démocratique du Congo.

Et de poursuivre : « C’est d’ailleurs le gouvernement congolais lui-même qui a invité le Procureur à venir enquêter. Les enquêtes menées concernent principalement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité (dont l’esclavage sexuel et le viol font partie).

Dans un premier temps, la CPI s’est rendue à Bunia, en Ituri et les enquêtes se poursuivent actuellement à l’Est de la RDC. Mais pour que le travail de la CPI soit efficace, une collaboration de la population témoins des abus est nécessaire. La CPI cherche également à poursuivre les fournisseurs d’armes en RDC et les pilleurs de ressources minières. Mais l’utilisation du viol comme arme de guerre reste au centre des préoccupations ».

Pendant ces échanges, Mme la Procureure adjointe a posé une question qui lui est venu à l’esprit devant l’insoutenable violence qui s’est déployée à l’Est de la RDC. Elle a donc demandé avec beaucoup de pudeur si le viol fait partie des moeurs en Afrique Centrale.

A cette interrogation, Mme Béatrice BASHIZI a alors pris le temps d’expliquer que cela ne fait pas partie des moeurs mais que les femmes que l’on appelle « maman » ont un rôle central dans la société congolaise et qu’elles sont très respectées, les agresseurs en RDC ont alors vite compris qu’en détruisant les femmes, c’est toute la nation congolaise qu’ils mettaient à genoux.

A en croire Mme Bashizi, jusqu’il y a peu, le mot « violer » ne figurait pas dans la langue swahili. « Nous sommes allés jusqu’en Tanzanie pour apprendre que violer = kubaka ! Nous avons la tâche d’expliquer au monde l’histoire de cette guerre injuste que l’on a imposé à notre pays, il faut que le monde connaisse la vérité sur cette violence. »

Madame la Procureure adjointe a voulu en savoir plus sur les projets à long terme avec les femmes du Sud-Kivu. Les femmes de la diaspora comme celles qui sont restées au pays ont montré au monde leurs capacités à garder la tête haute et leur dignité dans n’importe quelle situation. Elles sont responsables, solidaires et portent leur pays, elles sont au four et au moulin.

« A l’asbl Caravane pour la Paix et la Solidarité, il y a l’ambition de contribuer à la reconstruction de la Rdc », a dit la présidente de l’Asbl congolaise. « Nous voulons renforcer les capacités des femmes de la RDC. Pour cela, nous multiplions les contacts avec les bailleurs de fonds potentiels qui accepteront de nous accompagner le moment venu. Nous avons développé une vraie chaîne de solidarité entre les femmes belges et celles du Sud-Kivu et nous avons des projets de construction d’une infrastructure permettant d’abriter et regrouper les initiatives des femmes, favoriser les synergies afin de visibiliser le travail de la société civile du Sud-Kivu ».

A la fin de l’entretien, la Procureure adjointe a accepté l’invitation d’accompagner la CPPS lors de la rencontre internationale de la Marche Mondiale des Femmes (MMF) qui aura lieu en octobre au Sud-Kivu.

Pour ces deux dames congolaises, la présence de la Procureure vaudra son pesant d’or parmi elle car cela va susciter sans nul doute une impulsion à la MMF et va renforcer la symbolique de cet évènement.

« Les femmes n’ont pas dit leur dernier mot. Ensemble, en collaboration avec la CPI, nous allons traquer les agresseurs de la nation congolaise afin que nos martyres puissent reposer en paix et que les survivantes puissent se reconstruire et poser les bases pour un avenir meilleur au profit des futures générations. Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche ! », Ont-elle conclu.

C.L./MMC


(CL/Yes)