Alors que le président rwandais vient d’opérer une série de réformes drastiques dans son système de sécurité; le voilà dans le collimateur d’un lobbying international de type citoyen. Deux généraux ont été mis aux arrêts et déférés devant la justice militaire à Kigali. L’énigmatique James Kabarehebe, dernier pré carré des fidèles et durs du régime, est passé ministre de la Défense nationale. A la veille de la présidentielle prévue pour août 2010, la manoeuvre a hérissé le poil de plus d’un observateur.

Ainsi, un groupe de citoyens en provenance du Canada, de la Belgique, de la France, de l’Allemagne et de la Suisse ont pris le courage d’exercer une forte pression sur Montréal à la faveur de la visite de la gouverneure générale du Canada au Rwanda. Ce groupe demande expressément au Canada d’arrêter de cautionner les crimes perpétrés par le régime de Paul Kagame.

Par conséquent, la visite officielle de Michaëlle Jean au Rwanda risque de servir de caution à un régime jugé comme l’un des plus répressifs et des plus meurtriers par le groupe citoyen international.

On retrouve au sein de ce dernier, Jean-Marie Ndagijimana, ancien ambassadeur du Rwanda et auteur du livre « Paul Kagame a sacrifié les Tutsis », ainsi que Luc Marchal, ancien commandant de la Minuar (Mission des Nations unies au Rwanda) dans le secteur Kigali.

Fortes de leur poids sur le plan international, ces personnalités, alliées à plusieurs autres, sont décidées à mettre le régime de Kigali dos au mur. Et les élections d’août prochain paraissent comme le moment indiqué pour l’ultime et, pourquoi pas, fatal affrontement. Aussi le groupe citoyen international préfère-t-­il prendre de l’avance sur les événements. Il exige au Canada de profiter de la visite de son haut représentant à Kigali pour exiger la transparence et la garantie démocratique de la présidentielle d’août prochain. Il faut que les partis d’opposition soient autorisés à circuler librement et commencent dès maintenant à superviser la campagne électorale.

Coup dur

Le Canada doit d’autant plus s’impliquer à faire respecter ces exigences que le groupe citoyen international dénonce. Il dénonce la complicité de Montréal dans le massacre de 200 000 réfugiés Hutus par James Kabarebe sur le territoire congolais. En effet, grâce à l’activisme coupable de l’ambassadeur du Canada, Raymond Chrétien et du général Maurice Baril, ce massacre a été effacé à l’Onu.

Cela fait 16 ans que Kagame a su échapper à toute inquisition internationale dans les affaires du Rwanda. Mais, cette fois, les carottes semblent cuites. Le groupe citoyen international a pris l’engagement de profiter de la visite de la gouverneure générale du Canada au Rwanda, en vue de porter la confrontation sur la place publique rwandaise. Un commando de journalistes internationaux kamikazes est chargé de provoquer cette confrontation. Il a pour mission de rencontrer les partis d’opposition, les journalistes locaux non alignés ainsi que toutes les personnes considérées comme menacées par le régime. Toutes ces rencontres doivent se faire au défi des agents du FPR (civils, policiers ou militaires).

Les carottes paraissent d’autant plus cuites que même l’histoire du Tribunal pénal international pour le Rwanda se trouve complètement revisitée. Suivant un prisme totalement négationniste. En effet, souligne le groupe citoyen international, en 15 années d’enquêtes et de procès, le TPIR a dû conclure qu’il n’y avait aucune preuve de complot génocidaire dans le chef du régime Habyarimana. Mais, curieusement, les manigances judiciaires orchestrées par de puissants commanditaires ont été nombreuses, dénonce le lobby citoyen. Celui-ci poursuit en précisant que dans un jugement prononcé par la Chambre d’appel du TPIR, le 16 novembre 2009, les juges ont sévèrement reproché au procureur la piètre qualité de son dossier, qui reposait essentiellement sur des montages, de fausses preuves et de faux témoignages. Ainsi l’on assiste à une série de libérations et d’acquittements.

Quelque soit ce que l’on peut dire de tout ce qui précède, il ne fait aucun doute que les jours de Kagame sont désormais comptés. Il va l’échapper en août prochain, c’est sûr. Mais, ce ne sera là qu’un simple sursis. Combien de temps va durer le grand affrontement? En tout état de cause, moins que n’a duré l’âge d’or du FPR. Dans l’histoire de tous les régimes du monde, la chute commence le jour où la fronde internationale commence à s’organiser. Qu’elle parte du Canada à la Suisse en passant par l’Allemagne, la France et la Belgique reste un signe annonciateur du futur orage.

Le Palmarès


(DN/Tkm/HM/Yes)