En effet, d’après une certaine source, ces pasteurs sont des gens sans église qui prêchent le message de Dieu dans le taxi bus en essayant de gagner leur vie, mais ils ne sont pas appréciés par tout le monde.
Un phénomène qui devient aussi courant à Kinshasa est celui des « prédicateurs » ambulants qui installent, pour des journées entières et de façon régulière, les églises dites de réveil charismatique dans les bus et taxis bus. Depuis 1990, avènement des églises de réveil, certains bus en circulation sont pris d’assaut par des « opportunistes » pour prêcher les messages contenus dans de nouveaux testaments en lambeaux et demander une assistance au soutien à l’œuvre de Dieu.
Selon certaines sources, ces gens sont des pasteurs sans église qui prêchent la Bible aux passagers des bus. Pour des jeunes gens ou des chômeurs, il s’agit là de gagner leur vie, mais ces prédicateurs sont loin d’être appréciés par tous.
Bondé de monde, un véhicule jaune Congo Bus avance péniblement sur le boulevard Lumumba, à Kinshasa, plombé par les embouteillages matinaux. Soudain, une voix s’élève au milieu des voyageurs : « Alléluia », lance un jeune homme. Comme s’ils n’attendaient que cela, les voyageurs répondent en chœur : « Amen ».
« Que celui qui aime Jésus, l’acclame », renchérit la voix. Et dans le véhicule, les acclamations fusent. « Chers frères et soeurs, je vous prie d’accueillir avec honneur le pasteur David », lance un bonhomme au milieu du bus. Vêtu d’une veste à rayures blanches, d’une chemise bleue à col blanc serré par une cravate, le pasteur David, la trentaine, se lève sous les ovations.
« Bien-aimés, ce matin, Dieu a un plan pour vous. Je sais que les temps sont difficiles, mais au nom de Jésus, votre infortuné va se transformer en fortuné... Aujourd’hui, je vous promets, Dieu va résoudre tous vos problèmes », entonne le jeune homme.
Après trente minutes de sermon, entrecoupé de prières, de chants et de louanges, le pasteur D. passe à la collecte des offrandes. « Dieu a dit que son serviteur vivra du soutien des croyants. Je vous exhorte donc à soutenir l’oeuvre de Dieu », dit-il. « Ne ménagez pas votre générosité. Donnez et Dieu multipliera vos offrandes au centuple ».
Pour les passagers qui n’espèrent que bien gagner leur journée, un petit billet à celui qui leur promet monts et merveilles n’est jamais perdu, mais ces prêches ne sont cependant pas du goût de tous.
« Ces prétendus évangélistes exagèrent. Sous prétexte de prêcher, ils courent en réalité après l’argent », affirme un passager.
Des offrandes généreuses
Au cours des dix dernières années, des milliers de sectes appelées « les églises de réveil » ont vu le jour en République démocratique du Congo. Elles prétendent apporter des solutions miracles à la misère des gens. Dans la capitale, le phénomène a pris énormément d’ampleur et les prêches se déroulent partout, dans la rue, sur les marchés... et, de plus en plus, dans les bus.
« Le long des trajets, ils organisent un culte complet au mépris du droit à la différence religieuse ou de la tranquillité des passagers », lance J-P, un enseignant qui supporte mal les perturbations de ces cultes ambulants.
Pour le sociologue C. Mp. ces prédicateurs n’ont en général d’évangélistes que la Bible, qui ne les quitte jamais, et un certain bagout ». Nombre d’entre eux sont d’ailleurs très bien organisés.
« Certains sont abonnés aux bus à bord desquels ils prêchent.
A la fin de leur activité, vers 9 heures du soir, ils versent une commission sur les recettes au chauffeur et à son équipage », explique Ad., un chauffeur qui voit défiler ces pasteur sa longueur de journée. Ces « recettes » - les offrandes - peuvent en général atteindre 50 à 100 dollars par jour (33 à 68 euros), selon Adrien, soit le salaire mensuel moyen d’un enseignant congolais.
L’évangélisation ambulante est donc devenue une activité très lucrative. N’importe qui peut ainsi décider de monter sa propre église au coin d’une rue, comme on en voit d’ailleurs fleurir un peu partout dans la ville, et opérer de bus en bus ou de marché en marché. « Ouvriers au chômage, jeunes sans débouchés, mineurs d’âge, tous soutiennent généralement avoir reçu le don du SaintEsprit », explique-t-on.
Pour le pasteur baptiste Yves, diplômé d’une école de théologie en Côte d’Ivoire, « n’importe qui peut aujourd’hui se lever le matin, entrer dans un bus, une Bible à la main ou se rendre dans une place publique pour prêcher ». Pour cet homme d’église, ce phénomène banalise complètement l’évangélisation.
Pour ce pasteur qui a suivi 6 ans d’études théologiques, il n’est pas concevable que des gens sans formation se proclament évangélistes « rien que pour se faire de l’argent ». Il estime que l’Etat devrait mettre de l’ordre dans ces pratiques, mais dans un pays où la liberté religieuse est inscrite dans la Constitution, ce n’est pas une mince affaire.
« Comment empêcher ces évangélistes ambulants d’exercer leur droit constitutionnel ? », interroge un fonctionnaire de la Direction des cultes du Ministère de la Justice. En août 2007, le gouvernement avait subordonné le fonctionnement des Eglises au respect de certaines conditions, comme être en règle avec la loi sur les ASBL, avoir les titres requis pour fonder une Eglise et exercer le culte sans gêner l’ordre public ou les droits d’autrui. « Mais quelques-unes ont vite fait d’attaquer cette décision devant la justice », rappelle le fonctionnaire.
R.B./Le Palmarès
(Tkm/GM/PKF)