Cette fois, Pépé Manuaku prend une décision ferme et quitte définitivement Zaïko Langa Langa. Son père biologique, Papa Vavinga entre dans la danse et rencontre Franco Luambo Makiadi pour lui signifier avec autorité que son fils ne réintégrera plus Zaïko Langa Langa.
Premier musicien à être engagé au sein de Zaïko Langa Langa en 1969, Félix Manuaku Waku alias « Pépé Félly le Magicien » avait changé les données artistiques de cet orchestre.
Les chansons « Célé Félly », « La Tout neige » sont les premiers succès témoignant la performance de l’artiste par sa guitare qui réussira à fasciner le public en 1970 dans les titres tels que « Onassis », « Vie ya mosolo »...
Suite au succès récolté par les oeuvres de Zaïko sur le marché, quelques chanteurs quittent Zaïko Langa Langa, dont ils étaient les grandes vedettes, pour aller créer le groupe Isifi Lokole.
Il s’agit notamment de Papa Wemba, Evoloko et Mavuela. Les chanteurs Nyoka Longo, Bimi Ombale restent dans Zaïko qui conserve aussi ses instrumentistes, au nombre desquels Pépé Félly Manuaku, le chef d’orchestre.
Le recrutement de Ya’ Lengos et Likinga en 1974 donnera naissance aux chansons telles que « Elo », « Awa »... Le groupe reprend du poil de la bête.
Pendant ce temps, Manuaku collabore avec Ray Lema et Popol Mansiamina au sein du groupe « Ya Tupas » et sort des chansons comme « Yenga Yenga », « Etike » et une version retravaillée de « Zaïko Wa Wa ».
A cause de ses performances artistiques, Manuaku est très sollicité. Après avoir accompagné Mpongo Love dans la chanson « Ndaya » avec « Les Ya Tupas », Manuaku sera sollicité par Koffi Olomide pour jouer dans les chansons « Asso » et « Sango ndambu ».
Entre 1978 et 1980, Manuaku sera sollicité par Mbuta Ottis pour l’accompagner dans les chansons « Tata na Titi » et « Arc-en-ciel ».
Pendant cette période, les choses ne marchaient plus au sein du groupe Isifi. Evoloko restera seul avec Seluta et Adam Muangisa. Ses anciens compagnons, Papa Wemba, Mavuela, Mbuta Mashakado partiront pour créer Yoka Lokole.
Dans les deux orchestres, Isifi et Yoka Lokole, les choses tournaient au vinaigre. Evoloko sollicite son retour dans Zaïko Langa Langa mais, en vain. Toutes les portes lui sont hermétiquement fermées. Personne ne voulait plus de lui au sein de Zaïko Langa Langa.
Comme Manuaku était chef d’orchestre, Evoloko le sollicite et veut s’appuyer sur lui.
Pépé Félly Manuaku met toutes les batteries en marche pour récupérer son ami Evoloko Antoine, que tout le monde dans Zaïko considérait comme trouble-fête. Sans succès.
Pendant ce temps, Mbuta Ottis et Pépé Manuaku collaborent dans la réalisation des chansons « Révélation » et « Ange Bakumba ». Pépé Félly invite Evoloko à chanter au studio. A sa sortie, l’œuvre est sous le label de Zaïko Langa Langa. Elle donne à Evoloko un nouveau souffle. C’était entre 1980-1982.
Toujours dans le souci de redonner sa chance à son ami Evoloko, Manuaku et Ottis reviennent sur le marché avec les chansons « Souvenir Mondo » d’Evoloko, « 7ème Sacrement de Manuaku qui ont fait un succès fou. El Zaïko Langa Langa sera divisé en deux camps.
Ayant eu peur de perdre Manuaku qui travaillait avec Ottis Mbuta et Evoloko, dont le succès crevait le plafond, DV Muanda acceptera de signer la lettre autorisant Evoloko Atshuamo de réintégrer Zaïko L.L.
La lettre signée dans le bar « Sans chemise » au coin des avenues Djolu et Gambela, dans la commune de Kasa-Vubu, où DV Moanda prenait sa bière, est remise, pour transmission au destinataire, à Pekele Ndondele et Pépé Tumba, deux jeunes frères de Manuaku. Cela se passe en 1984.
Une semaine après le retour d’Atshuamo dans Zaïko Langa Langa, le désordre réapparaît dans le groupe. On ne veut plus jamais d’Evoloko. Manuaku, fidèle à son ami Atshuamo, quitte Zaïko Langa Langa.
Chekedan, Mbuta Nsasa et Manu claquent la porte à leur tour et rejoignent Manuaku et Evoloko. Grand Zaïko Wa Wa est créé. Les séances de répétition ont commencé chez Evoloko à Yolo.
Franco Luambo Makiadi intervient. Il convoque les deux camps antagonistes pour écarter le danger. Zaïko Langa Langa et Grand Zaïko Wa Wa se réconcilient, tout le monde réintègre le groupe Zaïko Langa Langa.
Une semaine après, Manuaku reçoit une lettre anonyme l’obligeant à démissionner, dont l’auteur n’est pas connu jusqu’aujourd’hui. Mais, on soupçonnait le chanteur Bimi Ombale d’être l’auteur.
Cette fois, Pépé Manuaku prend une décision ferme et quitte définitivement Zaïko Langa Langa. Son père biologique, Papa Vavinga entre dans la danse et rencontre Franco Luambo Makiadi pour lui signifier avec autorité que son fils ne réintégrera plus Zaïko Langa Langa.
C’est la confirmation de l’existence du groupe Grand Zaïko WaWa en cette année 1984. Les lieutenants fidèles à Manuaku, entre autres Chekedan, Mbuta Nsasa, Manu, le rejoignent.
Pour renforcer l’ossature, Pépé Felly recrute Yenga Yenga Junior, Seluta, Adam Mwangisa, Baroza, Zemano Kanza, Serge Kiambukuta. Avec cette équipe, les chansons « Bonganga » et « Sofia » sortiront sur le marché. Le succès est immense.
Lidjo Kwempa, Joly Mubiala et Kito mordent à l’appât et seront incorporés dans le groupe. Malgré le succès de la chanson « Sonia », Grand Zaïko Wa Wa accuse une défaillance au niveau de l’attaque-chant dont les chanteurs étaient déclarés improductifs.
Au dernier concert de l’orchestre au Cabaret Liyoto, un seul billet était vendu. Et le groupe a joué pour l’unique client payant.
Visionnaire, Manuaku déclare démissionnaire toute l’ossature du chant et gardera Mbuta Ottis et Chekedan qui mourut à la même époque.
Pepé Manuaku recrute Adamo Ekula, Djo Nickel, Kalo, Gale et Djo Poster au chant et garde Nzenze, Banza, GMT, Djoudjou pour la partie instrumentale.
Le groupe se rend à Kisantu et rencontre le chanteur Matumona Defao, l’une des vedettes du groupe Somo West. Incorporé dans l’équipe, Grand Zaïko Wa Wa sera soumis à un maquis vers fin novembre jusqu’au 28 décembre.
De retour dans la capitale, le 28 décembre 1984, Verckys enferme, le même soir, le groupe au studio Vévé sur la rue Eyala à Kasa-Vubu.
Les chansons « Pambu », « Zonga sima », « Jugement dernier », « Esala rien » avec la danse « Zonga sima » seront mises sur le marché le 29 décembre 1984.
La RTNC alors OZRT récupère les chansons et les balance sur ses antennes. Kinshasa est sous la coupe de Grand Zaïko Wa Wa.
Avec ce succès incontestable, Pépé Felly et ses « parachutistes » ont la capitale sous leur coupe. Tous les orchestres présents à Kinshasa refusent de jouer avec Grand Zaïko sur un même podium.
Même Zaïko Langa Langa qui devait se produire avec Grand Zaïko à l’esplanade du Palais du Peuple avait rejeté l’offre à la dernière minute, alors que le contrat était déjà signé.
Feu Chekedan ayant été ami à Shimita et en signe de reconnaissance, Manuaku recrutera ce dernier au rang de chanteur, au même moment que Lukombo Djeffar, actuellement aux Etats-Unis d’Amérique.
Entre 1985 et 1986, Matumona Defao sera sollicité pour la création de la « Choc Stars » par Ben Nyamabo. Malgré ce départ d’une si grande star du groupe, Grand Zaïko Wa Wa tient le coup et s’enferme au studio pour enregistrer « Oyambaka ngai », « Bedio » de Shimita, « Zeke ya pamba » de Djo Poster, « Mbongo » de Adam Mwangisa, « Elise » de Nzenze, « Gina », « Drapeau blanc » et « Yagi ya Santa ».
En 1987, Manuaku et Grand Zaïko travaillent avec Jimmy Cliff et enregistrent une chanson « Lovy Lovy ». En 1988, le groupe connaît la défection du guitariste Baroza qui sera incorporé dans l’Empire Bakuba avant de finir sa course au sein du groupe Zaïko Langa Langa.
En 1989, Manuaku Waku signe un contrat de productions scéniques et effectue, avec Grand Zaïko Wa Wa, une tournée en Europe au cours de laquelle la dislocation de l’orchestre interviendra.
De retour au pays en 2009 pour implanter son école, « Le Griot », Pépé Félly Manuaku sera sollicité par Pépé Tumba pour remettre le groupe sur les rails.
Sans hésitation, Manuaku signe un acte de cession à Pépé Tumba et remet Grand Zaïko à ce dernier qui se prépare à enregistrer un album de huit chansons dont 4 nouveautés et 4 anciens succès, avec le concours du guitariste Pépé Felly.
B.G./Visa
(Tkm/BT/PKF)