Entraîné dans une course à laquelle il a perdu le souffle, le Congrès National pour la Défense du Peuple (Cndp) est contraint de s’éliminer de lui-même alors qu’au départ il a proféré des menaces de rupture après la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale.
L’actualité brûlante de l’Equateur a occulté en début de semaine la question du Cndp, telle qu’elle s’est signalée le week-end dernier. Le Congrès National pour la Défense du Peuple a effectué une sortie assez significative en fin de la semaine. L’ancien mouvement politico-militaire a pris l’engagement, devant l’opinion publique congolaise, de s’engager résolument dans la voie de la raison. Le Cndp est partie prenante des municipales en vue ainsi que des élections générales de 2011. Il s’est dit en pleine préparation pour affronter ces échéances cruciales qui pointent à l’horizon. C’est donc en véritable parti classique que l’ancienne rébellion compte évoluer sur la scène politique congolaise.
Et pour faire patte blanche devant l’opinion, le Cndp a semblé faire peu cas de sa notable absence au sein des instructions nationales, le Gouvernement central en particulier. Sur cette question précise, l’ex-mouvement de Laurent Nkunda dit faire pleinement confiance au Chef de l’Etat qui lui a donné sa parole d’honneur. Il reste sûr que tôt ou tard, le garant de la Nation et de la Constitution lui rendra justice.
La première chose qui saute aux yeux lorsqu’on analyse la communication du Cndp, c’est que ce mouvement a perdu son ton altier et arrogant des premières heures. En effet, dans le sillage de la normalisation survenue au lendemain de l’opération Kimia I, le Cndp se croyait vraiment en position d’exiger tout. Même la lune. Et de l’obtenir. Fort de sa position face au retour à la paix à l’Est du pays, ce mouvement était sûr de tenir Kinshasa à la gorge. Beaucoup sont d’ailleurs ceux qui ont soutenu fermement cette manière de voir les choses.
Presque tout le monde a pensé que le gouvernement central n’avait pas de choix. Il était contraint d’offrir une prime de guerre aux anciens rebelles. Les critiques ont dès lors fusé de toutes parts pour dénoncer cette situation d’extrême faiblesse qui accablait le pouvoir central. Et à la faveur des accords de Goma, plusieurs se sont crus en position d’entonner un Te Deum à l’attention du Gouvernement central.
Mais seul contre tous, le Palmarès avait prévenu : « Joseph Kabila n’accordera aucune prime à l’ancienne rébellion. Contrairement à tous les commentaires qui alimentent l’actualité, le Cndp ne va nullement figurer au sein de la prochaine, équipe gouvernementale. Le contexte politique national et régional ne s’y prête pas. Bien plus, le Chef de l’Etat peut se passer du Cndp que le ciel ne lui tomberait guère sur la tête... ». Cette pertinente analyse a été faite au mois de décembre 2009.
Triste fin
Comme nous l’avions si bien prédit, Joseph Kabila a entraîné le Cndp dans une course de fond au cours de laquelle, celui-ci a perdu tout son souffle, en même temps que le goût de la compétition. Justement, le week-end dernier, c’est un Cndp rasant les murs, peu sûr de lui, aphone et fataliste qui s’est présenté devant l’opinion publique congolaise.
Si un parti politique qui se montrait exigeant au départ, au point de proférer des menaces de rupture après la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale, devient subitement poli et rampant, il ne fait aucun doute que les dés sont pipés pour ce parti. Après avoir pris toute la mesure de la situation globale du pays et de la région, le Cndp s’est rendu compte qu’il ne fait nullement le contrepoids. Il ne peut rien espérer de concret, sinon la bonne foi et surtout la condescendance de Kinshasa. Or, le Gouvernement central a déjà beaucoup fait, en tout cas au-delà du sacrifice, en soustrayant Bosco Ntanganda des poursuites de la justice internationale. C’est l’unique contrepartie de taille dont doivent se contenter les anciens compagnons d’armes de Nkunda.
C’est du reste dans ce contexte qu’il convient de situer la volonté affichée du Cndp d’aller mesurer son poids politique à travers les urnes. Volonté fort appréciable, mais qui va inévitablement buter contre une fâcheuse évidence Mouvement politico-militaire ne possédant aucune envergure nationale, complètement vide de hauts cadres et sans aucun repère sur le plan national, le Cndp ne saurait survivre aux échéances électorales. Si le RCD, pourtant de loin mieux organisé que lui, et ayant su aligner des personnalités de grand calibre politique, menace de chavirer après avoir achoppé l’iceberg des élections, ce n’est pas le Cndp qui ferait mieux.
Ainsi, l’ancienne rébellion s’engage dans la voie où l’attendait le gouvernement central. Celle de l’autoévaluation politique qui, comme en 2006, va sanctionner l’auto disqualification de ceux qui ont des prétentions au partage du gâteau national.
Le Palamrès
(GTM/Tkm/Yes)