Le comportement lèse-majesté de l’ancien leader du Cndp a fini par se retourner contre lui. Il croyait, mieux il voulait faire chanter son ancien mentor, il en a pour son compte aujourd’hui. Dans ce feuilleton où notre leader en herbe s’exerçait à bâtir sa propre politique, la mauvaise lecture de l’histoire se sera révélée très fatale pour lui. Comme toute marionnette, Nkunda vivait par procuration. Mais on ne sait trop pourquoi il s’est cru investi, un matin de 2008, d’assez d’autonomie jusqu’à prendre à revers son maître à penser.

Paul Kagame avait alors prévenu : « Quand un homme ne sait plus ce qu’il cherche et devient un obstacle à la paix dans la région, il convient de le mettre hors d’état de nuire ». Cette sentence lapidaire était débitée avec un calme olympien devant Louis Michel, alors commissaire européen à l’Aide humanitaire et au Développement. Ce dernier effectuait une battue sans précédent à l’époque entre Kinshasa et Kigali dans l’objectif de résoudre la crise des Grands Lacs entretenue par le Cndp.

Grisé par sa percée sur le plan international, l’ancien patron du Cndp n’avait en tout cas pas eu le temps de noter l’exaspération de son démiurge.

Occupé à exécuter les pas d’une sarabande circonstancielle avec Obassandjo, il était convaincu d’avoir réussi à faire de Jomba la capitale momentanée des Grands Lacs africains et du monde. Il avait toutes les raisons de croire en son étoile exceptionnelle. N’était-il pas au centre de la grande messe médiatique planétaire? Plastronnant imperturbablement dans le générique du journal télévisé de la très imposante France 24, faisant la une de plus grandes agences de presse : Afp, Associated Press, Xinhua, Reuters...

Et pardessus tout abondamment relayé par tous les autres empires médiatiques, dont la légendaire Cnn.

Même Kagame lui-­même, au plus fort de la trépidante actualité des Grands Lacs au lendemain du génocide de 1994, n’a jamais bénéficié d’un pareil plébiscite planétaire. La cause du Fpr oui. La tragédie d’avril à juillet 1994 davantage. Mais pas la personne atypique du leader qu’était Kagame. De ce point de vue là donc, Nkunda avait pulvérisé tous les records. Même le Rcd, avec toute sa kyrielle de leaders qui se sont succédé les uns à la suite des autres, avait tout à lui envier.

Le chant du cygne

Or en politique, il faut éviter de briller plus que de raison. Sinon, on finit inévitablement comme un météore. Nkunda en a fait à triste et instruisante expérience. Mais broyé par le rouleau compresseur du nouveau rapprochement entre Kinshasa et Kigali en janvier 2009, il a encore eu l’indélicatesse de raidir son coup. Il s’est lancé dans une campagne de chantage en norme. Dans l’espoir d’émouvoir l’homme fort du Rwanda. Il s’imaginait que son envergure politique et historique était assez suffisante pour faire battre Paul Kagame en retraite. D’où ces appels incessants à la mise en liberté provisoire et ces dénonciations de l’irrégularité de son arrestation. Mais aussi et surtout un effet d’annonce : Nkunda exigeait d’être livré à la justice congolaise.

Kagame n’attendait pas mieux pour se convaincre à la fois de l’impertinence et de l’imprévisibilité de sa créature politique. Beau joueur, il a choisi de suivre Nkunda dans son show. Il s’est complètement laissé aller au juridisme.

Au terme d’un long détour judiciaire, la Cour suprême rwandaise s’est finalement saisie du dossier Nkunda. Après une série de reports, elle vient de se déclarer incompétente et a renvoyé l’affaire devant un tribunal militaire. Le motif : le statut de James Kabarebe qui avait arrêté Nkunda. Ayant été arrêté par un militaire, l’ancien homme fort du Cndp doit ester devant une juridiction militaire. Comme on peut bien le constater, Kagame a préféré faire promener Nkunda avant de l’abandonner dans ses petits souliers.

Avec la décision de la Csj rwandaise, l’affaire Nkunda revient à la case départ. Celui-ci encourt dès lors un jugement exceptionnel qu’aucune autre considération ne saurait remettre en cause. Fallait-il une année de détention presque gratuite pour aboutir à ce cul-de-sac judiciaire ? Pour sûr, Nkunda est la victime de l’ire paternelle.

Le Palmarès


(Tkm/DN/CL/PKF)