Le gouverneur de la Banque centrale qui préside le Comité de politique monétaire a réuni ce dernier pour arrêter des mesures d’assouplissement graduel de cette politique avec la décision de réajuster à la baisse du taux directeur de l’Institut d’émission sans pour autant modifier le coefficient de ses réserves obligatoires.
Le Comité de politique monétaire (CPM), élargi aux experts de la présidence de la République, de la Primature et du gouvernement (Finances et Budget), a décidé, mardi 22 mars dernier lors de sa troisième réunion ordinaire, « d’amorcer l’assouplissement graduel de la politique monétaire en fonction des développements récents de la conjoncture économique ».
Réunis autour de son président, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo, les membres du CPM ont notamment convenu de procéder au « réajustement à la baisse du taux directeur de la BCC », lequel est passé de 70 à 60 %, et de maintenir le coefficient de réserves obligatoires échangé, c’est-à-dire à son niveau initial de 7%.
Faisant sans doute allusion à l’urgence d’une franche collaboration entre le Trésor et la Banque centrale du Congo pour une gestion monétaire moins troublée, le CPM a également recommandé la poursuite d’une politique budgétaire stricte et d’une politique monétaire prudente.
C’est dans ce cadre, a indiqué le gouverneur Masangu, que la Banque centrale du Congo s’engage, au courant de cette semaine avec le gouvernement, représenté par le ministre des Finances, autour d’un pacte de stabilité monétaire.
Toutefois, Jean-Claude Masangu a réfuté toute forme de conflit entre la BCC et le Trésor. « La collaboration est bien réelle.
C’est la raison du pacte Gouvernement-Banque centrale qui sera signée incessamment pour renforcer le mécanisme de collaboration et mettre en place un cadre de concertation permanente » en vue de garantir, a-t-il dit, la stabilité macro-économique, deuxième déclencheur du point d’achèvement de l’Initiative PPTE.
Est-ce qu’avec le recul de l’inflation, la Banque centrale du Congo envisage-t-elle de baisser davantage son taux directeur ? Jean-Claude Masangu n’a pas exclu cette hypothèse. Mais, il est resté prudent préférant user beaucoup plus de tact pour éviter tout renversement brusque de la conjoncture.
« Nous voulons baisser ce taux de manière graduelle ». Cependant, il croit encore à la réalisation de l’objectif d’un taux d’inflation de 15 % à fin 2010, l’essentiel étant, pense-t-il, de garder le cap par une politique budgétaire « restrictive » et une politique monétaire « prudente ».
Par contre, en ce qui concerne le coefficient des réserves obligatoires, maintenu à 7%, le gouverneur de la Banque centrale du Congo a fait remarquer que le CPM a levé l’option de ne pas trop bouger ce taux. Par ailleurs, il s’est félicité qu’à ce niveau de 7%, le coefficient des réserves obligatoires a permis de ponctionner une bonne partie des avoirs libres des banques.
Point sur la conjoncture au 22 mars 2010
Au cours de cette réunion, le CPM a fait le point de la situation des indicateurs pertinents de la conjoncture à la date du 22 mars 2010.
Sur le marché des biens et services, le CPM a noté qu’après avoir atteint le pic de 68,99 % à la date du 15 janvier, l’inflation est tombée à 21,72 % au 21 mars, contre un objectif de 15,0 % à fin décembre 2010. En cumul annuel, le niveau d’inflation a atteint 4,25 % contre un objectif de 8,49 % à fin mars 2010 en tenant compte de la saisonnalité des mouvements des prix à la consommation.
La moyenne d’inflation hebdomadaire s’est située à 0,02 % entre le 21 février et le 21 mars contre 0,41 % entre le 20 janvier et le 21 février; Sur le marché des changes, il a été relevé une appréciation du taux de change de 1,26 % entre le 26 février et le 19 mars sur le marché interbancaire. Cette tendance s’observe également sur les autres segments du marché.
Sur le marché monétaire, le taux directeur réel ainsi que le taux de rendement moyen réel du billet de trésorerie se sont situés à des niveaux élevés, soit respectivement 48,3 et 47,9 points au 17 mars 2010 du fait de la baisse sensible du niveau d’inflation.
Cependant, il a été observé l’augmentation des dépenses publiques, tant en monnaie nationale qu’en devises, entre le 14 et le 21 mars 2010, dont l’effet est, d’une part, l’expansion de la liquidité bancaire et, d’autre part, la baisse des réserves internationales au cours de cette période.
Afin de prévenir le risque d’assèchement des liquidités dû aux excédents de trésorerie de l’Etat et aux ponctions opérées par la réserve obligatoire, l’instrument billet de trésorerie (BTR), renseigne le CPM, a réalisé une injection de 17,9 milliards de CDF en vue d’assurer une meilleure régulation de la liquidité. L’encours des BTR est passé de 56,7 milliards de CDF à fin décembre 2009 à 38,8 milliards au 17 mars 2010.
Globalement, les instruments de politique monétaire ont contribué à une ponction des liquidités de 7,0 milliards de CDF au cours de la même période, a constaté l’organe technique de conduite de la politique monétaire.
Faustin Kuediasala/Le Potentiel
(Ern/DN/CL/PKF)