Après la Snel, la Gecamines, c’est au tour de la Régie des voies aériennes (RVA) de voir ses fonds saisis en Afrique du Sud à la suite d’une dette contactée au nom de la RDC. Il s’agit de deux (2) millions Usd, revenus de la taxe IDEF logés dans la Banque sud-africaine ABSA Bank Limited. Comment ces fonds destinés à la modernisation des infrastructures aéroportuaires se sont-ils retrouvés dans cette banque sud-africaine ? Des éclaircissements s’imposent.

La Régie des voies aériennes (RVA) vient de voir ses fonds placés dans la banque sud-africaine ABSA Bank Limited saisis à la suite d’une créance souscrite au nom de l’Etat congolais. Entreprise publique, donc patrimoine exclusif de l’Etat congolais, la Banque centrale a saisi sur le compte de la RVA près de deux millions USD, revenus de la taxe aéroportuaire IDEF, pour régler ce litige financier.

Depuis quelque temps, la RVA impose à tout passager en transit sur ses installations aéroportuaires à payer 10 Usd pour tout vol national et 50 Usd pour tout vol international. Les fonds collectés, a rassuré Jean Assice, son Administrateur délégué général, nommé à ce poste en faveur d’un contrat d’assistance conclu entre le Copirep et le consortium formé par ADPI-KPMG, devait servir au financement des travaux de modernisation des installations aéroportuaires de la RDC.

Le 22 janvier 2010, Le Potentiel s’inquiétait dans ses colonnes sur le mystère qui planait autour de la redevance IDEF. En réponse aux faits soulevés par Le Potentiel, la RVA a répliqué par voie d’une conférence de presse que son Administrateur directeur financier, Mwamba Sabiti, avait qualifié d’une « simple campagne d’agitation orchestrée par une certaine presse ». Aujourd’hui, les faits penchent en faveur de ceux qui se sont inquiétés de l’opacité qui entoure la gestion des revenus tirés de la redevance IDEF.

Une gestion opaque

La saisie en Afrique du Sud de plus de deux millions Usd des fonds logés dans le compte centralisateur des fonds IDEF en constitue une belle preuve. En effet, il est avéré aujourd’hui que le comité de gestion de la RVA par le duo ADPI-KPMG n’a pas trouvé mieux en RDC une banque pour loger les fonds collectés à titre de redevance IDEF.

C’est loin de Kinshasa, en Afrique du Sud, que ADPI-KPMG a jugé bon de loger ces fonds, comme pour échapper aux regards discrets, certainement dans le but de les gérer à sa guise. Erreur.

La RVA vient d’en faire les frais avec la saisie en Afrique du Sud des fonds censés servir au financement de grands travaux - annoncés, jusqu’à ce jour - de modernisation de principales infrastructures aéroportuaires de la RDC.

La somme est saisie pour le compte d’une dette contractée par l’Etat congolais à une entreprise sud-africaine. Laquelle ? Encore un autre mystère. Ainsi, après la SNEL, la Gecamines, c’est le tour de la RVA de voir ses fonds saisis pour une affaire de dette contractée au nom de la République démocratique du Congo.

Le cas de la RVA soulève de nombreuses interrogations. Qu’est-ce qui a motivé la direction générale de la RVA loger les fonds générés par la taxe IDEF à l’extérieur de la RDC ? Quels en ont été les principaux mobiles ?

Si c’était, à en croire Jean Assice, en raison d’une hypothèque sur une dette que la RVA envisageait de contracter pour préfinancer les travaux de modernisation de certaines infrastructures aéroportuaires, n’était-il pas possible de faire intervenir des banques présentes en RDC ?

A moins qu’il s’agisse d’une clause insérée dans le contrat instituant la taxe IDEF, sinon, l’affaire sent le roussi. On se trouve en face d’une escroquerie, savamment montée et réussie par un réseau de maffieux qui tend ses tentacules bien au-delà des frontières de la RDC.

Ni l’ADG, encore moins l’ADF de la RVA, ne peuvent prouver le contraire. Moins de deux mois après notre sonnette d’alarme, la vérité vient d’éclater au grand jour. Il y a bien mystère sur la redevance IDEF instituée unilatéralement par la RVA, soi disant, pour financer les travaux d’urgence de réhabilitation des infrastructures aéroportuaires de la RDC.

Les dirigeants de la RVA doivent lever le voile. Et, il est bien épais sur le sujet. Car, aujourd’hui, la modernisation de l’aéroport international de N’Djili est inscrite dans le programme de « cinq chantiers » dont les termes de financement sont fixés dans la Convention sino-congolaise.

Que fera-t-on alors de l’argent perçu dans le cadre de la taxe IDEF ? Une question qui mérite bien une réponse précise. Les interrogations portées à la place publique par Le Potentiel le 22 janvier 2010 avait obligé les responsables de la RVA à sortir du bois.

Lors d’une conférence de presse, aux allures de mise au point, il était clairement dit que déjà 14 millions USD étaient mobilisés dans le cadre de l’opération « IDEF » au 31 décembre 2009, avait affirmé la main sur le cœur l’ADF de la RVA.

Le mystère demeure

Sous pression, la RVA avait cru avoir « levé la prétendue opacité » qui existait dans le dossier de la gestion de l’IDEF. Cette saisie démontre, si besoin en était encore, que la gestion de ce compte se fait loin de toute transparence du pays.

Et pourtant, la RVA ne cesse d’affirmer que toutes les opérations se passent auprès de la BIAC. Curieusement, la saisie des fonds de la RVA s’est effectuée en dehors de la RDC. Que croire finalement ?

Les déclarations du 22 janvier devant quelques médias, ou les propos qui affirment que les fonds étaient plutôt logés en Afrique du Sud ? Ainsi qu’il se constate, le processus de stabilisation des entreprises étatiques aura été une opération bénéfique à quelques individus.

L’échec cuisant de différents programmes de stabilisation initiés dans les sociétés étatiques est retentissant. Si cette spirale se précise, la République démocratique du Congo verra tous ses comptes à l’étranger saisis. Une guerre qui se révèlerait très coûteuse pour le Trésor public.

Le Potentiel


(TH/BT/PKF)