Les artistes dits populaires puisent leur inspiration dans le vécu quotidien. Ils sont à contre-courant de l’académisme. Leurs thèmes sont les plus proches de la population, en l’occurrence, « Lutte contre les moustiques » de Chéri Samba, « autoportrait avec deux rivales » de Moke, etc.

Dans cet art, l’artiste peint sans discrétion d’expression, pas des symboles abstraits pour inviter le contemplateur à une cogitation profonde afin de comprendre l’œuvre. Leurs œuvres ne sont pas ésotériques. Les dessins sont faits avec une naïveté loin d’un art réaliste correctement dessiné. D’autres prennent même le soin d’illustrer les propos des personnages autant qu’une bande dessinée. Il est à noter que Moke et Chéri Samba sont les figures emblématiques de cette forme d’art en RDC.

Le premier artiste à avoir prononcé cette qualification d’art populaire est Chéri Samba en 1975. Populaire pour ne pas dire « art naïf ». Mais plutôt dire un art ou, « quelque chose de ramasser, qui n’a pas été étudié, à la portée de tout le monde, banal. Pensant à populaire, je veux dire que c’est quelque chose qui vient du peuple et qui s’adresse au peuple, puisque celui-ci peut le comprendre.


Ceci s’oppose à l’art académique, un art codé dont on ne peut lire l’œuvre si l’auteur ne te dit pas, ce qu’il a voulu exprimer. L’art que j’ai appelé populaire véhicule un message que chacun peut connaître, qui interpelle les consciences pour cela, sans nécessité d’un décodage.

Pour cela aussi, on ne peut pas qualifier notre art, d’art naïf, un mot qui me choque », dit-il.
Précisons ici que la naïveté de cet art ne concerne pas le fond, mais plutôt la forme plastique des œuvres. Ce qui contredit un peu l’artiste Chéri Samba. Les artistes connus de cet art sont, Chéri Benga, Bodo, Chéri Cherin, Botalatala, Sim Simao, etc. Il est d’ailleurs organisé durant ce mois de mars, une exposition des ces artistes populaires au sein de la banque Trust Merchand Bank à Kinshasa.

La propulsion

L’ampleur de cet art remonte aux années 1973. Avec la première exposition des artistes peintres populaires organisée par le critique d’art Célestin Badibanga avec J.P.Jackemon à Kinshasa. Cette exposition s’intitulait « Art partout ». Le critique d’art Badibanga a, après avoir participé à un rassemblement des critiques d’art à Zagreb en 1973, eu l’idée d’initier cette exposition.

Cela pour la valorisation d’un art dit « peinture urbaine locale ». La notoriété dont revêt chéri Samba aujourd’hui résulte surtout de l’exposition « Les magiciens de la terre » en 1989 à Paris. Il y était rassemblé une centaine d’artistes du monde. Et l’Afrique ainsi que la RDC étaient représentées par Chéri Samba. « Cette exposition a été comme le départ vers les sommets. Apres, bien sûr d’autres voies sont ouvertes » nous dit l’artiste.

Jean Kamba/Le Potentiel


(TH/GTM)