Aux funérailles du baobab du désormais ex-trio Kadima, les camps Delta Force avec Godé Lofombo et Djuna Mumbafu, d’une part, et Dilu Dilumona, « Boeing 737 », Ebuya Doris, d’autre part, se regarderont en chiens de faïence.
« Tex, ne remet plus jamais les pieds chez moi », nous rapporte un proche ami de Kabasele Yampanya. Trois ou quatre heures après minuit, Pépé Kallé avait de la fenêtre de sa propre chambre, vu Matolu Dode sortir de chez lui. Les relations entre ces deux chanteurs amis d’enfance vacillaient déjà, pour dire vrai, depuis quelque temps. Le vase venait de déborder cette nuit.
Alors profondément endormi cette nuit-là, Kinshasa ignorait que quelque chose de grave, de fatal pour le groupe Empire Bakuba venait de se produire : son trio dirigeant venait d’éclater. Après 22 ans de vie exemplaire qui l’ont fait entrer dans la légende et consacré l’Empire Bakuba comme l’orchestre le plus stable du pays.
Une très longue complicité
Kabasele Yampanya plus tard connu sous le nom de Pépé Kallé et Matolu Dode Papy Tex ont passé leur jeunesse ensemble autant que leurs débuts dans la carrière musicale. Ils ont bénéficié pendant une période de l’encadrement de Kabasele Tshamala, le Grand Kallé Jeef. Une expérience enrichissante.
1972, Sous la houlette du drummer Seskain Molenga qui les connaissait bien, Pépé Kallé est mis sur la rampe. Il interprète « Nazoki », un tube. Le public, émerveillé, découvre ce jeune chanteur plein d’avenir.
Patron de l’écurie Vévé et du groupe musical du même nom, Kiamwangana Mateta Verckys est séduit. Pas question de lâcher le jeune homme. Il lui offre d’interpréter « Nakomitunaka », une chanson qui deviendra emblématique. Verckys, qui avait reçu une demande d’équipement musical de Pépé Kallé et ses amis, prie le jeune chanteur de prester en attendant au sein de Bella-Bella, une formation de l’écurie Vévé.
Yampanya y chantera des titres comme « Mbuta » et autres « Keba nakobunga » (Rosa). Papy Tex, lui, est envoyé auprès du talentueux Emile Soki dans Super Bella¬ Bella. Il y chante notamment le titre « Tongo etani ».
Quand l’équipement musical arrive enfin, Pépé Kallé et Papy Tex se réunissent au sein de l’orchestre Empire Bakuba. Le chanteur Dilu Dilumona, qui se trouvait du côté de Pointe-Noire « Congo¬ Brazzaville », est appelé à rejoindre les précités. Le trio Kadima est ainsi constitué.
Dans une harmonie passée dans la légende, Empire Bakuba connaîtra le succès des années durant et s’imposera comme le groupe musical le plus stable du pays en dépit de quelques périodes de vaches maigres.
De plus en plus ambitieux, Pépé Kallé promènera sa silhouette imposante et son micro à travers le monde. Sous sa houlette, Empire Bakuba est connu aux quatre coins du monde. Mais, Kabasele Yampanya, que ses proches appellent « Empereur » ne se prend pas la tête. Il se montre autant généreux que compréhensif et large envers Dilu et Tex Matolu Dode. Le trio demeure soudé. Jusqu’à cette nuit-là de 1998.
Et Pépé Kallé créa « Delta Force »
Le climat au sein du trio Kadima est désormais délétère. Depuis l’incident de cette nuit-là, Papy Tex n’est pas vu aux séances de répétition. On apprendra plus tard qu’il a pris l’avion pour Paris. Kabasele Yampanya, de son côté, a pris une résolution : il recrute de jeunes musiciens, s’entoure de quelques jeunes éléments d’Empire Bakuba comme le guitariste Godé Lofombo et l’animateur Djuna Mumbafu. Un groupe est constitué. Il a pour nom Delta Force. Il tient ses séances de répétition quelque part à Binza, dans un lieu qu’ignorent Dilu Dilumona et d’autres musiciens d’Empire Bakuba. Le vent a tourné.
Signe indien et la vision prémonitoire de Dilu Dilumona
Papy Tex en France, Dilu Dilumona ne sait trop sur quel pied danser. Comme Kinanga « Boeing 737 », Ebuya Doris et d’autres musiciens du groupe. Dilu, que nous rencontrons alors s’inquiète : « Je ne vais pas prendre la responsabilité de l’éclatement de notre trio. Nous tendons vers la fin du siècle. C’est une période où coulent beaucoup de larmes », dit-il, énigmatique.
Il n’en dira pas plus. Il signale cependant que, dans la semaine, il a échappé de justesse à un accident mortel. Sa petite voiture qu’il conduisait a failli être écrabouillée par un véhicule poids- lourds… Entre-temps, à Paris, Papy Tex a connu un accident de circulation. Il s’en est tiré avec une jambe durablement dans le plâtre.
Quelques jours après, le 28 novembre de cette année 1998, Pépé Kallé était frappé par un décès surprise qui a laissé pantois tous ses proches, en particulier ceux qui avaient été avec lui quelques quarts d’heure auparavant.
Aux funérailles du baobab du désormais ex-trio Kadima, les camps Delta Force avec Godé Lofombo et Djuna Mumbafu, d’une part, et Dilu Dilumona, « Boeing 737 », Ebuya Doris, d’autre part, se regarderont en chiens de faïence. La rupture se manifestait au grand jour, sur la place publique. Une page venait d’être tournée.
Empire Bakuba ad patres avec son « Empereur »
La reprise des activités du groupe Empire Bakuba sous la direction du chanteur Dilu Dilumona, a qui beaucoup reprochent de n’être pas un meneur d’hommes, sera plutôt chaotique.
Un peu plus tard rentré au pays, Papy Tex ne fera pas mieux. Son seul (et triste) exploit sera d’évincer son ami Dilu et de le pousser à la porte de sortie. Depuis, ce dernier est rentré dans sa coquille. Matolu Dode a dû lui¬-même reprendre son avion pour Paris. D’où il n’a plus donné de la voix. R.I.P. pour l’Empire Bakuba qui meurt ainsi de sa belle mort. « Un orchestre ne survit pas de la vedette qu’il a incarné », disait encore Tabu Ley Riochereau. La chose s’est vérifiée
Kale Ntondo/Visa/ Berger-Média.Infos
(Milor/BT/TH)