Succédera-t-il à lui-même ou sera-t-il remplacé par quelqu’un d’autre ? La question est sur les lèvres des observateurs avertis du secteur bancaire congolais. En effet, nommé le 13 mars 2006 pour 4 ans comme vice-gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), le mandant du vice-gouverneur Jean-Marie Emungu arrive à terme aujourd’hui samedi 13 mars.

En attendant, des spéculations vont dans tous les sens, appelant le président de la République à se prononcer à temps pour éviter qu’un vide se crée au niveau de la haute direction de la Banque centrale alors que la RDC est largement engagée dans un programme formel avec le Fonds monétaire international.

La Banque centrale du Congo, étant jusque-là considérée comme le point focal dans la mise en œuvre de différentes réformes et le suivi des critères et repères prévus dans le cadre du programme conclu avec le FMI, l’heure est, pense-t-on dans les milieux spécialisés, arrivé de placer enfin à côté du gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu un homme expérimenté, enclin aux méandres des institutions financières internationales.

La guerre de succession au vice-gouvernorat de la Banque centrale du Congo est donc enclenchée. Tous les regards sont désormais tournés vers le président de la République qui, le 13 mars 2006, avait donné mandat pour 4 ans à l’actuel vice-gouverneur, sorti du quota du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), pour soutenir l’action du gouverneur Masangu.

Le débat ne se trouve pas à ce niveau. Il se situe plutôt au niveau de la personne qui devra succéder à Jean-Marie Emungu alors que l’on se retrouve plus dans le contexte de « 1+4 » qui était dicté par les impératifs de l’accord de Sun City.

Aujourd’hui, c’est à un fin technocrate qu’on devra faire appel, une personne qui maîtrise les rouages des institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale).

La succession au vice-gouvernorat de la Banque centrale du Congo ne relève pas d’un combat politique. Elle doit plutôt se négocier sur le terrain du réalisme où ne pourrait triompher que la seule expertise en matière financière et bancaire.

Changement du décor

Le décor qui a prévalu en 2006 ne peut plus être brandi comme seule critère de référence pour le choix de l’adjoint à Jean-Claude Masangu. Dans le contexte d’un programme avec le FMI, le vice-gouverneur qui, selon l’actuelle configuration de la Banque centrale du Congo, doit se charger de la politique monétaire et des opérations bancaires, doit être un fin limier du circuit bancaire tant national qu’international.

Ça serait donc une grave erreur de ne faire prévaloir que les seuls critères politiques dans la succession de Jean-Marie Emungu.

Le 13 mars 2010 – fin du mandat de Jean-Marie – tombe ce samedi. Même si les spéculations vont dans tous les sens divers, le dernier mot revient au président de la République, lui qui s’est investi dans la marche tumultueuse vers le point d’achèvement, programmée pour fin juin 2010.

Si l’atteinte du point d’achèvement est un objectif à court terme du programme formel conclu en décembre 2009 avec le FMI, la bonne exécution de ce programme pour laquelle la Banque centrale a un grand rôle à jouer doit être garanti. C’est pourquoi la haute direction de l’Institut d’émission doit être doté des gens, à l’instar du gouverneur Masangu, réellement au parfum des réalités économico-financiers parfois incompréhensibles des néophytes.

De ce point de vue, en cinquante ans d’indépendance, la RDC s’est créée une élite, une classe dirigeante expérimentée, prête à se mesurer à tous les défis.

Faire référence à la qualification

Entre juillet 2009 et juin 2012 – période de mise en œuvre du programme conclu avec le FMI (PEG 2) – la contribution de la Banque centrale du Congo est de plus déterminante. Il importe donc de placer à côté de Jean-Claude Masangu un homme qui lui rendra la tâche facile à l’exécution de ce programme, car bien arrimé aux réalités parfois complexes du monde économique.

Le temps n’est plus au tâtonnement. La Banque centrale du Congo n’a plus besoin des gens qui viennent apprendre le métier.

Jean-Marie Emungu est un avocat et n’avait pas de formation appropriée dans le domaine de l’économie, de la finance ou de la banque au moment de sa nomination au poste de vice-gouverneur de la BCC.

En plus, son expérience professionnelle était courte et ne remplissait pas de critères pour exercer de haute fonction à la BCC dans un pays plein de cadres de haut niveau dans le domaine de l’économie et de la finance. Sa nomination entrait dans le cadre du partage des postes entre le gouvernement et la rébellion afin de mettre fin à la guerre et donner au pays une occasion de retrouver la paix.

Le profil de Jean-Marie Emungu est donc atypique pour le genre de fonctions qu’il a occupées à la tête de l’Institut d’émission.

Apres les élections de 2006, le Président de la République n’est plus tenu de maintenir en poste ceux qui étaient nommés dans le cadre de l’accord de Sun City.

Les élections ont donné les mains libres au président de la République d’exercer son pouvoir en tant que Président élu. Et dans ce cas en particulier, le Président de la République est libre de designer qui il veut à la tète de la Banque centrale du Congo.

La nomination du vice-gouverneur devra au moins répondre cette fois ci aux critères de compétence et au profil pendant cette période cruciale du PEG 2.

Le Potentiel


(CL/PKF)