Après quatre semaines de recherche dans l’Est de la Rdc, le groupe de campa­gne Global Witness constate que d’anciens rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) ont mis en place des activi­tés de racket mafieuses couvrant certaines des zones d’extraction d’étain et de tantale les plus lucra­tives de la Région. En dépit des résolutions du Conseil de sécurité, les Etats membres n’ont pour l’instant soumis aucune entreprise ni aucun indi­vidu aux sanctions de l’Onu.

Les rebelles de l’ex-­CNDP qui ont joint les rangs de l’armée nationale à la suite d’un processus d’intégration en 2009, ont profité d’offensives gouverne­mentales soutenues par l’ONU visant à déloger la milice FDLR de sites miniers lucratifs. Ils ont ainsi acquis un contrôle bien plus important des zones miniè­res que celui dont ils jouissaient en tant qu’insurgés et ont dans bien des cas conservé leurs anciennes structures de com­mandement et leur agenda po­litique.

Global Witness appelle le gouvernement congolais à re­tirer sur-le-champ toutes les unités militaires des carrés mi­niers dans le cadre d’une démi­litarisation radicale du secteur. Les bailleurs de fonds interna­tionaux du pays, qui jusqu’à maintenant ont fait preuve d’une grande indulgence à l’égard du gouvernement sur ce point. Ils devraient exercer davantage de pressions pour que les autori­tés congolaises excluent les militaires des mines et du com­merce de minerais.

Les offensives très médiatisées lancées l’année dernière contre les FDLR ont permis à des éléments haut pla­cés de l’ex-CNDP de se procurer et de consolider leur accès aux importants gisements miniers. Le contrôle des mines a pour ainsi dire été transféré d’un groupe de voyous armés à un autre - la principale différence étant que le nouveau porte l’uni­forme de l’armée nationale déclare Annie Dunnebacke de Global Witness, tout juste ren­trée d’un mois dans l’Est de la RDC.

« Cela fait plus de dix ans que l’accès à la richesse minérale du pays incite à la perpé­tuation du conflit et à son financement. Tant que le gouverne­ment et les bailleurs de fonds internationaux n’auront pas mis en oeuvre une stratégie exhaus­tive permettant de venir à bout de tous les moteurs économi­ques de ce conflit une bonne fois pour toute, la population locale continuera de souffrir et les perspectives du pays reste­ront affligeantes. “ Global Witness a découvert que des combattants de l’ex-CNDP dé­sormais chargés de la 2l2ème brigade de l’armée nationale empochent des dizaines de milliers de dollars par mois grâce aux taxes illégales qu’ils imposent aux civils travaillant a Bisié - la plus importante carrière de cassitérite (minerai d’étain) de l’Est du Congo - et dans les alen­tours.

La majeure partie de ces fonds est aiguillée directement vers des officiers supérieurs de l’ex-CNDP, notamment le commandant de la brigade, le colo­nel Yussuf Mboneza, et d’autres éléments haut placés de l’armée nationale. Dans certaines zones du Nord-Kivu, des commandants de l’ex-CNDP gèrent une admi­nistration parallèle - pour ainsi dire un état dans l’Etat - par laquelle ils prélèvent des taxes sur le commerce de minerais et d’autres marchandises en toute illégalité.

Le gouvernement central n’exerce pratiquement aucune autorité dans ces zones. « Du fait de leur capacité à détour­ner les recettes des mines, les anciens rebelles auraient les moyens financiers de se réar­mer s’ils décrètent que la paix ne leur convenait plus », com­mente Emilie Serrafta de Glo­bal Witness, qui accompagnait Annie Dun nebaôke de Global Witness a cons­taté que c’est la population ci­vile de la région qui est le plus rudement touchée par les actes d’extorsion et autres abus.

Dans la carrière de cassitérite de Muhinga, au Sud-Kivu, les creuseurs ont appris aux cher­cheurs que chacun d’entre eux était contraint de verser 10 dol­lars aux militaires pour avoir le droit de passer une nuit à tra­vailler dans les puits de mine. Global Witness a également mis en évidence certains élé­ments prouvant que des entre­prises de l’Est de la RDC et du Rwanda continuent d’acheter des marchandises directement de sites militarisés, et ce mal­gré les pressions internationa­les croissantes visant à mettre un terme au commerce de mi­nerais du conflit.

Certains représentants du secteur se sont engagés sur papier à se soumettre à une plus grande traçabilité de leur chaîne d’approvisionnement et à des pratiques d’achat plus responsables, mais les entreprises qui achètent des minerais dans l’est du Congo n’ont pour l’instant pas concrétisé ces engagements ni mis en oeuvre de mesures de diligence raisonnable crédibles. « Il ne suffit pas que les entre­prises se fient à des promes­ses verbales ou aux documents remplis par leurs fournisseurs. Si elles veulent éviter de se faire complices du conflit et des at­teintes aux droits de l’homme, elles se doivent de mener des enquêtes pour savoir exacte­ment de quelles mines provient la marchandise et qui bénéficie de ce commerce », précise Dunnebacke.

La MONUC ne devrait se retirer qu’à condition que les mines aient été démili­tarisées. L’autre test de l’engage­ment international envers la lutte pour briser le lien entre le commerce des minerais et les at­teintes perpétrées au Congo concerne les objectifs et le man­dat confiés à la mission de main­tien de la paix de l’ONU, la MONUC. Au cours des prochaines semaines, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU vont décider des objectifs que la MONUC devra avoir atteints avant de pouvoir se retirer de la RDC sans provoquer une résur­gence de l’instabilité.

Etant donné les conclusions de ses travaux récents, Global Witness estime qu’il est crucial que ces objectifs comprennent la démi­litarisation complète du secteur des minerais dans l’est du pays. Les membres du Conseil de sé­curité devraient par ailleurs ren­forcer le mandat de la MONUC, dont le renouvellement aura lieu en mai prochain, en la char­geant de lutter contre le com­merce illicite de minerais. Les agents du maintien de la paix devraient avoir l’autorisation et les moyens non seulement de surveiller les expéditions de mi­nerais, mais également de sou­tenir activement les efforts dé­ployés par le gouvernement dans le but de réduire les activi­tés illégales impliquant les militaires.

Jean-Marie Nkambua/L’Avenir


(TH/CL/GW/PKF)