Chaque jour qui passe, l’affaire Bemba du nom de l’ancien vice-président de la République édifie da­vantage l’opinion.

A l’heure où l’on parle du report au lundi 5 juillet prochain du procès de ce leader du Mlc accusé des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre pour des faits commis par ses éléments entre 2002 et 2003 en Centrafrique et du maintien de la date du 27 avril 2009 pour l’exa­men contradictoire de la requête formulée par la défense, la presse à sen­sation n’en continue pas moins de désinformer à souhait l’opinion congo­laise.

Tel est le cas de ce canard local qui vient de titrer en manchette pince­ sans-rire: « Luis Moreno ­Ocampo en fuite ».

L’arme de la désinformation n’est-­elle pas celle du faible, celle utilisée par un intel­lect dépourvu d’argu­ments dans un débat de fond.

C’est à croire que la Cour pénale internationale ne serait pas une institu­tion indépendante, mais une juridiction néo-colo­niale ou une structure des nègres dépendant d’un quelconque pouvoir occulte.

Créée en juillet 2002 en vertu d’un traité signé par une centaine de pays dont trente Etats afri­cains, la Cour pénale in­ternationale est régie par le statut de Rome. A fran­chement parler, elle est la première juridiction per­manente fondée par traité pour contribuer à mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes. Soit.

Dans le microcosme politique congolais particuliè­rement dans les milieux du Mlc, on a coutume de pré­senter l’affaire Jean-Pierre Bemba comme une affaire politique.

Dans de multi­ples déclarations, ses di­rigeants reviennent de temps en temps sur cet aspect des choses sans pourtant y apporter des preuves convaincantes. Question sans doute d’agi­ter une affaire devenue un fonds de commerce politi­que et de berner des par­tisans qui ne croient plus aux discours au chloro­forme sans lendemain.

Des crimes fondés


Dans une interview que la greffière de la Cpi, Mme Sylvana Arbia vient d’ac­corder à Ebène-Magazine (N°2 février 2010) parais­sant à Paris, en France, elle déclare : « Le procès de Bemba n’est pas politi­que comme peuvent pen­ser certains.

En effet, il sied de rappeler cepen­dant que des crimes aux­quels il est poursuivi sont fondés. Ces charges ont été confirmées par la chambre, donc attendons le procès qui aura bientôt lieu. Je vous informe que lors de ce procès, toutes les parties fourniront des nouveaux éléments aux juges.

En ce qui concerne la prise en charge des frais de sa défense, la Cour pé­nale internationale a ac­cepté de payer les hono­raires de ses avocats.

C’est un prêt qu’il devra rembourser à l’issue du procès quel que soit le ver­dict. A une question sur l’aide accordée aux personnes démunies, c’est-à-dire ac­cusés et victime s’agissant notamment de Bemba, Mme Sylvana Arbia indi­que que : « Jean-Pierre Bemba n’est pas un indi­gent car il avait des moyens et il n’a pas d’ailleurs fait appel à cette décision (concernant les accusés qui n’ont pas des possibilités de se payer un avocat).

Et de poursuivre : « Je peux comprendre les frustrations de certains Congolais qui s’indignent parfois sur l’arrestation de M. Bemba. C’est un homme qui a joué un rôle de premier plan dans son pays. Il avait des respon­sabilités importantes lors de son arrestation (séna­teur et principal oppo­sant) ».

De simples procès d’intention


Au sujet des reproches formulés en rapport avec la poursuite et l’incarcéra­tion quasi exclusive des personnalités africaines, la greffière de la Cpi tranche: « Nous n’impo­sons pas de procès aux pays africains et autres. Dans toutes les affaires qui sont jugées actuellement, la Cour a toujours été sai­sie par les pays concernés et non l’inverse...

La Cour représente véritablement une occasion qui mettrait fin à l’impunité. Chaque fois que je me rends en Afrique, je reçois le sou­tien de nos collègues qui pensent que le travail fourni à la Cour ne peut pas être fait dans diffé­rents pays en Afrique parce qu’il y a trop des contraintes. C’est autant vous dire que les sociétés civiles africaines appré­cient notre travail ».

C’est incontestable­ment la réponse du ber­ger à la bergère sur les procès d’intention faits à la Cpi. Dans l’entre-temps, le procureur Moreno­ Ocampo est plus serein que jamais.

Sa prétendue fuite évoquée dans une certaine presse n’est donc sortie que de l’ima­gination fertile de son auteur d’autant plus qu’il vient de remettre à la Cpi les noms de 20 Kenyans parmi les instigateurs des violences post-électorales de 2007 au Kenya qui a coûté la vie à plus de 1.000 personnes et dépla­cés plus de 300.000 autres. C’est en personne qu’il a effectué des enquê­tes sur le terrain comme il en a réalisées en Rdc, l’année dernière, en Ituri.

La République


(TH/CL/GW/PKF)