CPI, la greffière Sylvana Arbia est formelle : « le procès de Jean-Pierre Bemba n’est pas politique… »
Kinshasa, 12/03/2010 / Politique
Les crimes auxquels Jean-Pierre Bemba est poursuivis sont fondés. Ces charges ont été confirmées par la chambre et que lors de ce procès, toutes les parties vont fournir les preuves, a déclaré la greffière Sylvana, dans une interview accordée à Eben-Magazine, en France.
Chaque jour qui passe, l’affaire Bemba du nom de l’ancien vice-président de la République édifie davantage l’opinion.
A l’heure où l’on parle du report au lundi 5 juillet prochain du procès de ce leader du Mlc accusé des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre pour des faits commis par ses éléments entre 2002 et 2003 en Centrafrique et du maintien de la date du 27 avril 2009 pour l’examen contradictoire de la requête formulée par la défense, la presse à sensation n’en continue pas moins de désinformer à souhait l’opinion congolaise.
Tel est le cas de ce canard local qui vient de titrer en manchette pince sans-rire: « Luis Moreno Ocampo en fuite ».
L’arme de la désinformation n’est-elle pas celle du faible, celle utilisée par un intellect dépourvu d’arguments dans un débat de fond.
C’est à croire que la Cour pénale internationale ne serait pas une institution indépendante, mais une juridiction néo-coloniale ou une structure des nègres dépendant d’un quelconque pouvoir occulte.
Créée en juillet 2002 en vertu d’un traité signé par une centaine de pays dont trente Etats africains, la Cour pénale internationale est régie par le statut de Rome. A franchement parler, elle est la première juridiction permanente fondée par traité pour contribuer à mettre fin à l’impunité des auteurs des crimes. Soit.
Dans le microcosme politique congolais particulièrement dans les milieux du Mlc, on a coutume de présenter l’affaire Jean-Pierre Bemba comme une affaire politique.
Dans de multiples déclarations, ses dirigeants reviennent de temps en temps sur cet aspect des choses sans pourtant y apporter des preuves convaincantes. Question sans doute d’agiter une affaire devenue un fonds de commerce politique et de berner des partisans qui ne croient plus aux discours au chloroforme sans lendemain.
Des crimes fondés
Dans une interview que la greffière de la Cpi, Mme Sylvana Arbia vient d’accorder à Ebène-Magazine (N°2 février 2010) paraissant à Paris, en France, elle déclare : « Le procès de Bemba n’est pas politique comme peuvent penser certains.
En effet, il sied de rappeler cependant que des crimes auxquels il est poursuivi sont fondés. Ces charges ont été confirmées par la chambre, donc attendons le procès qui aura bientôt lieu. Je vous informe que lors de ce procès, toutes les parties fourniront des nouveaux éléments aux juges.
En ce qui concerne la prise en charge des frais de sa défense, la Cour pénale internationale a accepté de payer les honoraires de ses avocats.
C’est un prêt qu’il devra rembourser à l’issue du procès quel que soit le verdict. A une question sur l’aide accordée aux personnes démunies, c’est-à-dire accusés et victime s’agissant notamment de Bemba, Mme Sylvana Arbia indique que : « Jean-Pierre Bemba n’est pas un indigent car il avait des moyens et il n’a pas d’ailleurs fait appel à cette décision (concernant les accusés qui n’ont pas des possibilités de se payer un avocat).
Et de poursuivre : « Je peux comprendre les frustrations de certains Congolais qui s’indignent parfois sur l’arrestation de M. Bemba. C’est un homme qui a joué un rôle de premier plan dans son pays. Il avait des responsabilités importantes lors de son arrestation (sénateur et principal opposant) ».
De simples procès d’intention
Au sujet des reproches formulés en rapport avec la poursuite et l’incarcération quasi exclusive des personnalités africaines, la greffière de la Cpi tranche: « Nous n’imposons pas de procès aux pays africains et autres. Dans toutes les affaires qui sont jugées actuellement, la Cour a toujours été saisie par les pays concernés et non l’inverse...
La Cour représente véritablement une occasion qui mettrait fin à l’impunité. Chaque fois que je me rends en Afrique, je reçois le soutien de nos collègues qui pensent que le travail fourni à la Cour ne peut pas être fait dans différents pays en Afrique parce qu’il y a trop des contraintes. C’est autant vous dire que les sociétés civiles africaines apprécient notre travail ».
C’est incontestablement la réponse du berger à la bergère sur les procès d’intention faits à la Cpi. Dans l’entre-temps, le procureur Moreno Ocampo est plus serein que jamais.
Sa prétendue fuite évoquée dans une certaine presse n’est donc sortie que de l’imagination fertile de son auteur d’autant plus qu’il vient de remettre à la Cpi les noms de 20 Kenyans parmi les instigateurs des violences post-électorales de 2007 au Kenya qui a coûté la vie à plus de 1.000 personnes et déplacés plus de 300.000 autres. C’est en personne qu’il a effectué des enquêtes sur le terrain comme il en a réalisées en Rdc, l’année dernière, en Ituri.
La République
(TH/CL/GW/PKF)
Last edited: 12/03/2010 15:28:44