Ce lundi, Butembo connaît une effervescence particulière. Des cortèges de motos et de véhicules se succèdent sur la rue président de la République, principale artère de la ville. Ils accompagnent des couples de mariés. Dans cette ville du Nord-Kivu où les mariages sont traditionnellement célébrés les mercredis, tous les jours sont désormais bons pour les cérémonies nuptiales. « On ne s’émeut plus devant toutes ces caravanes. Ils vont divorcer demain », raille un taximan oblige de s’arrêter, pour laisser passer un long cortège.

Le divorce de jeunes couples est en effet devenu un fait de société presque banal dans la contrée. Selon Franck Basima, greffier à l’Etat-civil qui n’avance aucune statistique. Si la procédure légale de divorce était respectée, « on compterait autant de divorcés qu’il y a de mariages » à Butembo. Mal préparés à cette union parce que, qu’ils y sont poussés par leurs familles ou la société, les couples se disloquent vite. Comme S. Laetitia, qui vient de quitter son jeune époux après une année de vie conjugale. « J’avais mon fiancé que j’aimais beaucoup, dit-elle. Ma famille a insisté que je sois mariée à un autre, simplement puisqu’il est issu d’une famille fortunée. Une fois ensemble, « une année a suffi pour que l’homme me compte comme un de ses biens. J’ai décidé de le quitter », « On se chamaillait tout le temps ».

Agé de 20 ans, chauffeur de taxi sur l’axe Butembo Beni, J.P. ne vit plus avec sa femme depuis plus de 2 mois. Lui aussi a été poussé au mariage par ses parents, qui le trouvaient déjà assez âgé pour convoler. « Ils m’ont offert une maison avant de m’obliger de me marier. Je me suis enfui mais la pression familiale m’a rattrapé, raconte t-il. Mais une fois dans le couple, j’ai compris que j’avais encore un long chemin à parcourir. On se chamaillait tout le temps. Chacun a fini par prendre sa voie ».

Dans la coutume Nande, ethnie majoritaire dans la région de Beni et Butembo (Nord de Goma), ce sont les parents qui choisissent la fiancée de leur fils au cours d’une procédure souvent longue et rigoureuse. Selon des contes populaires, il était même normal qu’une famille verse la dot pour une fille encore dans le sein de sa mère. Cette pratique qui avait disparu ces dernières années refait peu à peu surface.

Les jeunes sont aussi poussés au mariage par contrainte sociale. Etre marié est souvent considéré comme un signe de maturité. « Si vous êtes célibataire, les opérateurs économiques de la place rechignent à vous attribuer des responsabilités dans leurs entreprises, craignant que vous fuyiez avec leur fortune », explique Kasereka Katsuva de la Fédération nationale des petites et moyennes entreprises. Plusieurs jeunes se jettent ainsi à l’eau dans l’espoir de se voir confier des postes importants.

Divorces en catimini

Les conséquences de ces unions factices ne tardent pas à surgir. Educateur familial. Sauveur Muiwama dénonce ce manque de préparation de jeunes à la vie de couple. « La gestion d’un foyer n’est pas celle d’une boutique. C’est toute une vie! », S’exclame-t-il, condamnant les parents qui pressent leurs enfants à s’unir. « Ils devraient éviter de s’ingérer dans le choix des fiancés et bien préparer ceux qui s’engagent dans une vie qui n’a pas d’essai », martèle pour sa part Jonas Mbayahe, président d’une association qui conseille les nouveaux couples.

Quand les divorces surviennent, les époux se séparent souvent en catimini. Dans la culture du milieu, divorcer est en effet une honte. Toute la famille s’est sent humiliée. Beaucoup de jeunes couples choisissent alors de se séparer sans chercher à obtenir un prononcé de justice, même si leur union avait été bien célébrée devant un officier de l’Etat-civil. « C’est coûteux en temps et en moyens », argumente Kanduki Mukimuhikirwa, préposé à l’Etat-civil de la commune de Kimemi. « Se séparer aussi simplement n’est pas un divorce puisque l’acte n’est pas sanctionné par un jugement du tribunal », explique Herman Tsavonogho, bourgmestre adjoint à Kameni.

Kennedy Wema/Syfia Grands Lacs/Le Palmarès


(TH/GM/PKF)