Chaque fois qu’une grenouille veut se faire aussi grosse qu’un bœuf, tout le monde connaît la suite. Il n’y avait en tout cas aucune illusion à se faire sur le sort du Cndp face au dernier remaniement ministériel. Bien que les spéculations soient allées bon train sur la question, au point de rendre la participation de l’ancienne rébellion de Jomba au gouvernement central en préalable incontournable, la réalité a fini par faire démentir toutes les prévisions. Le changement d’une partie de l’équipe gouvernementale a rigoureusement répondu à une dynamique de terrain plutôt qu’aux diktat des pressions et autres engagements conjoncturels.

Le Palmarès, avec l’avance lui reconnu sur les événements, avait déjà prévenu l’opinion publique sur le sort de l’ancienne rébellion. Votre quotidien avait affirmé noir sur blanc, dès janvier 2010 et même un peu avant en 2009, que le Cndp ne saurait pas s’imposer au sein du gouvernement central. La dynamique politique globale atteinte dans la région des Grands Lacs africains n’autorise plus ce rêve.

Contraint de remettre sans condition ses mains sur la table et d’arrêter les jeux de coulisses, le Rwanda ne peut plus servir d’arrière base à une rébellion à l’Est de la Rdc. Privé de cette condition essentielle, le Cndp ne fait plus le poids. Dans la balance des urgences au niveau régional, il devient juste un appendice des souhaits du gouvernement rwandais. Il ne fait naturellement partie des exigences de Kigali qui s’est débarrassé du mouvement de Bosco Ntanganda à son compte.

En plus et bien pire pour ce mouvement, sa situation sert de monnaie de change au gouvernement congolais. Celui-ci, c’est visible entend opposer le cas Cndp à celui de L. Nkunda. Tant que Kagame ne se résoudra pas à livrer le détenu à Kinshasa, la Rdc continuera aussi à jouer aux interminables prolongations avec l’ancienne rébellion. C’est en somme une opération où nul ne peut accepter d’être le dindon de la farce. Partant, Kinshasa, qui n’a pas toujours aucune garantie ferme quant à l’issue de l’affaire Nkunda en sa faveur, préfère garder à son avantage un moyen de pression.

L’évidence

Cela aurait constitué un double choc insupportable pour l’opinion publique de n’avoir pas Nkunda entre ses murs, mais de voir ses anciens compagnons bénéficier d’une prime en or au gouvernement central. L’impact négatif de ce choc se serait rudement senti en 2011. Kabila, qui est de loin plus redevable au souverain primaire par sa prochaine réélection que Paul Kagame face aux Rwandais, ne pouvait plus se permettre de traiter la question avec légèreté. C’est le donnant-donnant qui compte ou rien.

Pour l’homme certes, Kinshasa a largement donné sa contrepartie Bosco Ntanganda a été énergiquement soustrait aux poursuites de la justice internationale. C’est le mieux que peut faire le gouvernement congolais en attendant un signal plus clair de Kigali. Il est à signaler en plus que Kinshasa a aussi réussi à faire intégrer le Cndp au sein des institutions provinciales. C’est le cas du gouvernement provincial du Nord-Kivu.

Au Cndp, on est pleinement conscient de la contrainte du moment. Même si l’on a bruyamment manifesté son mécontentement dernièrement à Goma. C’était à l’occasion de l’évaluation des accords de Ihussi. Le mouvement de Bosco a préféré sécher la rencontre. Qu’importe. Mais, à ses dépens, ce mouvement sait qu’il ne peut aller au-delà de cette mauvaise humeur. C’est vrai que quelques poches d’insécurité sur les principaux axes, jadis contrôlés par ce mouvement, peuvent resurgir. Mais absolument pas la mutinerie.

Car, Ntanganda et les siens savent que dès l’instant où ils renouent avec la gâchette, ils seront immédiatement assimilés aux forces négatives à l’instar des Fdlr: Et question de coincer son voisin, la Rdc peut même demander à Kigali d’entreprendre une traque conjointe contre les insurgés et les Fdlr. Décidemment, le Cndp n’a aucune marge de manœuvre  sinon s’en remettre complètement au bon vouloir du gouvernement congolais. Que le porte-parole de ce dernier ait affirmé au lendemain de la publication de la nouvelle équipe, que la participation de l’ancienne rébellion au sein des institutions du pays n’exclut pas nécessairement la participation au gouvernement central, reste un signal très fort. Il faut absolument savoir en tenir compte.

Le Palmarès


(Ern/TN/GW/PKF)