C’est un véritable Ca­mouflef que le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) a infligé, vendredi 26 février 2010, à la partie gouvernementale, lors de la réunion du Comité national de suivi des accords de paix de Goma.

Prévue donc en cette matinée à Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu, cette réunion n’a pas eu lieu. Le CNDP a préféré la boycotter, tout en exi­geant la présence du président de cette struc­ture qui n’est autre que Raymond Tshibanda, l’actuel ministre de la Coopération régional reconduit à son poste par la magie du rema­niement gouvernemen­tal opéré par le Chef de l’Etat Joseph Kabila.

Faute de sa présence, la réunion n’a pu se tenir et, les observateurs avertis sont restés sceptiques sur la suite des événements.

En effet, Kambasu Ngeve, se­crétaire exécutif du CNDP, a expliqué que le président de la délé­gation gouvernementale aux négo­ciations ayant débouché sur les accords de Goma signés le 23 mai 2009, Raymond Tshibanda est également le président du Comité national de suivi. Le repré­sentant du CNDP précise ceci : Il suffit seulement de prendre l’accord de paix qui a été signé, et de voir les points qui ont été traités, vous verrez que, à 80%, la partie gouvernementale n’a pas su assu­mer ses responsabilités. Nous estimons que la présence du pré­sident du Comité national de suivi est une nécessité. Surtout que, il y a de grands enjeux qui sont là, et nous voudrions que nous puis­sions nous fixer sur les responsabilités des uns et des autres. Le président est président du Comité national de suivi. C’est notre pré­sident et président de la partie gouvernementale. Nous voulons le voir présent ici à Goma, a mar­telé Kambasu Ngeve.

De son côté, l’abbé Bahala, rapporteur général du Comité national de suivi, a rassuré que le gouvernement est en train de ré­pondre, « positivement, au fur et à mesure », à certains points des accords du 23 mars 2009.

Le rapporteur général a ajouté que le gouvernement est, en même temps, entrain de continuer à recevoir les responsables d’autres ex-groupes armés, eux aussi signataires des accords de Goma.

Impatience des groupes armés Le couac signe CNDP vendredi

Le dernier à Goma, intervient quel­ques jours seulement après la publication, la semaine passée, du gouvernement remanié de Muzito. D’un ton ferme, le CNDP a pris position. Cet ancien mouvement rebelle, mué désormais en parti politique, dénonçait « le non res­pect », par la partie gouvernemen­tale, « des accords signés à Goma, cela, à la suite de l’absence de cet ex-mouvement armé au sein de la nouvelle équipe de l’exécutif national (Muzito II), après le rema­niement opéré par le chef de l’Etat ».

Outre le CNDP, d’autres états ­majors d’anciens groupes armés n’ont pas caché leur impatience de constater que l’intégration de leurs éléments au sein de la po­lice nationale au Sud Kivu, avec leurs grades respectifs, conformé­ment à l’esprit et à la lettre des mêmes accords, prenait trop de temps. D’où ils dénoncent « les manoeuvres dilatoires de la partie gouvernementale qui prend plaisir à nous flouer.  Pendant ce temps, avec l’aide de la MONUC, il oc­cupe certaines de nos positions afin de nous affaiblir. Nous serons désormais vigilants », a souligné un membre du bureau politique du CNDP sous couvert de l’anony­mat.

Que cachent ces mots ?

Difficile de répondre à cette question. Mais une chose est vraie dans le jeu politique, on a sou­vent tendance de donner de la main droite pour en retirer de la main gauche. Et dans le cas d’espèce, c’est la paix tant recherchée qui est mise à prix...

Il sied de préciser que les ac­cords dont il est question ici, ont été signé le 23 janvier 2009 à Goma, en présence du président Joseph Kabila Kabange et de cer­tains élus, représentants de la société civile, tous les groupes armés congolais. C’est donc à tra­vers ce qu’ils ont appelé « Acte d’engagement » que les différents acteurs en présence ont élaboré ce document pour une cessation immédiate des hostilités dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Le document a été également signé par le ministre congolais de l’Intérieur de l’époque, Denis Kalume, et par les responsables de la conférence et des autorités locales, ainsi que par représentants des Nations Unies, de l’Union européenne, des Etats-­Unis, de l’Union africaine et de la Conférence des pays des Grands Lacs.

La cérémonie, tenue à l’Univer­sité fibre des Grands Lacs de Goma, a marqué la fin de deux semaines d’intenses négociations. Elle a été qualifiée de « moment historique ».

L’accord prévoyait le déploiement de Casques bleus et d’observateurs pour veiller au ces­sez-le-feu et sécuriser les popu­lations civiles.

Le texte signé à Goma pré­voyait ainsi un cessez-le-feu total puis un désengagement progres­sif des combattants. Une commis­sion technique s’est chargée de déterminer le calendrier pour ap­pliquer toutes les clauses du do­cument.

Outre le volet spécifiquement militaire, il y a eu également un volet politique avec un projet de loi d’amnistie que le gouvernement avait présenté puis voté au Parle­ment. Cette amnistie pour faits de guerre et insurrection a concerné, au premier chef, le général dissi­dent Laurent Nkunda. L’accord prévoyait également le retour des réfugiés congolais se trouvant dans les pays voisins, ainsi que le ra­patriement des rebelles hutus rwandais.

Cet acte d’engagement devait donc mettre fin à la vague de vio­lence qui déstabilise les deux pro­vinces du Kivu. Les affrontements entre l’Armée congolaise et les différents groupes armés, notam­ment les rebelles du (CNDP) du général dissident Laurent Nkundabatuare, les milices Maï-Maï et les rebelles hutus rwandais ont provoqué  plus d’un million de déplacés.

Willy K/L’Observateur


(Milor/DN/GW/PKF)