Dans l’affaire Jean-Pierre Bemba, du nom de l’ancien vice-président de la République, accusé notamment de meurtres, viols et pillages commis par les éléments du Mouvement de libération du Congo (Mlc), en Centrafrique, entre octobre 2002 et mars 2003, les jours passent et se rapprochent lentement mais sûrement de l’ouverture du procès.

A l’époque, la milice que dirigeait l’infortuné était partie à la rescousse du président centrafricain, Ange-Félix Patassé, pour contrer la rébellion dirigée par François Bozizé qui menaçait son pouvoir.

A bien compter les jours, il n’en reste plus que cinquante-huit pour que le « chairman » puisse répondre devant les juges de la Cour pénale internationale (Cpi), à La Haye, en Hollande, des crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui lui collent à la peau. Le procès s’ouvrira, en effet, le mardi 27 avril prochain.

Contrairement aux « titres pompeux et sablonneux » publiés dans une certaine presse partisane du genre « Moreno Ocampo en fuite », « Bemba attendu à Kinshasa », « Jean-Pierre Bemba accuse Kabila »…, il n’en est rien. Le décor est déjà planté et le vin étant tiré, il ne reste plus qu’à le boire jusqu’à la lie.

L’annonce de l’ouverture du procès a été faite le jeudi 5 novembre dernier dans un communiqué de la Cpi. C’est la chambre de première instance III de la Cpi qui a notamment fixé la date conformément à la procédure en la matière.

Au cours des audiences de confirmation des charges du 12 au 15 janvier 2009, ses avocats avaient exclu toute responsabilité de l’ancien vice-président congolais dans les crimes commis par sa milice. Au contraire, ils avaient mis en cause l’ex-président centrafricain Ange-Félix Patassé.

Cependant en date du 14 août 2009, une juge de la Cpi avait ordonné la libération provisoire de l’incriminer dans l’attente de son procès, tout en maintenant sa détention en prison à La Haye tant que la Cour n’aurait pas décidé quel Etat l’accueillerait.

En réaction, le procureur de la Cpi, Luis Moreno-Ocampo avait immédiatement interjeté appel de cette décision. Dès lors, le 3 septembre 2009, la remise en liberté provisoire de Bemba a été suspendue par la chambre d’appel, dans l’attente d’une décision sur le fond.

Les choses se sont gâtées davantage du fait qu’aucun pays d’accueil n’a daigné l’accepter. Tel est le cas de la France, du Portugal, de la Belgique, de l’Afrique du sud, de l’Italie, de l’Allemagne, etc.

Coupable ou innocent ?

En attendant que toute la vérité éclate sur ce dossier judiciaire, dans les milieux des Bembistes, l’arrestation du fils aîné de l’ancien patron des patrons congolais, Jeannot Bemba Saolona, le 24 mai 2008 à Bruxelles, par les autorités belges, en exécution d’un mandat d’arrêt délivré par la Cpi, est souvent considérée comme une « affaire politique ». Vrai ou faux ? Au stade actuel, on ne saurait y prêter foi pour des raisons évidentes.

Dans plusieurs déclarations des partisans de Bemba, cet argument revient dans la plupart des cas sans pourtant qu’ils en arrivent à apporter des preuves. Dès lors, la relation de cause à effet est justifiée tout simplement par le contexte politique qui a prévalu lors des élections de 2006. C’est le cas des incidents post-électoraux qui ont suivi la publication des résultats après la défaite de Bemba aux présidentielles face à Joseph Kabila, son concurrent au deuxième tour.

A ce jour, il est de notoriété publique que l’accusation portée contre la personne de Jean-Pierre Bemba émane de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme pour des faits répréhensibles commis en Centrafrique. Le pouvoir congolais n’est, dès lors, pas concerné au premier chef. D’où le doute qui persiste quant aux soupçons qui pèsent sur les autorités congolaises.

Dans cette affaire, de quoi sera fait demain ? On ne saurait le présager. Le procureur Ocampo qui a toujours plus d’un arc dans son sac, saura en temps utile, faire usage de la plaidoirie en déterminant  les responsabilités d’un chacun. S’il s’avère que Bemba est réellement innocent, sans doute qu’il sera lavé de tout soupçon. Dans le cas contraire, la rigueur de la loi internationale ne manquera pas de tomber sur sa tête.

La République


(Milor/HM/PKF)