La ville de Kikwit dans la province du Bandundu connaît, actuellement, une éclosion sans pareil d’orchestres de jeunes séduits par les grandes vedettes de la musique congolaise. Ces jeunes qui sont dans l’impasse de partager la vie scolaire et la carrière musicale n’ont qu’une finalité, dans la plus part de cas, l’abandon des études au profit de ce cursus précaire.

« Je veux devenir comme Koffi, King Kester Emeneya, Werrason, JB Mpiana ou Papa Wemba qui gagnent déjà leur vie. Avec mes musiciens, nous essayons d’avoir un style original » a expliqué à la source Blaise Mboma de l’orchestre El Champion. C’est un véritable envoûtement qui a gagné les têtes et les cœurs des jeunes autochtones de Kikwit depuis qu’ils ont vu certaines stars et leurs orchestres défiler et se produire dans leur ville entre 2005 et 2009. Ajouter cela, l’organisation durant la même période de festivals culturels au Stade du 30 juin et de la Révolution par la « Fondation bon Samaritain », tous ceux-ci sont venus encore envenimer la situation en renforçant l’envie de créer des groupes musicaux.

A nos jours, signale la source, on assiste ainsi, dans différents quartiers de cette ville de plus de 600 000 habitants, à la naissance, presque chaque trimestre d’un nouvel orchestre aux appellations souvent fantasques : Collège de Washington, Université des stars, Gens cassés, Cœurs brisés…

Selon l’Union des musiciens de Kikwit (Umuki), la structure chargée de l’encadrement technique des orchestres, le nombre de ces formations s’élève aujourd’hui à plus de 200, contre quelques dizaines auparavant.

Des écoliers partagent aussi leur temps entre études et musique. La moitié des musiciens de Collège Washington, notamment, sont dans ce cas. Ce qui inquiète de bon nombreux de parents. Car, selon des chiffres avancés par la division provinciale de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP), près de 30 % d’élèves qui combinaient les deux activités ont soit échoué, soit abandonné leurs études en 2008.

Cette vague touche aussi bien des chômeurs que des scolaires. Fondateur de Cracca Musica, Hervé Kapala, qui se dit grand admirateur de Werrason, affirme comme nombre de ses collèges avoir embrassé la carrière musicale parce qu’il n’avait « rien à faire toute la journée ».

Les plaintes des parents sont d’ailleurs légion. Modeste Ndanu regrette le renvoi de son fils Ezer, qui a échoué à l’Institut technique professionnel de Kikwit tenu par des Jésuites. A cause de ses activités musicales, « il dormait souvent tard », se plaint-il. Jacques Mawete constate, presque impuissant, les dérives de son fils aîné qui, aujourd’hui, n’étudie plus et « ne fait que fumer du chanvre avec ses amis », tandis qu’une mère de famille redoute de voir son fils « toucher aux fétiches » pour réussir sa carrière musicale…

Besoin d’un encadrement nécessaire

« Nous sommes dépassés par la fougue de ces jeunes qui créent des orchestres parfois sans instruments de musique », a regretté Jean Kitoko, président de l’Umuki.

Le bureau urbain de la Culture et des arts peine à contrôler ces groupes musicaux sans moyens, qui doivent pourtant débourser 20 $ pour obtenir leur certificat de recensement annuel et une attestation d’existence que délivrent les communes. « Aucun de ces orchestres n’est en règle. Quand nous les invitons, ils fuient », a ajouté Bruno Kakesa Mazemba, de la Culture et des arts.

Certains, qui louent souvent à 50 $ les instruments de musique et les salles (10 % des recettes) pour leurs concerts, et tentent de gagner ainsi leur vie, pensent que l’Etat leur en demande trop.

« Nous manquons de producteurs pour nous soutenir. Payer 20 $ à l’Etat, c’est très cher, trop cher même pour nous. Où allons-nous trouver cet argent ? » a demandé Blaise Mboma de l’orchestre El Champion.

Le chef de bureau de la Culture et des arts se dit néanmoins prêt à faire un plaidoyer auprès de sa hiérarchie, pour un meilleur encadrement de ces jeunes qui évoluent sans garde fou.

Onassis Mutombo/L’Avenir


(Tkm/GTT/PKF)