La lourde dette extérieure collée à la RDC depuis Mobutu va enfin être effacée pour laisser le pays souffler. Il a fallu pour cela la ténacité du président Joseph Kabila qui a engagé le gouvernement dans le rigoureux programme de l’Initiative PPTE, mérite salué par le Club de Paris qui commence à annuler plus d’1 milliard USD.
Les créanciers de la RDC réunis au Club de Paris ont décidé mercredi de restructurer la dette publique extérieure congolaise après que le Fonds monétaire international (FMI) ait consenti en faveur de ce pays des facilités de crédit élargies. L'accord porte sur près de 3.000 millions de dollars, en dette et arriérés, dont 1.370 sont annulés, et les 1.647 autres rééchelonnés sur 23 ans, précise le groupe de créanciers dans un communiqué transmis jeudi matin. Les crédits relevant de l'aide publique au développement sont ré-étalés sur 40 ans. L'objectif est de rester dans les limites du
soutenable.
En raison de la capacité de paiement limitée du pays, souligne le Club, les créanciers ont différé après le 1er juillet 2012 le remboursement des échéances restant dues sur sa dette à court terme. En pratique, le coût du paiement de la dette sera réduit de 97% par an sur la période allant de mi 2009 à mi 2012. Les pays concernés par le réaménagement de la dette de la République démocratique du Congo sont l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, l'Espagne, les Etats-Unis, la Russie, la France, l'Italie, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la
Suède. Le Brésil a également contribué à l'opération.
Belle moisson donc que celle récoltée par la délégation congolaise dépêchée à Paris pour prendre langue avec les créanciers membres du Club de Paris. En plus d’un rééchelonnement de près de 1,65 milliard Usd, le Club de Paris a accepté d’annuler environ 1,3 milliard Usd de dette de la RDC. Cependant, la promesse du Club de Paris est assortie d’une condition : le respect des engagements en matière de gestion et de gouvernance économique conformément au programme conclu avec le FMI.
La concrétisation de la promesse du Club de Paris dépend cependant de la bonne conduite de la RDC. Des sources internes du Club de Paris rapportent que cette opération devrait intervenir d’ici quelques mois, lorsque le pays aura respecté ses engagements en matière de gestion et de gouvernance économique conformément à l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) appuyée par le FMI et la Banque mondiale.
Ultime mission du FMI et deux semaines décisives
Le stock de dette due par la RDC aux créanciers du Club de Paris était estimé à 6,92 milliards de dollars au 30 juin 2009, selon le communiqué. Une mission des experts du département Afrique du FMI arrive à Kinshasa le mardi 2 mars 2010 pour scruter les comptes du nouveau Programme économique du gouvernement (PEG 2). C’est le premier test oral auquel doit se soumettre le gouvernement depuis la conclusion le 11 décembre 2009 d’un nouvel accord formel avec le Fonds.
La mission du FMI s’est donnée juste deux semaines pour faire le tour du PEG 2. Deux semaines qui définiront les chances de la RDC de prétendre, à brève échéance, au point d’achèvement de l’initiative PPTE. Mais, la dernière sonnette d’alarme, tirée depuis la Banque centrale du Congo par le Comité de politique monétaire, sème le doute dans les esprits.
Le 11 décembre 2009, jour d’approbation du nouvel accord formel avec la RDC, le Conseil d’administration du FMI avait prévenu, dans le communiqué diffusé à ce propos, toute l’importance qu’il attachait à cette première revue du PEG 2. « L’achèvement satisfaisant de la première revue du programme économique du gouvernement qui est appuyé par la FRPC, notait-il, est une des conditions essentielles à remplir pour que la RDC atteigne le point d’achèvement de l’initiative PPTE renforcée et bénéficie de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), ce qui pourrait conduire à un allégement de la grande majorité de la dette extérieure du pays ».
Dans tous les cas, les deux semaines de mission à Kinshasa des experts du FMI est bien crucial pour ne pas en minimiser sur les chances de la RDC d’atteindre à brève échéance, soit fin juin 2010, le point d’achèvement de l’Initiative PPTE.
Au gouvernement, on mesure l’étendue des enjeux et l’on semble n’avoir ménagé aucun effort ni mis de côté aucun détail technique pour convaincre. Car, au bout du parcours, c’est un effacement d’environ 10 milliards de dollars USD auquel aura droit la RDC si les conditions requises pour atteindre le point d’achèvement étaient réunies. En juin prochain, le Conseil d’administration se penchera sur le sujet. Mais, à condition que jusqu’au 16 février 2010, date de fin de clôture de la mission du FMI en RDC, le gouvernement produise des éléments qui rassurent.
Or, sur ce point précis, le gouvernement a fait preuve d’un laxisme qui se traduit depuis début février par la résurgence des tensions sur le marché des changes. Même si l’inflation est en perte de vitesse, la dépréciation monétaire est bien prononcée par le fait d’un désordre criant dans les finances publiques.
Mardi 16 février 2010, le Comité de politique monétaire, élargi aux experts de la Présidence, de la Primature et de certains ministères techniques du gouvernement, a évoqué le sujet, formulant une série des recommandations, pour prévenir le danger. A l’État – sous-entendu le Gouvernement - principal responsable des déséquilibres, il a notamment recommandé : « la nécessité pour le Trésor de tempérer le rythme de consommation des excédents de trésorerie sur une courte période en limitant le volume des décaissements et ce, en raison de l’exiguïté du marché des changes afin d’éviter de nourrir les anticipations; le maintien de la gestion sur base caisse en vue de prévenir toute détérioration de la position nette du Gouvernement ; l’intérêt de fournir régulièrement au sous-comité technique des prévisions de la liquidité toutes les informations utiles sur les dépenses de l’Etat dans le cadre de la prévision de la liquidité ».
La RDC n’a pas été aussi proche du point d’achèvement que le gouvernement n’a plus droit à l’erreur. C’est l’ultime sacrifice auquel il doit se livrer afin de conforter le dossier de notre pays et d’obtenir des annulations substantielles du stock de la dette extérieure, environ 10 milliards de dollars US sur un stock de 13,1 milliards de dollars au titre de l’initiative PPTE et de celle d’annulation de la dette multilatérale (IADM).
Point d’achèvement : pari tout à fait réalisable !
D’autres pays africains, comme tout récemment le Congo/Brazzaville, ont franchi cette étape. Pourquoi n’en serait-il le cas pour la RDC? Pour autant qu’il soit aujourd’hui prouvé – Brazzaville l’a démontré - que le point d’achèvement n’est pas un miracle ou un objectif relevant d’une intervention divine. C’est plutôt la résultante d’un effort coordonné de l’exécutif, mobilisé autour d’un idéal, mû par le souci de relever le défi. Si en 2003, le point de décision a été possible, en 2010, cela doit être autant pour le point d’achèvement.
A ce stade, l’objectif poursuivi est de présenter le dossier de la RDC au Conseil d’administration conjoint du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale de juin 2010. Ce dossier devrait être alimenté par le rapport de la première revue du programme FRPC par les services du Fonds monétaire international et par celui de l’évaluation conjointe du niveau de réalisation des déclencheurs du point d’achèvement. En encadré, l’essentiel du communiqué posté sur son site par le Club de Paris.
Visa unique en vue pour les pays de la SADC !
L’instauration d’un visa unique pour tous les pays membres de la SADC (Communauté pour le développement des Etats de l’Afrique australe) constitue l’un des objectifs finals de cette communauté, ont déclaré le ministre congolais de la Coopération régionale, Raymond Tshibanda et le secrétaire exécutif de la SADC, le Dr Tomaz A Salomâo, au cours d’un point de presse qu’ils ont animé au Grand Hôtel Kinshasa.
Ce visa unique va permettre aux populations des pays membres de la communauté de se déplacer d’un pays à l’autre dans la région. Les deux personnalités ont évoqué aussi d’autres objectifs de la communauté, tels que l’instauration d’une large zone de libre échange, d’union douanière et de monnaie unique. Selon le ministre Raymond Tshibanda, la SADC contribue au programme des Cinq chantiers de la RDC, notamment par le financement du projet de construction d’Inga II dont les études de faisabilité sont menées par cette communauté et l’Union européenne. La SADC compte une population estimée à 250 millions d’âmes.
Le Potentiel/AP/ACP
(DN/TH/Yes)