Le sort de Daniel Yengo, Adg de la Snel, ainsi que de l’Adf Nicolas Muhiya traduits tous les deux en justice pour détournements va dépendre des conclusions des aveux de l’Adga Bernadette Tokwaulu citée à témoin devant la Cour d’appel de la Gombe qui instruit le dossier.
La Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, siégeant en audience publique lundi 22 février, a auditionné l’administrateur général adjoint de la Société nationale d’électricité (SNEL), Mme Bernadette Tokwaulu. Celle-ci a été citée par le ministère public dans l’affaire qui l’oppose à MM. Daniel Yengo Massampu et Nicolas Muhiya Lumbu, respectivement administrateur délégué général et administrateur directeur financier de cette entreprise publique. L’Adga de la Snel a été interpellé à la suite de la publication d’un article dans Congo News - journal paraissant à Kinshasa - faisant état d’un détournement (au conditionnel) des deniers publics destinés à la réhabilitation du barrage d’Inga.
L’administrateur délégué général adjoint de la Société nationale d’électricité (SNEL), Mme Bernadette Tokwaulu, a donc comparu lundi 22 février devant la Cour d’appel de Kishasa/Gombe qui en avait décidé ainsi. Citée par le ministère public lors de l’audience du vendredi 19 février 2010, Mme Tokwaulu devait éclairer la religion de cette juridiction sur un article publié par Congo News - un journal paraissant à Kinshasa -, relatif aux fonds pour lesquels l’administrateur délégué général et l’administrateur directeur financier de la SNEL sont incriminés et sont poursuivis.
« Si nous avons cité Mme Tokwaulu, c’est parce que nous avons lu dans « Congo News » qu’elle reconnaît le détournement des fonds à la SNEL et a cloué son administrateur délégué général. De un. Et de deux : quelle déclaration avait-elle faite à la police judiciaire », a déclaré Mme le procureur général (le ministère public), à l’ouverture de l’audience publique du jour.
A cette préoccupation, Mme Tokwaulu a fait savoir, concernant l’article publié dans « Congo News », que les informations n’émanaient pas d’elle. « Seul l’auteur de cet article est en mesure de vous en dire quelque chose », a-t-elle précisé. Toutefois, elle a fait observer que ce journal a reproduit (en partie) une correspondance qu’elle avait écrite et adressée au ministre de l’Energie et celui du Portefeuille (deux autorités hiérarchiques) et qu’elle en avait réservé des copies pour information à certaines autorités et services, dont la police judiciaire.
« Dans cette correspondance, a-t-elle déclaré, j’ai fait état de l’arrestation de l’administrateur délégué général et de l’administrateur directeur financier de la SNEL à qui on reprochait le détournement des deniers publics et la disparition de la convention de partenariat SNEL-Mag Energy pour la réhabilitation de quatre groupes d’Inga. Mais aussi et surtout parce qu’à cette époque, une tension était perceptible parmi les travailleurs. « C’est sur base de la réunion de ces deux éléments que j’ai décidé d’écrire cette correspondance », a-t-elle précisé.
Selon l’Adga de la Snel, elle avait exigé des services financiers de la SNEL un rapport sur l’utilisation et l’affectation des fonds et les informations lui communiquées lui ont permis d’écrire cette correspondance en utilisant le conditionnel concernant le détournement des deniers publics incriminé aux deux prévenus.
« Selon le rapport produit par ces services, il y a eu paiement pour la réhabilitation des groupes d’Inga et deux paiements ne concernaient pas ce dossier. Ils concernaient notamment le groupe Zongo », a-t-elle poursuivi.
« A quelles fins avez-vous adressé une copie d’information à la police judiciaire ?». A cette question, l’Adga Tokwaulu répondra comme suit : « Au moment de la détention de l’administrateur délégué général et de l’administrateur directeur financier, il y avait une tension au sein de l’entreprise et mon souci était d’informer l’autorité pour trouver des voies et moyens aux fins de la baisser ».
Le ministère public a voulu savoir ce que l’administrateur délégué général adjoint attendait de la police judiciaire en lui adressant une copie pour information. « Rien du tout », a-t-elle rétorqué, seulement que tout le monde soit informé. Ceci, parce que la Société nationale d’électricité est un service très sensible, a-t-elle martelé. Car, a-t-elle poursuivi, face à la tension prévalant au sein de l’entreprise, je me suis vue dans l’obligation d’informer la hiérarchie.
« Et si par la suite on constaterait qu’il n’y avait pas détournement, alors que vous aviez utilisé le conditionnel dans votre correspondance adressée au ministre de l’Energie et à celui du Portefeuille… », répliquera le ministère public. A ce sujet, l’Adga Tokwaulu a réitéré ce qu’elle venait de dire : « C’est-à-dire informer la hiérarchie sur le rapport relatif à l’affectation des fonds concernant la réhabilitation du barrage d’Inga. Et je pensais que c’était suffisant », a-t-elle renchéri.
A une question de la Cour sur ses connaissances des « dossiers » de la SNEL, Mme Tokwaulu en a cité deux. Le premier concerne le financement du groupe 3 d’Inga que l’équipe dirigeante actuelle avait trouvé lors de sa nomination et le second a trait à un projet de convention de réhabilitation de quatre groupes d’Inga.
A sa connaissance, ce deuxième dossier aurait été transmis à la Cour des comptes. En ce qui concerne le premier dossier, a-t-elle fait savoir, Mag Energy aurait sorti 15 millions de dollars américains. D’après sa lecture du contrat, il était stipulé que le groupe 3 d’Inga 3 serait réparé dans les douze mois et que le paiement interviendrait à partir de la remise en état du groupe 3 d’Inga jusqu’à la date anniversaire du premier financement.
Dernière question posée par la Cour à Mme Tokwaulu : « Quelles sont vos relations professionnelles et extraprofessionnelles avec l’administrateur délégué général de la SNEL, M. Yengo Ndombasi ?» A cette question, elle a déclaré, qu’en sa qualité d’administrateur délégué général adjoint de la SNEL, elle entretient des rapports qui sont régis par la loi. Toutefois, elle s’est refusée à toute déclaration concernant ses relations extraprofessionnelles avec son Adg, se bornant à dire « qu’elle préfère répondre d’un point de vue professionnel ».
Intervenant par la suite, la défense a déclaré que la comparution et la déposition de Mme Tokwaulu devant la Cour n’a apporté aucun élément nouveau dans l’affaire Yengo et consorts. « Mme Tokwaulu a utilisé le conditionnel lorsqu’elle parle du détournement des deniers publics incriminés à l’administrateur délégué général et à l’administrateur directeur financier de la SNEL, alors que le ministère public est affirmatif », a fait observer la partie défenderesse. La Cour en viendra à fixer la prochaine audience au vendredi 26 février 2010 pour le réquisitoire du ministère public.
Le Potentiel
(Milor/DN/PKF)