Les nouveaux ministres respectivement des Finances et du Budget sont munis chacun d’un palmarès qui les prédispose à gérer à bon escient ensemble en l’occurrence la névralgique chaîne des dépenses publiques dont l’évidence de l’enjeu est tout aussi stratégique.
Qu’est-ce qu’il faut attendre de Muzito II ? Cette question est sur toutes les lèvres comme si de Muzito I à Muzito II quelque chose aurait changé. C’est quoi cette chose ?
Il faut reconnaître qu’en dépit des critiques sur fond de campagne électorale anticipée, Muzito I a mis d’accord tous les observateurs de bonne foi. Il a réussi les différentes missions que lui avait assignées le Chef de l’Etat en posant des bases solides aussi bien dans le domaine économique social que politique. Avec ces résultats, notamment dans la réalisation des cinq chantiers de la République, l’action du gouvernement est plus « lisible » qu’avant. Cela permet à la population de préciser ses demandes.
Encore une fois, la publication de ce gouvernement a démontré qu’une opinion congolaise existe et qu’elle s’exprime. C’est ainsi qu’on n’a pas entendu dans cette opinion la réclamation des rebelles au gouvernement. C’est également la preuve que les Congolais ont compris que l’on n’est plus dans un système où le gouvernement était un lieu où les anciens rebelles venaient toucher leur prime à la guerre. Tout le monde a salué la fin de la guerre et l’accord signé avec les anciens rebelles. Mais, personne ne sait comment ces rebelles devraient faire leur entrée dans un gouvernement d’une coalition majoritaire au parlement.
Le son étonnant de l’extérieur
C’est le contraire du son qu’on entend de l’extérieur où l’événement dans ce gouvernement n’est pas la compétence et l’efficacité des hommes qui ont été appelés, mais la présence des rebelles. Dans une certaine opinion internationale, la Rdc n’a pas encore dépassé l’étape des gouvernements « de consensus » entre seigneurs de guerre et pouvoir en place. Ainsi pour « Le Point » un magazine français, l’absence des rebelles dans ce gouvernement est remarquée. Le confrère qui aurait cherché à en savoir plus auprès des services de la primature, renseigne que « Les services du Premier ministre ont confirmé qu’aucun ex-rebelle ne faisait son entrée au sein du gouvernement, et ce malgré les rumeurs faisant état de la nomination de deux "ministres non identifiés" ».
Il est vrai que parmi les ministres de l’équipe Muzito II, l’opinion n’arrivait pas à identifier certaines personnes. On se disait que ces inconnus ne pouvaient que venir du Cndp. Reuters a également fait de l’absence des rebelles dans le gouvernement mis en place, une certaine préoccupation. Ainsi, le confrère faisait-il remarquer : « …le Président Joseph Kabila a procédé à un remaniement ministériel à l’exclusion des ex-rebelles »,… C’est comme si la présence des rebelles dans ce gouvernement était soutenue par une clause de la Constitution ou d’une loi. L’accord qui avait été signé avec le Cndp est certes une loi des parties, mais que dit-il ? Aucune clause de cet Accord ne dit qu’obligatoirement, les dirigeants politiques du Cndp devraient faire leur entrée au gouvernement.
L’Accord parle plutôt de leur intégration dans les institutions du pays. Ils pouvaient bien revendiquer leur entrée dans les chambres du parlement qu’à la magistrature. Le gouvernement n’est pas la seule institution du pays.
Tout n’est pas perdu pour le Cndp
Cela veut clairement dire que le fait que les membres du Cndp ne se retrouvent pas au gouvernement, l’accord signé avec le gouvernement serait violé. On ne peut pas aussi dire qu’il n’y aurait plus aucune chance pour ces Congolais de participer à la vie politique de la Rdc. Le Cndp est devenu un parti politique au même titre que le Pprd, le Palu et le Mlc. Il y aura bientôt des élections locales. Le Cndp peut y participer en attendant les élections générales de l’année prochaine.
Avant cela, il n’est pas exclu que des membres du Cndp soient nommés dans différents cabinets ministériels ou nommés dans les entreprises du portefeuille. Le Congo a plus de soixante millions d’habitants. Il serait malheureux qu’on se préoccupe de la présence de quelques individus au gouvernement en faisant une allusion malheureuse à leur ethnie. Si le Cndp s’identifie à une ethnie, il tombera sous le coup de la loi qui bannit les partis politiques à connotation tribalo-ethnique. Reuters a donc tort de penser que le bureau du Premier ministre ayant confirmé qu’il n’y avait pas de rebelles au gouvernement cela pourrait « froisser les responsables du CNDP ».
Le devoir des résultats
Les Congolais eux réclament des résultats. Ils constatent que le Chef de l’Etat et le Premier ministre sont préoccupés par cette recherche des résultats. Cela se démontre entre autre à travers le changement de toute la chaîne des dépenses. Le gouvernement congolais court derrière l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte. L’échéance de juin est donc cruciale pour le pays. Le souhait aurait été que les artisans des premiers résultats obtenus conduisent le pays jusqu’à cette échéance.
Si le Chef de l’Etat et le Premier ministre en ont décidé autrement, c’est qu’il y a des raisons valables qu’il faut rechercher dans le cursus du duo actuel de la chaîne des dépenses. Au ministère des Finances, Joseph Kabila et Adolphe Muzito ont fait appel à un homme dont le seul nom dit tout.
Qui est le nouvel argentier de la Rdc ?
Matata Ponyo vient du Bececo, un organe mis en place par le gouvernement en vue de la visibilité du financement des actions à impact visible avec le financement de la Banque mondiale. Matata Ponyo a fait ses études primaires et secondaires dans ce qui était hier la province du Kivu éclatée actuellement en trois provinces, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema. Il obtient son diplôme d’Etat de la section commerciale à Bukavu en 1983. Il entreprend les études universitaires à L’Université de Lubumbashi où il décroche son diplôme de graduat en sciences économiques en 1986. Il s’inscrit en licence en sciences économiques à l’Université de Kinshasa. Il obtient son diplôme de licence en Economie option économie internationale en 1988. Il est assistant au sein de la même université où il assiste le professeur Tshiunza particulièrement dans les questions spéciales monétaires.
A la faveur d’un concours, il est recruté à la Banque centrale du Congo en qualité d’analyste. Il œuvre très jeune au sein de l’institut de monnaie à la direction des études et recherches économiques jusqu’en 2000. Après avoir presté aux questions monétaires, il deviendra responsable des comptes nationaux. Il sera tour à tour, Conseiller en charge des questions économiques et monétaires, au ministère des Finances, Conseiller économique, Conseiller macroéconomique, Conseiller en charge des questions avec le Fmi, la Banque Mondiale et la Coopération internationale. Il se retrouve président du Comité de Pilotage du BCECO avant d’être désigné Directeur Général du BCECO fonctions qu’il exerçait jusqu’à sa nomination dans Muzito II.
Qui est le nouveau patron du Budget national ?
Au Budget national, Joseph Kabila et Adolphe Muzito ont fait appel à Jean Baptiste NTAHWA KUDERWA. Le nouveau ministre du Budget est né à Kanyola le 18 juillet 1955 dans le territoire de Walungu, secteur Ngweshe, dans la province du Sud Kivu. Marié à Eliane KABARE, il est père de huit enfants. Il a fait ses études primaires et les humanités littéraires au collège ALFADJIRI à Bukavu qu’il termine en 1975. Il obtient son diplôme en Sciences Financières de l’Ecole Nationale de Finances en 1980, puis une Licence en Sciences Economiques, option économie internationale et monétaire en 1996 à l’Université Libre de Kinshasa. Il s’est spécialisé dans l’Economie Bancaire en Italie à FINAFRICA MILAN en 1984. Il a en plus obtenu un Certificat en Finances Publiques à l’Institut du Fonds Monétaire International de Washington en 2002. En 2005, il décroche un Certificat sur la préparation et Exécution du Budget de l’Etat à l’ENA-Paris (Ecole Nationale d’Administration). Il a à son actif deux autres spécialisations se rapportant à la Gestion axée sur les résultats et le Cadre des dépenses à Moyen terme(CDMT) et en exécution des contrats des Marchés Publics obtenus respectivement à l’Institut Forum la Rochelle-France en Avril 2009 et à l’Institut IDEA International de Montréal au Canada.
Il a débuté sa carrière publique au Ministère des Finances et Budget en 1980 à la Direction du Budget-Contrôle avant d’être désigné Vérificateur des dépenses Engagées à la même Direction. Il est détaché au cabinet du Ministère des Droits et Libertés du Citoyen avant d’être nommé Chef de Division des Finances et Sous-gestionnaires des crédits, fonctions qu’il exercera pendant trois ans. Entre 1990 et 1992, M. NTAHWA occupe les fonctions de Chef de Service de l’Intendance et logistique au Conseil National de Sécurité, à la Présidence de la République. Une année plus tard, il est nommé Directeur rattaché au Secrétariat Général du Ministère du budget. Il occupera successivement entre les années 1992 et 2008, les fonctions des Directeurs-Chefs des Services Généraux du Budget, du Contrôle Budgétaire, de la Paie et de la Préparation et du Suivi du Budget.
En 2009, il est nommé Secrétaire Général au Budget, fonction qu’il occupait à sa nomination comme ministre du Budget. A part sa qualité de fonctionnaire de l’Etat, Jean-Baptiste NTAHWA KUDERWA est Pasteur-Représentant Légal de la Communauté Evangélique Mont Carmel. Avec ces deux Congolais dont l’expertise dans le domaine de leurs actuelles fonctions n’est plus à démontrer, le gouvernement a pris une option sérieuse pour l’atteinte du point d’achèvement. Pour y arriver, il faut non seulement poursuivre dans le sens de la hausse des moyens de l’Etat en mobilisant toutes les ressources nécessaires, internes et externes, mais surtout en luttant contre la fraude, la corruption, le gaspillage …
Joachim Diana G./L’Avenir
(Ern/DN/GW/PKF)