Édifiante lecture d’un membre de la représentation nationale en la personne du député très branché Kyaviro sur les sujets majeurs des débats parlementaires, l’agitation à l’AMP, les turbulences devenues chroniques entre les assemblées et les exécutifs provinciaux, etc.
Le député Jean Louis Ernest Kyaviro qui compte parmi les plus branchés des membres de la représentation nationale pour ses interventions dans les débats à la Chambre basse du Parlement confie dans l’interview ci-après ses remarques sur les sujets les plus en vue de l’heure, de quoi aviser aussi bien le pouvoir que le public.
L’an 2009 appartient désormais à l’histoire. Qu’est-ce qui vous a marqué au cours de cette année ?
L’année 2009 a été difficile. Tout au long de cette année, j’ai été de tous les combats et j’ai consenti beaucoup de sacrifices dans ma vie politique. En effet, pour arrêter le bras de fer engagé entre le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, et le président de l’Assemblée nationale d’alors, Vital Kamerhe, et ainsi arrêter la crise institutionnelle grave, j’ai dû accepter de lire la Déclaration de l’AMP exigeant la démission du président Vital Kamerhe. Je savais que cette déclaration allait produire un effet détonateur dans la vie politique nationale. Mais, je n’ai rien exigé ni rien obtenu, contrairement à ce que d’aucuns ont insinué. En fin de compte, l’objectif visé était la stabilité des institutions et c’était le bon combat.
Par ailleurs, la dernière session parlementaire de 2009 était pour moi un véritable succès, car nous députés, avons voté les lois. Nous avons travaillé dans la sérénité et voté neuf lois, dont certaines permettront d’améliorer le climat des affaires dans le pays. Nous avons également adopté le budget revisité pour l’exercice 2010. Enfin, pour la prochaine session, je souhaite que le projet de loi sur l’aviation civile, « une matière très technique » puisse être examinée afin de restaurer de l’ordre dans le secteur.
Que se passe-t-il au sein de l’AMP ? Y aurait-il tempête dans un verre d’eau?
C’est certainement une tare congénitale et contraire à l’esprit démocratique parce qu’on voudrait mettre à l’écart les élus dans la gestion de cette plate-forme politique. Aujourd’hui, on constate qu’il n’y a aucun élu au sein de l’exécutif de l’AMP. Ces derniers exigent qu’ils en fassent partie. Deuxièmement, beaucoup de ministres continuent à siéger comme chefs des partis politiques au sein du comité politique de l’AMP.
Cela constitue l’antithèse de la «Tolérance zéro », parce que le monde entier sait que les Congolais ont choisi la Constitution par référendum qui interdit ce chevauchement. En effet, il a été demandé aux ministres de quitter la tête de leurs partis, conformément à leur serment. Que constatons-nous ? Ils s’accrochent à leurs fonctions au point de faire dire que la « Tolérance zéro » est combattue actuellement au sommet. L’AMP doit être restructurée en respectant la Constitution et ainsi permettre aux élus de s’impliquer dans son fonctionnement et dans la prise des décisions.
La vive attente d’un remaniement maintenant réalisée n’a-t-elle pas entraîné de l’agitation au sein de l’AMP ?
C’est normal parce que dernièrement le chef de l’Etat, le président Joseph Kabila, a décidé de procéder au remaniement avec le concours d’un petit nombre de patriotes déterminés à l’aider dans sa délicate tâche. Mais, il y a une majorité qui cherche à tirer les bénéfices du profit pour des intérêts égoïstes en s’accrochant à leurs postes au sein du gouvernement et du parti. Il faut que le Premier ministre ait la politique de ses moyens. Il était encore comme le capitaine de cette équipe dont les joueurs sont des associés du patron de la formation sportive considérant l’entraîneur ou le capitaine comme leur collaborateur. Ce qui explique l’indiscipline au sein du gouvernement.
Comment expliquez-vous les turbulences observées ces derniers temps dans les assemblées provinciales ?
Cela résulte de trois choses. La première observation est celle-ci : lorsque nous députés interpellons les ministres, on nous dit que nous cherchons de l’argent comme si nous étions nourris à la soupe publique. Cette façon de voir les choses vise à mépriser le contrôle parlementaire. Cela constitue une agression à la démocratie. Deuxièmement, il y a une tendance de l’exécutif à échapper au contrôle parlementaire en utilisant le patri et les liens sociaux ou familiaux, alors que la population veut qu’on puisse recourir au cadre constitutionnel pour régenter la vie politique dans le pays.
Enfin, le rôle de Kinshasa dans ce combat n’a pas été toujours heureux. Il y a, par exemple, des informations sur la persistance des opérations retour en rapport avec la rétrocession provinciale. C’est cette collaboration obscure qui avait fait éclater les scandales dans les provinces de l’Equateur, du Katanga, dans la Province Orientale. Dans cette dernière province, la récente motion de défiance contre le gouverneur a obligé le ministre de l’Intérieur à convoquer à Kinshasa le gouverneur et les membres du Bureau de l’Assemblée provinciale.
Les membres de cette délégation nous ont contactés et ont fait état de pression qu’ils étaient en train de subir. C’est un scandale ! En effet, on pouvait comprendre que le ministre de l’Intérieur puisse se rendre à Mbandaka et à Lubumbashi, où l’ordre a été perturbé, mais pas convoquer l’exécutif et le législatif provincial de la Province Orientale à Kinshasa. Kisangani n’était pas la même chose que Mbandaka, ni Lubumbashi.
Chose grave, un ministre du gouvernement central et même les ministres provinciaux de Kisangani ont tous déclaré à la presse des choses qui tendent à présenter la motion comme le signe d’un conflit pour justifier cette violation massive de la Constitution. Cette tendance est dangereuse, car de tels propos, sans le savoir, peuvent allumer le feu.
Quelles sont les perspectives pour l’année 2010 ?
Le Congolais a trois devoirs et obligations pour 2010. Le premier, c’est d’accepter que le pays soit dirigé par la Constitution et les lois pour l’intérêt suprême du souverain primaire. Deuxièmement, le Congolais est la seule personne à développer demain la RDC. Ce ne sont ni les Chinois, ni les Arabes et encore moins les Français qui le feront à sa place. Notre défi est de compter sur la qualité des hommes à diriger au regard de cinq chantiers initiés par le chef de l’Etat.
Je voudrais que l’on ne puisse pas admirer les chantiers et s’en approprier. Il faut que le Congolais puisse assurer la grandeur de la RDC, car ce n’est pas à 50 ans que le Congolais doit continuer à rester dans le berceau. C’est humiliant. Nous avons maintenant 50 ans. Quittons le berceau !
Propos recueillis par Eyenga Sana/Le Potentiel
(DN/Ern./Yes)