La question du porte-parole de l’opposition poli­tique en République démo­cratique du Congo divise les opposants depuis que la loi portant statut de l’op­position politique a été votée par les deux chambres du Parlement et promul­guée par le Président de la République.

Alors que tous les es­poirs étaient fondés de voir la Rdc devenir l’un des ra­res pays africains à dispo­ser d’une opposition struc­turée, reconnue comme un acteur incontournable de la vie démocratique du pays et interlocutrice-privilégiée des autorités tant nationales qu’internationales, les égoïsmes des hommes politiques congolais ont vite fait de doucher l’optimisme naissant.

En effet, l’oppo­sition politique institution­nelle, chargée de désigner formellement le leader de l’opposition, est minée par des querelles internes in­déchiffrables. Les acteurs politiques majeurs qui composent cette opposi­tion se combattent mutuel­lement à telle enseigne que l’unanimité est loin de se dégager sur une candida­ture. Le Mlc qui se considère comme le propriétaire at­titré de ce poste, ne veut entendre aucune proposi­tion contraire à la sienne. Pour ce parti politique, d’où est issu, soit dit en passant, l’auteur de la proposition de loi portant statut de l’opposition, ce poste ne peut revenir qu’à son chairman Jean-Pierre Bemba.

Cultivant un véri­table culte de la personna­lité, les poulains de François Muamba ne tiennent même pas compte de l’im­possibilité physique de leur leader à animer l’opposi­tion politique. Loin dans sa geôle de la Haye au Pays-­Bas, Bemba Gombo Jean-­Pierre ne peut fédérer l’op­position ni prendre contact avec des acteurs nationaux et internationaux dans l’in­térêt de l’opposition.

Il est politiquement hors-jeu no­nobstant l’aveuglement de ses ouailles qui rêvent en­core d’un « miracle » pour­tant hypothétique au re­gard de l’évolution de son dossier judiciaire. Cette obstination du Mlc à faire de Bemba l’unique candidat est, en fait, la source de la division de l’opposition car, dans l’en­tre-temps, des ambitions se sont légitimement ma­nifestées au sein de l’opposition. Gilbert Kiakwama, chef de file du groupe parlementaire des Chrétiens démocrates à la chambre basse du Parlement ne ca­che jamais son opposition à la thèse du Mlc consistant à bloquer les candida­tures au poste de porte-parole de l’opposition.

Ro­ger Lumbala Tshitenga, son collègue de l’Ordre des dé­mocrates indépendants, après avoir soutenu la thèse de tout Bemba avec possibilité de designer un porte-parole adjoint, ne semble plus très accroché à l’idée de soutenir, à tout prix, la fille aînée de l’opposition dans ses égare­ments. L’homme s’est as­sagi et admet aujourd’hui que le chairman ne peut plus diriger l’opposition politique de sa cellule dorée. Moise Nyarugabo et le Rcd, du moins la branche qui se réclame de l’opposition, émettent également des réserves. D’autres poids lourds de l’opposition ne sont pas  non plus disposés à soutenir l’aveuglement du Mlc.

La conséquence ma­jeure et logique de ces op­positions est que le dossier traîne sur les bureaux des présidents des deux cham­bres du Parlement. La plé­nière, tant attendue pour la désignation du Porte-parole de l’opposition poli­tique, tarde à être convo­quée même si la demande aurait déjà été formulée. La preuve palpable de l’im­broglio qui règne au sein de l’opposition politique reste sans conteste le manque de vision com­mune sur la question de la mise en place d’une plate-forme censée rassem­bler toutes les forces de l’opposition.

La proposition lancée par François Muamba de créer une nouvelle struc­ture de l’opposition a été rejetée à la quasi-unani­mité même par les leaders politiques proches du Mlc. C’est le cas de Clément Kanku qui a refusé d’adhé­rer à une nouvelle struc­ture, estimant que l’Union pour la nation reste le seul cadre valable pour fédérer l’opposition dans la pers­pective des élections de 2011. Frank Diongo, mem­bre de l’opposition extra­parlementaire, a carré­ment décliné l’offre en di­sant ne pas avoir confiance à François Muamba. Joseph Olenghankoy, dans l’entre temps, a proposé à ses camarades de l’opposition la création d’une autre plate-forme.

Cette proposi­tion, il faut l’avouer, a été froidement accueillie et est  tombée dans les oubliettes aussi rapidement qu’elle a été formulée. Ceci démontre que les acteurs politiques de l’opposition ne se font pas confiance. Le Mlc n’a plus  en effet, le quitus des opposants pour qu’il prétende animer l’opposition. Trop de dissensions en son sein ont fini par jeter le discré­dit sur lui. L’omniprésence de François Muamba qui semble ne pas tolérer la contradiction a suscité vrai­ment de la méfiance.

C’est pour cette raison que des voix s’élèvent aujourd’hui au sein de l’op­position institutionnelle pour attirer l’attention sur le danger qui guète l’oppo­sition. Ces opposants parmi lesquels Martin Mukonkole estiment qu’il est temps qu’on confie ce poste à un représentant de l’opposition politique non institutionnelle. Cette dési­gnation aura pour avan­tage de permettre à l’op­position de profiter de cette aubaine qui lui est offerte d’avoir quelqu’un qui peut revendiquer ses opinions partout dans le monde.

En outre, cette solution va permettre à l’opposition de devenir forte parce qu’elle va permettre aux oppo­sants institutionnels, qui sont limités de par leur participation aux institu­tions, de faire plus qu’il n’en faut aujourd’hui. Le chef de file issu de l’oppo­sition non institutionnelle serait, en effet, plus libre que les opposants institu­tionnels et plus fédérateur. Mais le problème qui se pose est celui du nom de cet oiseau rare. On sait qu’Etienne Tshisekedi n’est plus en mesure de jouer le rôle de meneur à cause de sa santé déclinante. Toutefois, des noms sont avancés comme possible leader de l’opposition. Mais qui entre Frank Diongo, Chalupa, Gabriel Mokia, Azarias Ruberwa, Z’Ahidi Ngoma sera l’heureux élu ? La question reste posée.

Charles Mukonkole/La République


(Milor/DN/GW/PKF)