Faute d’entente au sein de l’opposition institutionnelle, des noms des membres de l’opposition non institutionnelle sont cités pour occuper le poste entre autres Franck Diongo, Z’Ahidi Ngoma, Gabriel Mokia.
La question du porte-parole de l’opposition politique en République démocratique du Congo divise les opposants depuis que la loi portant statut de l’opposition politique a été votée par les deux chambres du Parlement et promulguée par le Président de la République.
Alors que tous les espoirs étaient fondés de voir la Rdc devenir l’un des rares pays africains à disposer d’une opposition structurée, reconnue comme un acteur incontournable de la vie démocratique du pays et interlocutrice-privilégiée des autorités tant nationales qu’internationales, les égoïsmes des hommes politiques congolais ont vite fait de doucher l’optimisme naissant.
En effet, l’opposition politique institutionnelle, chargée de désigner formellement le leader de l’opposition, est minée par des querelles internes indéchiffrables. Les acteurs politiques majeurs qui composent cette opposition se combattent mutuellement à telle enseigne que l’unanimité est loin de se dégager sur une candidature. Le Mlc qui se considère comme le propriétaire attitré de ce poste, ne veut entendre aucune proposition contraire à la sienne. Pour ce parti politique, d’où est issu, soit dit en passant, l’auteur de la proposition de loi portant statut de l’opposition, ce poste ne peut revenir qu’à son chairman Jean-Pierre Bemba.
Cultivant un véritable culte de la personnalité, les poulains de François Muamba ne tiennent même pas compte de l’impossibilité physique de leur leader à animer l’opposition politique. Loin dans sa geôle de la Haye au Pays-Bas, Bemba Gombo Jean-Pierre ne peut fédérer l’opposition ni prendre contact avec des acteurs nationaux et internationaux dans l’intérêt de l’opposition.
Il est politiquement hors-jeu nonobstant l’aveuglement de ses ouailles qui rêvent encore d’un « miracle » pourtant hypothétique au regard de l’évolution de son dossier judiciaire. Cette obstination du Mlc à faire de Bemba l’unique candidat est, en fait, la source de la division de l’opposition car, dans l’entre-temps, des ambitions se sont légitimement manifestées au sein de l’opposition. Gilbert Kiakwama, chef de file du groupe parlementaire des Chrétiens démocrates à la chambre basse du Parlement ne cache jamais son opposition à la thèse du Mlc consistant à bloquer les candidatures au poste de porte-parole de l’opposition.
Roger Lumbala Tshitenga, son collègue de l’Ordre des démocrates indépendants, après avoir soutenu la thèse de tout Bemba avec possibilité de designer un porte-parole adjoint, ne semble plus très accroché à l’idée de soutenir, à tout prix, la fille aînée de l’opposition dans ses égarements. L’homme s’est assagi et admet aujourd’hui que le chairman ne peut plus diriger l’opposition politique de sa cellule dorée. Moise Nyarugabo et le Rcd, du moins la branche qui se réclame de l’opposition, émettent également des réserves. D’autres poids lourds de l’opposition ne sont pas non plus disposés à soutenir l’aveuglement du Mlc.
La conséquence majeure et logique de ces oppositions est que le dossier traîne sur les bureaux des présidents des deux chambres du Parlement. La plénière, tant attendue pour la désignation du Porte-parole de l’opposition politique, tarde à être convoquée même si la demande aurait déjà été formulée. La preuve palpable de l’imbroglio qui règne au sein de l’opposition politique reste sans conteste le manque de vision commune sur la question de la mise en place d’une plate-forme censée rassembler toutes les forces de l’opposition.
La proposition lancée par François Muamba de créer une nouvelle structure de l’opposition a été rejetée à la quasi-unanimité même par les leaders politiques proches du Mlc. C’est le cas de Clément Kanku qui a refusé d’adhérer à une nouvelle structure, estimant que l’Union pour la nation reste le seul cadre valable pour fédérer l’opposition dans la perspective des élections de 2011. Frank Diongo, membre de l’opposition extraparlementaire, a carrément décliné l’offre en disant ne pas avoir confiance à François Muamba. Joseph Olenghankoy, dans l’entre temps, a proposé à ses camarades de l’opposition la création d’une autre plate-forme.
Cette proposition, il faut l’avouer, a été froidement accueillie et est tombée dans les oubliettes aussi rapidement qu’elle a été formulée. Ceci démontre que les acteurs politiques de l’opposition ne se font pas confiance. Le Mlc n’a plus en effet, le quitus des opposants pour qu’il prétende animer l’opposition. Trop de dissensions en son sein ont fini par jeter le discrédit sur lui. L’omniprésence de François Muamba qui semble ne pas tolérer la contradiction a suscité vraiment de la méfiance.
C’est pour cette raison que des voix s’élèvent aujourd’hui au sein de l’opposition institutionnelle pour attirer l’attention sur le danger qui guète l’opposition. Ces opposants parmi lesquels Martin Mukonkole estiment qu’il est temps qu’on confie ce poste à un représentant de l’opposition politique non institutionnelle. Cette désignation aura pour avantage de permettre à l’opposition de profiter de cette aubaine qui lui est offerte d’avoir quelqu’un qui peut revendiquer ses opinions partout dans le monde.
En outre, cette solution va permettre à l’opposition de devenir forte parce qu’elle va permettre aux opposants institutionnels, qui sont limités de par leur participation aux institutions, de faire plus qu’il n’en faut aujourd’hui. Le chef de file issu de l’opposition non institutionnelle serait, en effet, plus libre que les opposants institutionnels et plus fédérateur. Mais le problème qui se pose est celui du nom de cet oiseau rare. On sait qu’Etienne Tshisekedi n’est plus en mesure de jouer le rôle de meneur à cause de sa santé déclinante. Toutefois, des noms sont avancés comme possible leader de l’opposition. Mais qui entre Frank Diongo, Chalupa, Gabriel Mokia, Azarias Ruberwa, Z’Ahidi Ngoma sera l’heureux élu ? La question reste posée.
Charles Mukonkole/La République
(Milor/DN/GW/PKF)