Pendant que l’on parle remaniement, le Chef de l’Etat et le chef du gouvernement ont bien d’autres soucis non liés au remaniement. Ils recherchaient une équipe qui pouvait booster les cinq chantiers de la république.
Les partis politiques qui attendent le remaniement n’émettent pas sur la même longueur d’ondes que la tête de l’exécutif. Faut-il remanier pour donner l’occasion à certains de réaliser leur ambition ? Joseph Kabila et Adolphe Muzito, en dépit de quelques vacances au gouvernement, sont-ils obligés de les remplacer et donc de remanier ? La question vaut la peine d’être posée même si la réponse ne dépend que de la tête de l’exécutif.
Le remaniement tant attendu serait-il renvoyé aux calendes grecques ? C’est la question que plus d’un se posent. La réponse à cette question se fera encore attendre tant que le remaniement ne sera pas la préoccupation urgente et du Chef de l’Etat et du Premier ministre.
Il est vrai que pour plus d’une raison, l’opinion a raison d’attendre une restructuration du gouvernement. Parmi les raisons les plus plausibles, il y a des vacances à certains postes dont les ministres ont soit changé de fonctions, soit quitté la terre des hommes soit enfin, ont été révoqués. Les partis politiques dont étaient issus ces ministres sont les plus impatients. Dès le moment où le gouvernement a été formé sur base de quota des partis de la majorité, les partis politiques dont les membres ont quitté le gouvernement pour une raison ou une autre se sentent pénalisés. Ils ont hâte de voir ce remaniement intervenir. Dans certaines de ces formations politiques, des candidats sont déjà à la portée de la main et n’attendent que l’appel du Premier ministre pour consultation. Plus les jours passent, plus cette attente se liant à l’approche de prochaines élections se prolonge, plus on observe une sorte de désarroi dans ces partis politiques.
Les provinces et leur quota
D’autres personnes qui attendent impatiemment ce remaniement, ce sont les provinces qui estiment que les postes laissés vacants et qui revenaient à leurs ressortissants doivent leur revenir. Enfin, le remaniement est très attendu dans les milieux de tous ceux qui ont l’ambition de devenir ministres. Pour eux, la seule occasion de réaliser leur ambition, c’est le remaniement.
Pour cette raison, ils l’appellent de tous leurs vœux. Malheureusement, le jeu était arrêté d’avance. Ce n’est pas le membre de n’importe quel parti politique de la majorité qui peut devenir ministre quand il veut. Dans les partis où est attribué un seul poste, les chefs des partis politiques sont déjà positionnés. A moins qu’ils se trouvent dans le cas de faute grave, le Premier ministre doit trouver les raisons de les remplacer par un autre membre du parti. Car, en cas de remaniement, c’est avec le chef du parti que le Premier ministre engagera les négociations. Cela n’est pas facile.
A la manière de 1+4
La seule façon de persuader les chefs des partis à céder leurs postes, c’est de leur proposer autre chose. Quoi d’égal ou de plus important que la qualité de membre du gouvernement. On se retrouve un peu dans la situation de la transition 1+4 où les postes ministériels étaient la propriété des composantes qui en faisaient ce qu’ils voulaient. Le Chef de l’Etat ne pouvait pas changer un membre du gouvernement qui n’était pas de sa composante. Beaucoup de chefs des partis politiques trouvent leur sécurité dans cette situation qui est plus réelle dans leur tête que dans les faits. Car, le Chef de l’Etat et Premier ministre peuvent, sans marcher sur les règles du jeu, appeler au gouvernement des personnes, même pas de leur choix, mais qui répondent aux critères. Antoine Gizenga avait contourné la difficulté en demandant que chaque parti politique lui présente trois candidats parmi lesquels il choisirait son oiseau rare. Cela a fait que certains chefs des partis se sont retrouvés en dehors du gouvernement. Conséquence, ils ont engagé un combat d’arrière-garde qui a conduit à Gizenga II.
Aujourd’hui, les Chefs des partis politiques doivent savoir que l’intérêt supérieur de l’Etat est au-dessus de leurs intérêts personnels. Pour que le gouvernement respire, il faut à tout prix que le Chef de l’Etat et le Premier ministre ne soient pas liés aux choix des partis politiques. On connaît des gouvernements de coalition ailleurs où le Premier ministre puise ses ministres dans les formations politiques membres de la coalition des personnalités qui répondent aux critères sans nécessairement suivre le vœu des chefs des ces formations politiques. Chez nous, telles que les choses se déroulent, pour être ministre, il faut être chef de parti politique ou un politicien au sens strict du terme. Dans le cas d’une coalition de la gauche, comme c’est le cas actuellement, les intellectuels de gauche et autres experts sont totalement exclus à la participation au gouvernement.
Un certain appauvrissement
Apparemment, cette situation ne semble préoccuper personne. Mais on est étonné que des professeurs d’université aient déserté leurs chaires pour la tribune politique. On est étonné par cette ruée vers la politique politicienne. Si cela ne change pas, on va vers un appauvrissement de l’assiette dans laquelle on doit puiser des ministres pour servir le pays. Dans cette situation atypique, on ne devrait pas s’attendre à ce que les débats sur le remaniement soient éclairés par un certain souci de la bonne marche de l’Etat congolais. Ainsi donc, tous les débats engagés jusque-là sur le remaniement se basent sur un centre d’intérêt qui n’est pas la grande motivation du Premier ministre et du Chef de l’Etat.
La question que l’on peut se poser aujourd’hui et que d’aucuns évitent pour le besoin de la cause, c’est celle de savoir si le Chef de l’Etat et le Premier ministre sentent le besoin de remanier l’actuelle équipe gouvernementale. Car, en effet, le Chef de l’Etat et le Premier ministre ne doivent pas remanier le gouvernement dans le seul but de voir certaines gens réaliser leur ambition. On parle par exemple du retour de Matungulu dans le prochain gouvernement Muzito II sans au préalable dire comment cela sera-t-il possible sans que les règles de jeu aient changé.
Faut-il à tout prix remplacer ?
Il est vrai que certains postes sont vacants au gouvernement. C’est le cas au ministère des Relations avec le parlement, poste laissé vacant par Adolphe Lumanu, nommé directeur de cabinet du Chef de l’Etat. C’est aussi le cas de Joseph Lititiyo, nommé à la Ceepgl, André-Philippe Futa décédé et Barthélémy Botswali démis de ses fonctions pour mauvaise conduite. Mais, le gouvernement sent-il le manque au point de remplacer obligatoirement tous ces ministres ? Tout est fonction du besoin ressenti par l’animateur du gouvernement et le chef de la majorité.
Pendant que l’on parle remaniement, le Chef de l’Etat et le chef du gouvernement ont bien d’autres soucis non liés au remaniement. Ils recherchaient une équipe qui pouvait booster les cinq chantiers de la république. Cet objectif est atteint. Malheureusement, beaucoup pensent que chantier serait synonyme de « réalisations achevées ». Un chantier, c’est un édifice en construction, donc inachevé. Et dans toute construction, on commence par une fondation. On ne peut pas accuser quelqu’un qui construit patiemment la fondation d’un édifice de ne rien faire parce qu’on aurait voulu voir une réalisation achevée. Certains prenant des vessies pour des lanternes font même croire qu’on aurait réduit les cinq chantiers en un seul, celui des infrastructures.
Non seulement cette allégation n’est pas vraie, mais aussi les infrastructures constituent le chantier des chantiers en ce qu’elles permettent la réalisation des autres chantiers. Personne de sensé ne peut dire que la construction des hôpitaux ne participe pas à l’amélioration de l’administration des soins de santé. Il en est de même des routes qui, en permettant l’évacuation des malades, participent à la politique sanitaire. On peut en dire autant des autres chantiers où des actions concrètes sont menées. Cela ne veut nullement dire que des ministres incompétents, routiniers, paresseux, dormeurs, n’existent pas. Le Chef de l’Etat et le Premier ministre sont bien placés pour savoir quand s’en préoccuper.
Joachim Diana G./L’Avenir
(Ern/DN/CL/PKF)