Erection de trois centres de négoce des minerais dans la province du Nord-Kivu. Création d’une « Bourse des matières premières » à Kigali. Convergences de vues entre la MONUC et le Gouvernement congolais pour combattre les groupes armés. Les Etats-Unis tapent du poing sur la table afin d’en finir une fois pour tou­tes avec les FDLR. L’on assiste ces derniers jours à la multiplica­tion des stratégies pour éradiquer le terrorisme, le banditisme en RDC et dans l’Afrique des Grands Lacs. Après la guerre de l’exploitation illicite des minerais de sang, la « guerre pour le contrôle des puits mi­niers » a commencé.

« Si le gouvernement congolais tient à gagner la guerre de l’Est, il doit tout faire pour contrôler les puits miniers ou les concessions minières ». Telle est la conclusion à laquelle est parvenu un analyste sur la ge­nèse de la guerre du Kivu. Inter­national Crisis Group, Global Witness ont également abondé dans le même sens tout ces organisations internationales non gouvernementales ont bel et bien précisé que c’est grâce à ces minerais tirés des puits miniers que des groupes armés, comme les FDLR, s’approvisionnent en armes.

Pas plus tard que vers la fin de l’année dernière, un groupe d’experts de l’ONU a conclu son rapport en des termes identiques. Bien plus, les experts de l’ONU ont relevé que les FDLR, pour ne citer que ce groupe hautement nuisible  dispose d’importants réseaux sur le plan international qui leur permettent d’acheminer les minerais exploités illicitement pour les vendre. L’argent récolté est blanchi dans certaines capi­tales tant européennes qu’afri­caines se constituant ainsi une « véritable économie de guerre ». Entre-temps, les pays africains qui servent de transit deviennent subitement des producteurs de matières premières alors que leur sous-sol n’en recèle pas.

Pour mettre donc un terme aux conflits armés dans la région des Grands Lacs, il faut absolument avoir le contrôle des puits miniers. Coupés de leurs ressources, de leurs revenus, les groupes armés ne disposeront plus de moyens financiers de leur politique de déstabilisation pour faire et soutenir les guerres d’agression.

Elaboration des Stratégies

Comme si cet appel a été entendu, l’on assiste depuis un certain temps à la multiplication des initiatives à l’élaboration des stratégies pour justement juguler le terrorisme, le banditisme qui se sont installés dans la région, sou­tenus parfois par quelques Etats tant de la région que d’Outremer dans le but de mieux piller les richesses congolaises.

C’est dans cet ordre d’idées que le Conseil de sécu­rité, dans sa résolution 1906, point 21, c et d, demande à la MONUC ce qui suit : « D’aider le gouvernement de la République Démocratique du Congo à rétablir son autorité sur ces territoires, en particulier dans l’Est du pays, dans les zones reprises aux groupes armés et dans les grandes zones minières ;…d) de redoubler d’efforts pour empêcher tout soutient des groupes armés illégaux, notamment grâce à des moyens tirés d’activités économiques illicite et du trafic des ressources naturelles ».

D’où la décision de la MONUC d’appuyer les autorit­és congolaises à régulariser le trafic des minerais. A ce sujet, la MONUC, de commun accord avec le gouvernement congolais, a décidé de la mise en oeuvre d’un projet pilote de construction de cinq centres de négoce de minerais. Trois seront installés dans le Nord-Kivu et deux au Sud-Kivu. Une délégation mixte s’est rendue le 12 février à Rubaya, dans le territoire de Masisi. Un des trois centres de négoce sera érigé dans cette localité qui dis­pose de 10 carrières minières où sont extraits en grande quantité les minerais du coltan et de cassitérite. Deux autres centres seront érigés à Mubi, dans le ter­ritoire de Walikale et à Itenero, pour le Nord-Kivu. Au Sud-Kivu, ce sera certainement à Baraka« et à Fizi. La proposition rwandaise de créer une « Bourse des matières premières », même si elle peut paraître burlesque jusqu’à preuve du contraire, elle pourrait s’inscrire dans cette initiative de combattre la contrebande.

Le plus dur est devant

Mais toujours est-il qu’il ne faudra pas du tout se montrer  naïf. Bien au contraire, la vérita­ble guerre des minerais com­mence justement à partir de cette volonté de « contrôler les puits miniers ». En effet, ceux qui ont soutenu ces groupes armés, initiés les guerres du Kivu ne sont pas du tout des enfants de choeur. Il s’agit des groupes financiers puissants qui ont bénéficié de l’appui et de la complicité des Etats, des dirigeants tant congo­lais, africains, européens, américains qu’asiatiques. Ils sont or­ganisés et opposeront une résis­tance farouche pour qu’on ne leur arrache pas le fromage de la bouche.

La première responsabi­lité incombe au gouvernement congolais. Il a l’obligation mo­rale et politique d’élaborer des stratégies efficaces de lutte con­tre la contrebande pour se ren­dre maître des « puits miniers ». Comme l’ont prouvé plusieurs rapports, quelques Congolais ont trempé dans le trafic illicite des minerais, se sont enrichis déme­surément. Ils continueront à trahir.

Le gouvernement congo­lais devra commencer par les neutraliser. La panacée passe par l’existence des institutions natio­nales fortes susceptibles de don­ner une nouvelle impulsion aux différentes réformes initiées dans les secteurs vitaux de la vie na­tionale. Allusion faite à celles portant sur l’Armée ... républi­caine et la Police. Le tout sur fond de la bonne gouvernance. Car, si l’Afghanistan et une par­tie de l’Amérique du sud demeu­rent encore des bourbiers,  c’est suite à l’existence d’un « gouvernement faible, des instituions faibles ». On ne peut dans ces conditions arrêter la contre-bande de la drogue  de l’opium dans la mesure où les narcodollars sont toujours puissants. On en dirait autant de la maffia italienne qui a réussi à filtrer et noyauter les institutions de l’Italie. Les cas de la corrup­tion, des assassinats, des atten­tats contre les symboles du pouvoir en disent long.

Quand à la MONUC, pour dire la Communauté internationale, elle doit s’impliquer concrètement et sanctionner les Etats, les entreprises qui ont soutenu les groupes armés. Mieux, faire siennes les recommandations des organisations non gouverne­mentales, telles que Global Witness et Amnesty international qui ont demandé qu’une pression soit exercée sur les entreprises qui achètent des minerais de sang. Que le Conseil de sécurité rende obligatoire la certification des minerais, à l’exemple du pro­cessus de Kimberley pour le diamant afin d’identifier, de faire la traçabilité des minerais ou res­sources naturelles.

C’est le prix à payer pour que des opérations militaires conjointes du genre Amani Leo soient une réussite. En effet, dans sa dernière conférence de presse, le ministre de la Commu­nication et Médias, Mende Ombalanga, a dégagé cette iden­tique de vues entre le gouverne­ment congolais et la MONUC dans leur volonté de ramener la paix sur toute l’étendue du pays. Car le plus dur est devant nous.

Le potentiel


(TH/DN/GW/PKF)