Le Dg de l’Observatoire du code de l’Ethique et profession affirme qu’il suffit de faire un tour au CPRK ( Centre pénitentiaire et de re éducation de Kinshasa) pour se rendre compte que parmi les pensionnaires, il y a des détenus arrêtés pour faits de corruption.
1. Malgré la tenue des séminaires sur la lutte contre la corruption en RDC, les résultats sont loin d’être encourageants sur le terrain. Quelle était la particularité du 1er Forum national organisé en décembre 2009 à Kinshasa ?
Je suis tenté de vous dire que les résultats, on ne les obtient pas au cours d’une nuit. Les résultats d’une action réfléchie et mûrie, suivent toujours les règles d’un processus. Ils commencent quand l’idée est lancée et s’enchaînent avec le moment où cette idée est mise en pratique. Et ce, avant qu’elle ne soit évaluée. Il y a au moins trois étapes. Celui qui cherche immédiatement les effets directs de ce Forum peut s’abuser. Avant son ouverture, le chef de l’Etat Joseph Kabila a lancé la campagne Tolérance Zéro. Cette mesure a été prise dans le sens de lutter contre la corruption dans notre pays.
Le forum n’a fait que marquer une ligne de démarcation entre la déclaration du président de la République sur la fin de l’impunité et le moment de passer aux actes forts. Et c’est ce que nous attendons de tous nos vœux. En effet, les résultats du forum ne doivent pas se faire ressentir immédiatement, parce qu’il y a la 2ème et la 3ème étapes de ce forum qui n’ont pas encore commencé. Le forum constituait lui-même la 1ère étape. Cette étape avait des objectifs bien précis : amener les participants à avoir une compréhension commune de la corruption dans notre pays, jeter les grandes lignes de la stratégie nationale de la lutte contre la corruption, fixer le cadre légal et institutionnel de lutte contre la corruption.
2. Dans son intervention lors de ces assises, le vice-Premier ministre en charge de la Reconstruction, Emile Bongeli, a reconnu que « les auteurs et complices de la corruption se pavanent, sont impunis et glorifiés socialement ». Ne pensez-vous pas que la lutte contre la corruption en RDC est un combat perdu à l’avance ?
Pas du tout. Dernièrement, à l’approche des festivités de fin d’année, je me suis rendu au CPRK pour remettre quelques produits alimentaires aux prisonniers. Parmi ces derniers, il y a plus au moins 200 détenus, notamment des entrepreneurs arrêtés pour faits de corruption, de détournements de deniers publics, lors des passations de marchés publics ou diverses transactions. Ces arrestations ne prouvent-elles pas à suffisance que le chef de l’Etat est en train de lier la parole à l’acte ? D’ailleurs, les différentes résolutions du 1er Forum invitent le président de la République à se défaire de tous les collaborateurs impliqués dans la corruption.
3. Selon certaines sources, le Bas-Congo a été la seule province à prendre part aux travaux du 1er Forum et plusieurs décideurs politiques y ont brillé par leur absence. Cette situation ne risquerait-elle pas d’hypothéquer les recommandations de ces assises ?
Je déments cette information. Le Bas-Congo n’a pas été la seule province à être représentée à ce Forum. Il y avait, en dehors du vice-gouverneur du Bas-Congo, le vice-gouverneur du Katanga et celui du Kasaï Occidental, les directeurs généraux de toutes les provinces, les présidents des Cours d’appel de chaque province, le procureur général de chaque province. Au niveau national, il y avait 5 ministres. Notamment les ministres de la Justice, de la Fonction publique, de la Santé. Il y avait encore des PDG, ADG de l’Ofida, de la Sonas, de la DGI, etc.
Le président du Sénat était là, mais il était reparti peu avant l’ouverture des activités qui ont commencé en retard. Le rapporteur de l’Assemblée nationale était aussi là. La liste est longue. Toutes les institutions du pays ont été représentées. Sauf quelques ministres qui se trouvaient en ce moment en commission mixte à Luanda et d’autres qui avaient accompagné le chef de l’Etat dans l’Est du pays. Sur 500 personnes attendues, 438 ont répondu à l’invitation. C’est un record ! Les résolutions de ce forum sont des fruits des débats de haut niveau que nous avons présentées à la haute direction.
4. Quel bilan pouvez-vous aujourd’hui dresser de la campagne Tolérance zéro ?
Je me réjouis de répondre à cette question, parce que cette mesure est déjà en train de produire ses effets sur le terrain. Elle a été lancée le 30 juin 2009 par le chef de l’Etat, et le 31 juillet de la même année, la 1ère ordonnance révoquant les magistrats tombe. C’était un signal fort. Après quelques jours, c’était le tour des hauts fonctionnaires de notre Administration, des secrétaires généraux, chefs de division. Les mandataires corrompus sont en prison et comparaissent devant les cours et tribunaux.
Un autre gros bilan de la tolérance zéro : l’adoption du projet loi sur l’adhésion de la RDC à la Charte de l’Ohada et bientôt, celui de codes passations de marchés. Grâce à ces lois, la Tolérance zéro barricadera son espace afin que le chef de l’Etat ne soit pas accusé d’injustice quant il va sanctionner
5. Comment peut-on parvenir à endiguer la corruption en RDC ?
Nous devons asseoir notre pays sur les normes de la bonne gouvernance. Et ce, en appliquant les trois types politiques ci-après : la politique de la Tolérance zéro, sanctionner l’impunité à tous les niveau. Il faut ensuite la politique de prévention. C’est-à-dire, nous devons avertir, sensibiliser, éduquer les gens. Et enfin, il faut la politique des moyens. Il s’agit ici de doter les agents publics des moyens conséquents pouvant les mettre à l’abri de la tentation de corruption. Voilà ce que nous attendons du chef de l’Etat en 2010 qu’il a appelé année du social. Et nous lui souhaitons plein succès et lui promettons, à cet effet, tout le soutien de l’OCEP.
Directeur général de l’Observatoire du code de l’Ethique et Profession (OCEP)
Ludi Cardoso/Le Potentiel
(TH/DN/GW/PKF)