La session extraordinaire du parlement s’est clôturée, pourrait-on dire, sur une note de satisfaction autant pour les deux présidents de cette institution que pour l’opinion nationale qui a apprécié à sa juste valeur le réflexe qu’a eu le Président de la République de renvoyer le budget pour une seconde lecture.

Pour autant, indépendamment du budget de l’Etat qui a subi des aménagements nécessaires tenant compte de la préoccupation du Chef de l’Etat et des neuf propositions et projets de lois transmis au Président de la République, le Parlement a-t-il épuisé tous les points inscrits à l’ordre du jour de sa session extraordinaire ? Nul ne peut l’affirmer.

C’est d’autant plus vrai que les dispositions de leurs règlements intérieurs ne font pas mystère de ce qui est prévu dans le cas d’espèce.

Si l’ordre du jour de la session extraordinaire n’est pas épuisé dans les trente jours, celle-ci est clôturée d’office “, selon ces dispositions. Autrement dit, les matières restant en suspens sont carrément renvoyées à la session ordinaire de mars prochain avec obligation de les traiter en priorité.

A l’heure où le découpage territorial est au centre de la controverse, au Katanga notamment, où il a réveillé de vieux démons des conflits ethnico-tribaux, voilà que la plénière de l’Assemblée nationale a examiné et adopté le rapport de la commission mixte Assemblée nationale-Sénat sur la proposition de loi organique portant fixation des subdivisions territoriales à l’intérieur des provinces. Ce qui est du reste conforme aux dispositions constitutionnelles en la matière. Pour rappel, cette proposition de loi détermine l’organisation et le fonctionnement des entités territoriales décentralisées.

On relèvera une innovation dans cette proposition de loi par rapport à la législation antérieure. Dans la nouvelle loi, deux subdivisions territoriales disparaissent de la nomenclature des circonscriptions territoriales du pays.

Ainsi donc, le district et la cité disparaissent. Dans le premier cas parce que cela résulte du découpage du territoire national en 25 provinces. Dans le deuxième cas, la Cité sera érigée soit en ville, soit encore en commune selon les critères qui auront été définis par la loi.

Le projet de loi prévoit que les cités qui ne répondent pas à ces critères sont intégrées dans les secteurs, les chefferies où elles sont situées.

On peut considérer que la querelle entretenue par les adversaires et les partisans de ce découpage n’a plus de raison d’être. Puisque la loi sur cette question sera bientôt votée par les deux chambres et promulguée par le Président de la République.

On rappelle qu’au Katanga, une certaine opinion est favorable au découpage tandis qu’une autre s’y oppose. Le Bas- Congo est catégorique: pas de découpage dans leur entité comme en avait décidé le parlement de transition. Trêve de querelle, la loi tranchera.

Craintes pour le processus électoral

Par ailleurs parmi les matières non examinées et qui seront d’office versées à la session ordinaire de mars, on compte des lois dont le retard enregistré dans l’adoption ris­que d’être préjudicia­ble pour la Républi­que.

C’est le cas de la loi portant organi­sation et fonctionne­ment de la Commis­sion Electorale Na­tionale Indépendante (CENI), et du Code de passation des marchés publics.

La Ceni se veut la plaque tournante de tout le processus électoral de 2011 qui pointe déjà à l’horizon. Tandis que la seconde condi­tionne l’atteinte de l’initiative PPTE par le gouvernement.

Concernant la Ceni, le renvoi de son adoption à la session de mars est dû aux divergences apparues entre l’Assemblée nationale et le Sénat.

Apparemment, les deux chambres ne se se­raient pas mises d’accord ou n’auraient pas réussi à har­moniser leurs vues sur des divergences dites de fonds. Raison pour laquelle la session extraordinaire s’est clô­turée sans que la loi ne soit définitivement adoptée au niveau du parlement.

Pour rappel, les dé­putés avaient arrêté le nom­bre des membres du bureau de la Ceni à 7, dont 4 à dési­gner par la majorité et 3 par l’opposition institutionnelle. La société civile tout comme l’opposition non institution­nelle étaient complètement ignorées.

Les sénateurs ont revu la copie, vraisembla­blement en tenant compte des revendications qui fu­saient de partout, et ramené le nombre des membres à 9 répartis comme suit : 4 de la majorité, 3 de l’opposition parlementaire et 2 de la so­ciété civile.

Autre point de dif­férence, c’est l’instauration par le Sénat de l’assemblée plénière. Celle-ci devra être composée de 26 membres la raison d’une personne par province (en prévision de la mise en place effective du découpage territorial).

Risque de prolongation

Au regard des mis­sions assignées à ce pouvoir organisateur des élections qu’est la Ceni, les analystes émettent des craintes pour le respect du calendrier des échéances électorales en 2011. Surtout que toutes les élections, y compris les loca­les et urbaines qui devraient avoir lieu au cours de cette année, se dérouleront en 2011.

Lorsqu’on parcourt les missions de la Ceni, ces craintes trouvent tout leur fondement. En effet, la Ceni est chargée de l’organisation des opérations préélectorales (l’identification de la popu­lation et l’enrôlement des électeurs, l’établissement et la publication des listes élec­torales, etc.), électorales, du dépouillement et publication des résultats provisoires, etc. La passation de tous les marchés publics relatifs aux opérations préélectora­les, référendaires et électo­rales relève également des prérogatives dévolues à la Ceni.

Enfin, la Ceni participe aussi à l’élaboration du cadre juridique du processus électoral et référendaire. Cela sans oublier ses tâches fonction­nelles que sont l’élaboration des prévisions budgétaires, du calendrier des élections ainsi que la vulgarisation de la loi électorale et la sensibi­lisation des électeurs.

Comme on peut le constater, toutes ces étapes doivent être parcourues en un délai raisonnable, si on veut organiser des élections réellement démocratiques dont les résultats des urnes ne feront l’objet d’aucune contestation.

Suivant la loi, la Ceni doit se mettre en place dans les trois mois qui suivent sa pro­mulgation.  Or, on n’en est pas là les choses traînent encore au niveau du parlement.

Recensement : une nécessité

Dans le souci de réta­blir la vérité démographique nationale ainsi que la répar­tition de la population sur le territoire, et éviter les erreurs enregistrées aux élections de 2006, le recensement de la population est d’impérieu­se nécessité. Car, on ne doit, pas aller d’estimations en estimations comme s’il était impossible de compter les Congolais.

Avec toutes ces guer­res et le nombre de morts qu’elles ont occasionné, comment peut-on aller aux élections dites démocrati­ques sans savoir à combien se chiffrent les nationaux (à l’intérieur du pays et à l’exté­rieur de celui-ci), combien la Rdc héberge comme étran­gers.

Refuser d’organiser le recensement peut être in­terprété comme le fait de se nourrir de mauvaises inten­tions : celles de truquer les élections. Pour ce qui est du coût d’organisation, il y a lieu de procéder autrement pour éviter des grandes dépen­ses. Plusieurs pistes peuvent être exploitées à ce sujet. On peut s’appuyer sur les chiffres du récemment administratif pour avan­cer rapidement. Parce qu’à ce niveau, le comptage de la population se fait régulièrement. Chaque chef du vil­lage maîtrise mieux le mou­vement de ses administrés. Même chose en ville où on voit de temps en temps des agents des services de l’état civil et population faire le tour des rues pour enregistrer les résidents.

Et on ne peut oublier l’engagement des partenai­res de la Rdc qui s’étaient portés garants de financer le recensement de la popu­lation. II appartient donc au gouvernement central d’actionner pour que le recense­ment soit une réalité.

Eviter les erreurs du passé

En 2006, le contexte était tout à fait particulier pour qu’on se contente du simple enrôlement des électeurs. Et personne n’ignore que déjà à ce niveau, le proces­sus n’avait pas convaincu tout le monde, surtout en ce qui concerne la transparence des résultats.

Nombre de ceux qui avaient participé n’ont cessé de dénoncer des irrégulari­tés. Notamment une répar­tition tronquée de la popula­tion congolaise.

C’est-à-dire que les zones connues de tous comme étant de faible démographie, sont bizarrement devenues de véritables réservoir d’in­dividus.

Alors que la géo­graphie économique de 6ème année des humanités ren­seigne autrement l’établis­sement des Congolais sur le territoire national.

C’est pourquoi, pour mettre fin aux contestations, il est nécessaire d’éviter dès maintenant ce qui peut servir de prétexte pour remettre en cause la crédibilité des résul­tats.

Jeff Kàlambaie/Dom/Uhuru/Le Phare


(Milor/DN/GW/PKF)