Selon un rapport fait par Madame Murhabazi Namegabe, les filles représentent 30 à 40 % des effectifs dans les centres parce qu’il n’est pas facile d’obtenir la libération de ces dernières.
Depuis 2002, environ 40.000 enfants sont sortis des groupes armés. En effet, un tiers des 240.000 enfants utilisés comme combattants dans le monde sont généralement des filles. Elles sont abusivement esclaves sexuelles, mariées de force aux chefs de guerre et elles ont du mal à s’en sortir et réintégrer dans la société. Madame Murhabazi Namegabe, qui lutte sans se lasser contre ces crimes de guerre à Bukavu dans la province du Sud-Kivu à l’Est de la Rdc.
Parmi eux, 10% sont passés directement par notre Centre, se réjouit Murhabazi Namegabe, directeur du BVES (Bureau pour le Volontariat au Service de l’Enfance et de la Santé), base Bukavu, à l’Est de la République démocratique du Congo, rencontré à Bruxelles. Le BVES, créé en 1992, lutte contre le contre le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats dans ce pays. « Les filles représentent malheureusement 3% des effectifs dans nos centres parce qu’il n’est pas très facile d’obtenir la libération des filles », déplore notre interlocuteur.
Sur les 240 000 enfants qui aujourd’hui encore seraient associés à des groupes armés de par le monde, on estime que, selon les régions, 30 à 40% d’entre eux seraient des filles. « Celles-ci sont enrôlées comme combattantes mais elles sont également destinées à l’esclavagisme sexuel dans la brousse, dans les forêts.
Plusieurs d’entre elles tombent enceintes, elles doivent accoucher dans des conditions très difficiles. D’autres attrapent des infections qui les mènent à la mort », explique le directeur du BVES. Cette réalité complexe est encore peu prise en compte dans les programmes de réinsertion, constatent les acteurs de la société civile.
Négocier avec les groupes armés
Le BVES, entre autres missions, va négocier avec les commandants de l’armée officielle, les FARDC et les divers groupes armés pour qu’ils appliquent les textes juridiques nationaux et internationaux qui interdisent de recruter les enfants et libèrent officiellement les moins de 18 ans. « On nous présentait toujours des garçons.
Après un temps, nous nous sommes demandés ou étaient parties toutes les filles qui avaient été enlevées. Certaines ont dû mourir mais les autres sont souvent cachées, poursuit-il.
Nous avons alors décidé d’emmener des femmes pour négocier avec nous et sensibiliser les filles à sortir. On en a vu beaucoup devenir comme folles et dire : moi je dois sortir, ne me cachez pas, je dois rentrer chez moi, raconte Mr Namegabe.
Les filles sont nombreuses à avoir été mariées à l’âge de l2, l3 ou l4 ans. Et les ont été domptées comme si elles étaient les épouses de ces seigneurs de guerre. Lorsque nous arrivons, les militaires nous disent : Ce sont nos femmes, où voulez-vous les emmener ?
Au fur et à mesure des négociations, de plus en plus de filles quittent les groupes armés. Mais, une fois sorties, le chemin est encore long pour réinsérer ces enfants. « Les sept premiers jours quand les enfants arrivent, nous devons travailler d’arrache-pied par ce qu’ils sont dans un état d’animosité incroyable.
A ce moment-là, vous vous dites que ce sont de petits léopards blessés, enragés. Il faut travailler pour les adoucir, les rendre encore humains et les amener à cohabiter à nouveau ensemble, explique Mr Namegabe. « On leur dit qu’aucun d’entre eux n’a jamais demandé à la nature ou à Dieu de se retrouver dans tel ou tel camp. C’est une erreur des adultes. On leur explique que c’est faute de cohabitation pacifique qu’ils sont devenus des enfants associés aux groupes armés. Ils doivent bâtir un avenir meilleur, différent de celui des adultes qui les ont utilisés », raconte le directeur du BVES.
Montrées du doigt comme ayant des moeurs légères ou mal vues parce qu’elles ont eu des enfants avec l’ennemi, les filles davantage que les garçons auront à faire face aux préjugés. Pour ces raisons, les anciennes combattantes sont encore nombreuses à ne pas se faire identifier.
« Le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats est l’une des violations les plus cruelles des droits de l’homme au siècle actuel à laquelle tous les pays libres devraient s’intéresser, madame Murhabazi Namegabe. Parce que, même si on voit des histoires d’enfants soldats à la télévision, on ignore à quel point ces groupes armés constituent de véritables miroirs où les enfants sont décimés. Je pense qu’en parler, écrire là-dessus, chanter cela serait une autre façon de lutter contre cette barbarie, cette criminalité de guerre dans le monde et en RDC ».
Violaine Adou/SGL/La Prospérité
(Milor/GMPKF)