Située en plein cœur de Kinshasa, la commune de Kalamu héberge le plus célèbre des quartiers de la capitale : Matonge. Célèbre aussi bien dans la ville que dans le reste du pays, ce quartier chaud est devenu la vitrine des Kinois.

Même à l’étranger, il a trouvé une réplique. C’est le cas du quartier bouillant des Congolais à Bruxelles, en Belgique. L’autre particularité de Matonge, c’est sa situation géographique qui fait de cette contrée le carrefour des Kinois, et particulièrement des sportifs et des musiciens.

Chaque jour, dès l’aube, le rond-point Victoire draine du monde. Les véhicules provenant des quatre coins de la capitale y transitent à toutes les heures.

Ce carrefour des Kinois, qui fait la fierté du quartier Matonge et de la commune de Kalamu, est devenu quasiment un passage obligé où passants, transporteurs, vendeurs ambulants, commerçants, artistes… et sportifs se côtoient.

Temple des artistes, le quartier Matonge a longtemps hébergé les sièges de plusieurs orchestres en vogue : Viva-La-Musica de Papa Wemba, Quartier Latin de Koffi Olomide, Wenge El-Paris de Marie-Paul...

On y trouve également plusieurs bars où les musiciens sont régulièrement invités à agrémenter les soirées des mélomanes.

Pas étonnant d’entendre, à longueur des journées, des répertoires des chansons en vogue émanant de baffles d’une dizaine de maisons de disques et d’une centaine de buvettes disséminées à travers la commune.

C’est devant ces baffles que les passionnés de la musique viennent quotidiennement jauger la température des musiciens et discuter sur la dernière actualité musicale.

Pour symboliser l’empreinte de ces vedettes dans la vie des Congolais, l’autorité publique a érigé un monument en forme pyramidale au centre du rond-point Victoire. On l’a baptisé «la place des artistes».
Pôles d’attraction des sportifs

Miroir des amoureux de la mode, Matonge est aussi célèbre pour ses magasins où des commerçants, pour la plupart des Ouest-africains, se particularisent dans la vente des vêtements de haute couture et des chaussures importés. Les prix sont si onéreux qu’ils dépassent parfois ceux des articles vendus en ville.

Si Matonge est le temple des artistes et des mélomanes, les autres quartiers de la commune ne le sont pas moins. Plus, ils servent d’attraction aux nombreux sportifs qui viennent y exercer leurs activités.

Subdivisé en 18 quartiers dont les plus connus sont Matonge ( I, II et III), Yolo Nord (I, II et III), Yolo Sud (I, II et III), Kimbangu (I, II et III), et Pinzi, Kalamu héberge plusieurs sites sportifs qui drainent du monde, surtout le week-end. Le stade du 20 mai, le stadium Tata Raphaël (ex- stade du 4 janvier (YMCA), le Carrefour des jeunes, le Cercle Onatra… sont notamment les principaux pôles d’attraction.

Dans cette commune, les athlètes pullulent. Les plus en vue sont les footballeurs, les judokas, les basketteurs… Les plus grands clubs congolais de basket-ball masculin se sont développés dans cette municipalité : les Bc Onatra, Kauka, Molokaï…

Données administratives

Née sur les cendres des villages autochtones Teke-Umbu regroupés sur les vastes savanes qui formaient les quartiers Yolo, la commune de Kalamu a été reconnue comme entité administrative par décret-royal n°211-429 du 12 octobre 1957.

Erigée sur une superficie de 6,60 km2, elle est bordée au Nord par la rivière Funa qui la sépare de la commune de Barumbu, au Sud par les agglomérations de Makala et de Ngiri-Ngiri, à l’Est par la commune de Limete et à l’Ouest par celle de Kasa-Vubu.

Selon des sources administratives, la commune de Kalamu héberge une population estimée à 171.314 habitants, répartie à travers 11.801 parcelles.

Ses 369 avenues et rues sont ceinturées par trois grandes artères qui déterminent les limites de cette municipalité. C’est le cas des avenues Université qui la sépare de Limete, Kikwit de Makala, Kasa-Vubu de la commune qui porte le même nom.

Le déclic de l’indépendance

Kalamu doit aussi sa célébrité aux événements du 4 janvier 1959, marqués par des affrontements sanglants qui ont débouché sur l’indépendance de la République démocratique du Congo. Tout est parti des partisans de l’Abako (Alliance des Bakongo), furieux de l’interdiction du meeting de leur parti à la place YMCA, auxquels se sont joint les sportifs déçus du match de football qui avait opposé V. Club à Mikado au Stade tata Raphaël.

Le soulèvement contre l’autorité coloniale a suscité des autorités une répression sanglante menée par la force armée royale. Les répercussions seront si retentissantes que l’indépendance de la RDC ne va pas tarder.

Le 30 juin 1960, collés à leurs transistors, les Congolais vont sauter de joie et envahir Matonge au pas de la danse et au rythme de la chanson «Indépendance tcha-tcha», la célèbre chanson de Grand Kallé.

Dorian Kisimba/Yves Kalikat /Forum des As


(BT/PKF)