Chaque jour qui passe accentue la tension entre Kinshasa et Brazzaville apparemment de plus en plus débordées dans leur traitement de la crise humanitaire sous laquelle risque de ployer la Likouala au Congo-Brazza où ont afflué de nombreux réfugiés de Dongo pourtant conviés à retourner chez eux
La situation des réfugiés de l’Equateur au Congo Brazzaville, la persistance inexplicable de leur refus de rentrer dans leur pays, les inquiétudes, reproches à peine voilés de Sassou Nguesso, rappellent la situation entre la Rdc et le Rwanda d’un côté et entre la Rdc et l’Ouganda de l’autre. Une leçon pour Kinshasa, qui a déjà été mordu par un serpent et qui doit se méfier même du lézard.
La paix en Afrique est une denrée rare. Rien n’est sûr. On peut passer du chaud au froid, d’une guerre latente à une guerre ouverte et sanglante. Et très souvent sans crier gare. Sans sommation pour parler le langage militaire. On ne sait jamais sur quoi reposent les intérêts communs des pays voisins et comment les défendre ensemble. Il y a donc beaucoup d’écueils dans les relations alors que les résolutions sur la coopération restent au niveau de bonnes intentions, sinon de slogans pour agrémenter le discours officiel.
En Afrique centrale particulièrement, le malheur des uns fait réellement le bonheur des autres. Pas étonnant que, entre Kinshasa et Luanda, en dépit des bonnes relations tissées dans le sang, les deux pays soient régulièrement sur pied de guerre notamment avec l’affaire dite de Kahemba, des localités Sava et Ina dans le territoire de Mbanza-Ngungu. Comme si cela ne suffisait pas, il y a eu cette affaire de refoulés qui a contraint Kinshasa à la réciprocité. Il semble qu’on n’en est pas encore sorti. Il y a apparemment une certaine incapacité pour les deux pays de parvenir ) user des voies pacifiques et diplomatiques pour régler les problèmes, si problèmes il y a.
Tour de Kinshasa et Brazzaville
Que dire des relations avec la République du Congo Brazzaville ? Les deux capitales de ces deux pays sont peut-être, comme on dit, les plus rapprochées du monde, mais sont-elles les plus proches ? Et pour cause ? Cette raison fait que l’on puisse être inquiet du développement de la situation créée dans la Likouala par les réfugiés congolais de la province de l’Equateur.
Cette situation se crée sur un fond de méfiances passées depuis des années et au cours de tous les régimes qui se sont succédé en Rdc et en Rc. Beaucoup des hauts et des bas au gré des régimes. Il est vrai qu’entre les deux chefs d’Etat actuellement au pouvoir sur les deux rives, les relations sont parmi les plus acceptables. Mais, un grain de sable, un tout petit, peut facilement bloquer la machine de la paix.
Les dirigeants des deux pays en sont conscients. C’est pourquoi, lorsque commencent les événements de Dongo, au moment où les réfugiés traversent le fleuve Congo et affluent de l’autre côté de la frontière, les dirigeants congolais de Brazzaville sont obligés de rassurer Kinshasa qu’ils ne se mêleront pas de ces événements. En termes clairs, ils ont déclaré haut et fort que leur territoire ne pourra jamais servir de base à toute tentative de déstabilisation de la Rdc. Cette explication est venue enrailler certaines suspicions qui, généralement, ne viennent pas des dirigeants de Kinshasa. Mais, la presse, citant souvent des « sources généralement bien informées » s’en est fait le relais.
C’est dans ce contexte que les propos du président Denis Sassou Nguesso en marge du récent sommet de l’Ua ont été considérés comme un ras-le-bol de Brazzaville. Contre qui le président congolais serait-il emporté et exprimé sa furie ? Est-ce la faute délibérée de Kinshasa si certains illuminés, pour un problème d’étangs, ont troublé la paix chez eux en obligeant des populations entières à se jeter dans l’errance ?
Le président de la R.C. Denis Sassou Nguesso avait sans doute jugé la situation dans la Likouala d’« épouvantable » quand il s’est rendu à l’évidence que 110.000 réfugiés congolais de la RDC, plus nombreux que les populations locales se sont mis à bivouaquer dans la Likouala. Malgré la fin des hostilités et en dépit des appels incessants aussi bien du gouvernement de Kinshasa que de la communauté internationale, ces réfugiés opposent un refus net de regagner leurs villages. On était déjà étonné de voir avec quelle facilité ces gens ont quitté le pays. On a eu l’impression qu’ils n’avaient jamais vécu une situation de guerre. Si les habitants du Kivu fuyaient la guerre comme le font ceux de la province de l’Equateur, il n’y aurait plus eu âme congolaise qui vive dans ces deux provinces.
Pourquoi les réfugiés congolais de l’Equateur refusent-ils de rentrer en Rdc ? Qu’est-ce qui se passe dans les camps ? Malheureusement Kinshasa ne peut pas aller les chercher de force. Il en est de même de Brazzaville qui ne peut pas les mettre à la porte par la force. On craint que ceux qui, au nom de la neutralité, soient bien placés pour convaincre ces réfugiés à regagner leurs villages parce qu’ils n’en verraient pas d’intérêt !
Raison de se méfier
Jusque quand Brazzaville supportera-t-il cette situation ? Un incident est vite venu dans les camps. L’énervement aussi. Le sommet de l’Ua a eu lieu la semaine dernière. Tout le monde est d’avis qu’à l’Equateur, la situation avait radicalement changé. Mais le président congolais disait, selon l’Afp : « Il y a une situation difficile dans la province de l’Equateur en RDC et on a vu des populations traverser l’Oubangui pour trouver asile dans la préfecture de la Likouala ».
Cette seule phrase suffit pour comprendre que Kinshasa et Brazzaville n’émettent pas sur une même longueur d’onde. Le premier estime que la situation s’est améliorée et que les réfugiés peuvent rentrer et le 2ème parle d’une situation difficile. Qui les réfugiés peuvent-ils écouter et mieux ? Il n’y a apparemment pas coordination d’objectifs et de stratégies au sujet de cette présence congolaise en Rc. Que se disent les délégations qui y vont et en reviennent ?
Brazzaville se présente déjà comme une victime de ce problème congolais. Stoïquement, semble dire le président congolais, nous en souffrons : « Donc la situation est grave et sérieuse. Nous tentons d’assumer ». Et Sassou Nguesso de poursuivre : « Cette situation ne peut pas perdurer, elle est insupportable ». Et de conclure : « Il faut tout faire pour que ces populations rejoignent la RDC dans les meilleures conditions possibles ».
Qui doit faire quoi ? Et c’est quand le meilleur délai ? Les quelles sont les meilleures conditions de retour ? Une chose et son contraire. Car, si ce sont les réfugiés qui doivent juger les conditions dans lesquelles ils doivent rentrer, on ne sera pas sorti de l’auberge de si tôt. Il y a donc de quoi ne pas laisser Joseph Kabila et Adolphe Muzito dormir sur leurs lauriers. Certes, celui qui a déjà été mordu par le serpent, se méfie même du lézard, encore que dans le cas d’espèce, on n’a vraiment pas affaire à un lézard.
Il y a donc anguille sous roche. La situation est suffisamment préoccupante, non pas comme on semble le dire à cause du nombre des réfugiés et de la situation humanitaire, mais à cause de cette raison cachée, de cette exploitation de la situation dans le but de démontrer que Kinshasa ne se serait pas occupé de sa population. Il y a de quoi se souvenir à ce propos des accusations du Rwanda et de l’Ouganda et de ce qui en est advenu. En Afrique, tout est possible.
L’opinion est heureuse de constater que Kinshasa, à travers la réponse du porte-parole du gouvernement aux inquiétudes de Brazzaville, a conscience de ce qui pourra arriver. Mais cela ne suffit pas. Il faut également que la Rdc démontre que si les réfugiés refusent de rentrer, la responsabilité est ailleurs. Si on peut situer cette responsabilité, c’est mieux.
Evangile de Kinshasa
« Nous avons déjà sécurisé les zones d’où sont partis ces concitoyens, et nous avons besoin simplement qu’ils rentrent chez eux, pour pouvoir mieux les aider à se reconstruire dans leur milieu d’origine », avait déclaré Lambert Mende. L’a-t-on dit officiellement à Brazzaville afin d’éviter le langage des sourds ? « Une aide qu’on reçoit et qui ne vous permet pas de vous reconstruire, pour nous, c’est quelque part moins intéressant qu’une aide à la reconstruction.
Comme pays, nous préférons que Dongo et tout son espace soient reconstruits par ses habitants », a déclaré le porte-parole du gouvernement de Kinshasa. Est-ce le même discours que les réfugiés entendent dans les camps ? Peut-être que non ! Que faire alors pour que ces réfugiés ne deviennent pas un fonds de commerce pour les Ong, pour certains politiciens et pour une certaine communauté internationale sans oublier certaines puissances sous-traitantes de la sous-région ?
Joachim Diana G./L’Avenir
(DN/TH/GW/Yes)