Apparemment tous les partis politiques congolais qui bombaient le torse à la dernière et chaude période électorale ont maintenant du plomb dans l’aile tombés qu’ils sont dans une sorte de coma sans sursaut vers l’avenir : le cas est pareil au MNC/L, MPR, UDI, PDSC, UDPS, AFDL, MLC et tutti quanti !
Quelle qu’ait été la splendeur de leur exhibitionnisme, présent ou passé, les partis politiques de la RDC meurent d’une même maladie : déficit d’idéal et déficit d’idéologie. Ceux qui tentent de prolonger artificiellement leur survie, avant de se dissoudre à leur tour dans des querelles de leadership, bénéficient un temps d’un enracinement fort, étendu jusqu’au petit militant de brousse. Alors que ceux, rares, qui parasitent le trésor public sont condamnés à disparaître sitôt disparu le bienfaiteur au pouvoir. Difficile, dans un cas comme dans l’autre, de repousser indéfiniment le sursis fatidique. Même trajectoire : triste et éphémère.
Voilà comment, en cinquante ans d’indépendance, naissent, évoluent et meurent les partis et organisations politiques créés à l’initiative des Congolais et ayant eu, au cours de leur courte existence, pignon sur rue. Se trouve ainsi sur la sellette à ce jour le Mouvement de libération du Congo (MLC) de J.P. Bemba, une formation pourtant considérée comme un poids lourd des partis de l’Opposition. Et pour cause ! L’un de ses brillants cadres, Delly Sessanga, député national, a choisi la voie de ses prédécesseurs transfuges du parti pour tomber sous le coup du désaveu suivi de la procédure du retrait de son mandat MLC à la Commission Politique, Administrative et Juridique de l’Assemblée nationale. Ce désaveu a été prononcé par les instances supérieures du parti. Eternel recommencement !
Après la vague des premières défections, avant la mise en place des institutions de la Transition Sun City (2003), le parti avait déjà subi d’autres abandons pendant et après le Pouvoir du non moins fameux « 1+4 ». La saignée s’est poursuivie après les élections de 2006. Jusqu’où ira l’atomisation du parti ? Le mauvais vent qui souffle sur le MLC annonce-t-il un tsunami ou, pour appeler les choses par leurs noms, la fin ? Rien n’est moins sûr.
En vérité il n’y a « rien de neuf sous le soleil », avait déjà prévenu dans l’antiquité le sage Pline l’Ancien. Et l’actualité donne raison au sage des siècles après. Démonstration : l’éclatement des partis politiques suivi de leur disparition du paysage n’est pas un fait nouveau. Le MLC, et bien d’autres encore, suit un mouvement somme toute familier.
Jamais fier des chaînes, fussent-elles en or
L’éclatement du MNC (Mouvement national congolais) de Patrice-Emery Lumumba n’est pas survenu au lendemain de l’assassinat de son leader en janvier 1961. L’histoire retient qu’il a co-existé un MNC/Lumumba et un MNC/Kalondji, chacun réussissant à se créer une sphère d’influence tant au pays qu’à l’étranger. Cinquante ans après l’indépendance, l’un et l’autre ne sont plus que des fantômes sinon des souvenirs bons pour l’histoire du passé.
Puis, vint le tour du puissant parti-Etat de Joseph-Désiré Mobutu, le Mouvement populaire de la révolution (MPR). De 1967 à 1990, il a régi de main de fer le pays, l’Etat et les hommes. Il a bâillonné la liberté d’expression et instauré un régime autocratique, et dictatorial. Voilà, quoi qu’on en pense aujourd’hui, une part de l’héritage du Mobutisme.
Mais dès l’annonce du pluralisme politique, le 24 avril 1990, le « président-fondateur du MPR » a assisté à la débandade des caciques du parti. Il a réalisé, sur le tard, que « personne n’est jamais fier de porter des chaînes, fussent-elles en or ». Au finish, le bateau MPR a sombré corps et biens.
Le virus de la dislocation, prélude à une mort lente, a attrapé l’U.D.I (Union des démocrates indépendants) de Léon Kengo wa Dondo et consorts. Et pourtant, ce parti laissait entrevoir l’alternance ou l’avènement d’un parti moderne, prometteur. Dommage. Il n’aura été qu’une association des opportunistes. Le même sort frappera le Parti démocrate social chrétien (PDSC) de Joseph Iléo Songo Amba. Mort le patriarche, les divisions ont miné le parti dit chrétien et la suite, on la connaît : il n’y en a plus que de la cendre !
La RDC vit, semble-t-il, les derniers instants de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) d’Etienne Tshisekedi. Après 28 ans de lutte héroïque pour la démocratie, contre la dictature, « la fille aînée de l’Opposition » est en train de rendre le souffle.
Maison bâtie sur du sable
Qu’on se rappelle ! Faute de stratégie politique lucide, l’UDPS avait interdit à ses combattants de participer aux élections de 2006. Dans la débandade ces militants ont prêté leurs voix aux candidats des partis qui étaient opposés à leur leader. Quel comble du ridicule !
La plus étonnante des formations politiques du pays est l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) de Laurent-Désiré Kabila. Après sa prise de pouvoir en mai 1997, à la tête des armées alliées prêtées par les pays voisins, le tombeur de Mobutu, n’a pas trouvé mieux que de qualifier ses alliés de « conglomérat d’aventuriers ». Deux ans après, les alliés ont pris des armes pour le renverser. Une tragique chute intervint avec l’assassinat de Mzee en janvier 2001.
A la suite de l’AFDL, une nébuleuse avait pris corps pour gérer le pouvoir de l’Etat : les CPP (Comités du pouvoir populaire). La vie de cette rengaine politique CPP ressemble à une météorite. Diverses tentatives de substitution ont alors apparu pour sauvegarder l’esprit du M’Zée.
C’est ainsi que l’AFDL originelle a engendré une kyrielle de formations dont la plus représentative est le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie) de Joseph Kabila. Tiendra-t-il la route ? La réponse viendra de ses composantes, multiples et complexes. Pendant ce temps, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) affronte, lui aussi, la scission. Curieusement, sur le terrain, les partis traditionnels deviennent aphones face aux problèmes du peuple, laissant les activistes des ONG s’époumoner pour défendre les intérêts de la communauté.
Ce qu’enseigne l’histoire des partis politiques de la RDC est extrêmement important : tant que les acteurs ne sont pas guidés par une conviction ni un idéal précis, tant que le parti lui-même n’est pas porté par une idéologie, la maison est bâtie sur du sable mouvant. Le parti n’est qu’un champ ouvert où viennent paître des personnages sans foi, sans scrupule. Prêts à brûler ce qu’ils ont adoré hier.
Le Potentiel
(DN/TH/Yes)
Last edited: 08/02/2010 16:54:03