L’opportunité de la réunion actuelle à Kinshasa des ministres de l’Agriculture des pays membres du regroupement régional des Etats de la SADC est mise à profit par un agronome congolais de la diaspora, ci-devant Dr. Roger Ndona, pour présenter de pertinents préalables de l’éclosion de l’agriculture en RDC, fondement même de la Nation
Lorsque l’agriculture prospère, tous les autres arts fleurissent avec elle. Cette sagesse est antique, pourtant elle est encore d’actualité pour les pays en voie de développement en général et la République Démocratique du Congo en particulier. L´agriculture présente trois grandes ambitions.
La toute première est celle de nourrir les populations, en quantité mais et surtout en qualité. Alors que les crises alimentaires menacent de nombreuses populations, l’agriculture congolaise doit avoir la vocation de participer aux équilibres alimentaires à travers le pays. Pour traduire cette ambition, le Congo doit pouvoir garantir une alimentation de qualité, tenant compte des terroirs, des savoir-faire et des traditions. Elle doit aussi encourager une production diversifiée, dynamique, garante de notre souveraineté alimentaire.
La deuxième grande ambition de l’agriculture est de s’inscrire pleinement dans l’économie durable. Elle y parvient à un triple titre. Tout d’abord, en encourageant volontairement le renouvellement des méthodes de productions vieillissantes par les plus modernes et adaptées à notre culture. Cela permet d’apporter modernité, innovation et dynamisme à tout le secteur. Ensuite, en adaptant ses pratiques dans le sens d’un plus grand respect des équilibres naturels et de la biodiversité.
Et enfin la troisième est de participer à la production de matières premières renouvelables et d’énergies alternatives. Les bioénergies et l’ensemble des productions non alimentaires sont autant d’apports de l’agriculture à l’économie durable.
La République Démocratique du Congo est potentiellement capable pour assurer une agriculture durable, bénéfique, non seulement pour elle-même mais aussi pour tout le continent africain. Il ne pas pourtant facile d'y parvenir s'il n'existe pas une vulgarisation appropriée, si la qualité des semences se dégrade et ne s’améliore pas, cause de la baisse du rendement à l'hectare. Il faut pour cela, rajeunir les plantations et tout autre outil de production et chercher à endiguer les maladies.
II faut par ailleurs, moderniser les techniques de production et aider le couvert végétal nécessaire à la consommation à couvrir les besoins alimentaires du peuple, bref une politique agricole ambitieuse et volontariste. Engager une politique agricole judicieuse qui consacrera un retour de la confiance du paysan pour relancer l'activité agricole compétente capable de combattre la famine.
Tout cela doit être encouragé, reconnu et mieux connu de nos dirigeants qui doivent également comprendre que si l’agriculture ne prospère pas, tout le développement du pays s’effondre.
En effet, la production agricole au Congo peut être considérée comme un échec à bien des égards. En dépit de la croissance sans précédent de la population, couplée avec l'augmentation de la demande par personne pour la nourriture, les aliments pour animaux et la bioénergie, l'agriculture ne suit pas le rythme. Ce constat est plus impressionnant encore, car le résultat est le même en zone, jadis de guerre et en zone dite stable, celle de ni guerre ni paix. Cependant, comment peut-on expliquer cette ambiguïté si ce n’est qu’un manque de politique agricole ambitieuse et volontariste à la hauteur de ce grand pays qui devrait en principe, être le numéro un au niveau de l´Afrique vue son climat très propice à la production agricole diversifiée.
De ce fait, on ne peut constater avec amertume que les politiques ne prennent pas conscience que l’agriculture est le fondement d’une nation.
L’on sait pourtant que, l’agriculture dans le monde, est le catalyseur du développement d’un peuple. Comme Socrate écrivait, il y a vingt-deux siècles : «Lorsque l’agriculture prospère, tous les autres arts fleurissent avec elle. Mais quand on abandonne la culture pour quelque cause que ce soit, tous les autres travaux s’anéantissent en même temps.»
La crise actuelle au Congo a des valeurs. Au cœur de celles-ci, l’agriculture apparaît comme un pôle de stabilité. Dans ce pays, les agriculteurs nourrissent la quasi-totalité de ses habitants. L’agriculture devra donc redevenir l’un des premiers secteurs employeur du Congo. Et avec ces milliers d’hectares arables, l’agriculture devrait occuper, entretenir et animer le territoire congolais.
L’agriculture est donc un secteur de poids dans l’économie enfin que le Congo paraisse comme une grande puissance agricole du continent. L’agriculture est essentielle aux équilibres économiques, sociaux et environnementaux du Congo. Avec ses actifs, ses produits et son sol arable, l’agriculture mérite une politique forte qui doit être portée et défendue à tous les niveaux pour assurer le bon accomplissement de ses missions.
Pour parvenir à ses missions, il faut s’engager dans une révolution dite « Révolution Verte ».
En effet, contrairement aux pays industrialisés se caractérisant par une surproduction, une urgence visant l’augmentation de rendement pour améliorer la situation alimentaire dans de nombreux pays en développement, était nécessaire. Parmi les efforts visant à augmenter la production agricole dans ces pays, la recherche fut mise en première ligne pour y parvenir. Des programmes de sélection avec un accent particulier sur les pays en développement avaient alors pris leur point de départ au Mexique, où en 1943, le gouvernement avait commencé avec la Fondation américaine Rockefeller, un programme de recherche visant à développer l'agriculture locale.
Ce fut le point de départ de la soi-disant « Révolution Verte», à laquelle nous nous y attachons. Le résultat le plus important du programme agricole du Mexique était de trouver des nouvelles variétés de blé modifiant sensiblement leur mode de croissance. Aujourd’hui, le pain, un produit dérivé du blé est en vedette dans le monde entier et le Congolais en raffole. Ce résultat né de la « Révolution Verte» est un exemple à prendre en considération, compte tenu du contexte actuel du pays.
On sait que dans le monde, les agriculteurs sont des pionniers du développement. Les agriculteurs congolais, pour être à mesure de nourrir tout le Congo croient plus que jamais aux politiques et sont prêt à s’investir dans la reconstruction nationale. Pour cela, les agriculteurs souhaitent un Congo en phase avec ses réalités sociales, économiques et environnementales. Etre en phase signifie trouver une voie convenable pour le social des agriculteurs. Cette voie est celle qu’avait suivit le Mexique en 1943 : La « Révolution Verte ».
Cette « Révolution Verte » peut être rendue possible dans notre pays non seulement par des recherches scientifiques comme jadis au plus fort de son lancement, mais aussi par la vulgarisation et surtout par l’engagement des politiques.
L’agriculture comme ambition pour la République Démocratique du Congo doit être dictée par la pauvreté née de la désarticulation du système économico-social issu directement d’une désarticulation entre l’autorité de tutelle et la population agricole. Cette façon de laisser pour compte du secteur agricole entraîne son affaiblissement, provoquant ainsi le sous développement des paysans composés en majorité des agriculteurs.
Autrefois le paysan congolais était fortement impliqué dans l’agriculture substantielle et industrielle étroitement liée aux conditions d’émergence de la Nation Congolaise en 1960. Aujourd’hui, cette situation est très paradoxale. D’une part, c’est le paysan le plus performant du continent qui a su hisser le pays au rang de grands producteurs agricoles mondiaux par l’émergence d’une culture paysanne très vivace en mode d’organisation autour de la famille élargie.
D’autre part la crise d’emploi créée par l’inadéquation de la politique agricole constitue une des causes majeures de l’actuelle crise sociale. Cette situation a bloquée l’élan du paysan dans son développement matériel par la seule volonté d’un Etat oligarchique qui ne privilégiait que les intérêts personnels. Ainsi donc, malgré le potentiel productif que l’agriculture offre au Congo, la forte compétition des importations alimentaires entraîne l’appauvrissement des producteurs locaux. En outre, ceux-ci éprouvent des difficultés pour écouler leurs stocks, ainsi qu’à accroître leurs profits aux moyens des techniques des transformations appropriées.
Tout cela par manque de politique agricole cohérente ainsi que les crises gouvernementales successives qui ont détruit l’environnement paysan fragile caractérisé par des fuites très sensibles de mains d’œuvres vers des destinations incertaines. Il y a pourtant un héritage très riche de connaissances et de savoir-faire développé par le paysan dans le contexte de son intégration au développement agricole national.
Ainsi donc, l’ambition agricole du Congo consiste de toute urgence d’abandonner les stratégies qui aggravent la crise environnementale et appauvrissent les paysans en créant de fortes dépendances par rapport aux intrants industriels le plus souvent importés. De très nombreuses connaissances méritent d’être systématisées :
Il ne faut pas détruire les communautés paysannes mais plutôt, leur permettre d’accéder à la modernité à partir de leurs modèles culturels qui préconisent des rapports harmonieux avec l’environnement.
Il faut lutter contre le problème de la malnutrition qui affecte près de la moitié de la population congolaise en envisageant de nouvelles politiques agricoles avec le renforcement de l’agriculture moderne appuyée par les découvertes scientifiques les plus récentes.
Pour que le Congo puisse tirer pleinement profit de son agriculture et accroître ses produits, des travaux de recherches agricoles spécifiques et adéquates devront être développé et mis en application. Ces recherches doivent être en étroite collaboration avec les universités et les centres de recherches. Ceci constituerait la meilleure garantie pour un avenir productif, solide et durable de la République Démocratique du Congo.
Sur la scène Africaine, le Congo a une position originale à faire valoir en faisant partager sa vision et son modèle agricoles au plus grand nombre. C’est ainsi que pourront se dégager à travers, de grands ensembles régionaux qu’il faut encourager à s’organiser et à se protéger pour défendre leur politique agricole dans leur réalité économique et culturelle.
La force de l’agriculture congolaise dépend de la reconnaissance de son identité et de ses particularités. C’est au Congo de montrer toute sa détermination pour défendre la place de son agriculture sur la scène internationale. Une abition légitime !
L’auteur de toutes ces précieuses indications et orientations est un compatriote congolais de la diaspora qui vit en Autriche, M. Roger Ndona Kayamba, un scientifique, chercheur et administrateur de projet à l’Université Agronomique de Vienne. A ce titre, il assume présentement la responsabilité de la conduite d’un projet titré NutriCong. Dans le cadre de production végétale, ce projet porte sur des questions liées à la nutrition oligo-élémentale des plantes au Congo.
Après ses études en agronomie au Congo, Roger Ndona Kayamba accède à des postes de responsabilité en différentes firmes agricoles dans son pays et exerce avec assiduité ses fonctions. Son parcours scientifique est éloquent : détenteur d’un Master en Agronomie, il défend plus tard sa thèse de doctorat à l’Université agronomique de Vienne en Autriche. Dr. Roger Ndona Kayamba est spécialiste en recherche et développement agricole, la production végétale et le contrôle de la qualité.
Correspondance depuis Vienne de R. Ndona/MMC
(DN/Yes)