« Il faut retenir est que je ne suis pas un chanteur paradoxe. Au départ, j’ai été reconnu comme chanteur, mes qualités de chanteur ont permis qu’on me remarque. Et c’était le cas avec Manuaku qui, lui, a été remarqué comme guitariste ».
Après un séjour prolongé en Europe, le président de Zaïko Langa-Langa, Jossart Nyoka Longa, est rentré à Kinshasa.
Accompagné de quelques fidèles des fidèles. Du coup, les mélomanes de Kinshasa et particulièrement les nombreux fanatiques du groupe les avaient accueillis au slogan de «Bilengi ya Zaïko ezongi... ». Dans cette interview, Jossart Nyoka revient sur la vie de Zaiko, notamment sur la discipline au sein du groupe.
40 ans après, que reste-t-il de Zaïko Langa Langa ?
Zaiko existe. Différemment peut être, mais Zaiko Langa Langa est toujours là. Pourtant, certains rangent Zaiko dans le passé... C’est la mauvaise attitude des Congolais. Il suffit que tu fasses un passage à vide pour qu’ils s’imaginent que tu ne comptes plus. Sous d’autres cieux, les gens apprécient la musique différemment. Il y a de vraies structures, des émissions spécialisées de musique qui savent placer les choses dans leur contexte. Si par exemple, Wendo n’avait pas été sélectionné pour chanter dans « Tokufa pona Congo », beaucoup de jeunes n’auraient pas su qu’il a été l’un des précurseurs de la musique congolaise. Et vous, nos partenaires des médias, vous programmez difficilement les vrais tubes, les vrais classiques de notre musique. Sincèrement, je ne crois pas qu’on puisse conjuguer Zaïko au passé. Chaque fois qu’on joue du Zaïko toutes les générations bougent.
Beaucoup d’observateurs affirment que Zaïko de tout les temps était une équipe faite d’individualités fortes. Plus elles quittent, plus l’orchestre s’est affaibli...?
Ce n’est pas tout à fait vrai, parce qu’après 40 ans, Zaiko Langa Langa a vu défiler beaucoup d’artistes. Il y en a qui ont pris le train en marche et sont descendus en cours de route et Zaïko existe toujours. Au fil des années, Zaïko a, certes, changé d’apparence, mais le rythme, le fond, l’esprit sont restés intacts.
Pensez-vous qu’actuellement Zaiko soit durement apprécié en comparaison au Zaïko des années 70, 80, début 90 qui était monté très haut ?
C’est normal que les gens s’adonnent à cet exercice comparatif. Beaucoup de paramètres ont changé sur le plan structurel et musical... Des musiciens viennent et partent avec leurs sensibilités, leurs façons de travailler Quand on a commencé Zaïko, j’avais 21 ans, il y a des choses qu’on faisait et qu’on ne peut plus se permettre aujourd’hui avec l’expérience... Autre chose, nos fans de l’époque qui ne manquaient à aucune de nos productions, sont aujourd’hui pour la plupart très occupés... ils sont devenus députés, hauts fonctionnaires.... Aujourd’hui, ils ne peuvent suivre Zaïko partout, compte tenu de leurs responsabilités très prenantes... c’est aussi un des paramètres dont il faut tenir compte. La comparaison n’est pas raison...
D’après vous quelle est la meilleure époque des décennies de Zaïko ?
En 1969, c’était difficile comme tous les premiers pas, mais on s’était accroché. C’était une grande aventure qu’on a vécue. On a beaucoup appris. Il y avait eu beaucoup de départs Wemba, Evoloko... Manuaku...
Au début des années 80, avec Zekete Zekete, Zaiko s’était vraiment imposé ! Il faut dire que les 10 dernières années n’ont pas été faciles sur le plan social. Nous sommes restés un long moment sans sponsor. Ce qui fait que même au niveau des médias, il était difficile de faire une bonne promotion de nos activités et productions discographiques, car les annonceurs ouvrent plus facilement les portes des chaînes de télévision...
Qu’est ce qui n’a pas marché dans votre collaboration avec Ngoss ?
Je tiens à préciser que Ngoss n’était pas un vrai sponsor. Il était très intéressé par ce qu’on faisait. La collaboration n’était pas très bien huilée et entre les hommes, il y a souvent des différends. Ça n’a donc pas marché comme on le souhaitait. C’est du passé. On est resté comme des frères. Zaiko Langa Langa véritable patrimoine international a produit et vendu des millions de disques.
Qui en a profité, l’orchestre ou le producteur ?
Tout ce monde en a profité. Tout le monde. La réédition des anciens succès profite-t-elle aux auteurs ou à leurs familles ?
C’est vrai que les oeuvres de Zaïko sont rééditées. Mais la piraterie sévit de telle sorte que difficilement nous rentrons dans nos droits...
Ça ne vous gène pas qu’aujourd’hui Nyoka Longo soit plus identifié à un fin danseur qu’à ce chanteur à la voix nasale qui a longtemps marqué les chansons de Zaïko ?
Oh, les gens ont le droit d’avoir leur avis.., ce qu’il faut retenir est que je ne suis pas un chanteur paradoxe. Au départ, j’ai été reconnu comme chanteur, mes qualités de chanteur ont permis qu’on me remarque. Et c’était le cas avec Manuaku qui, lui, a été remarqué comme guitariste.
Pendant votre séjour prolongé en Europe, vous aviez organisé un recrutement à Kinshasa sous la conduite de Lola Mwana pour combler le vide des musiciens restés en Occident.
Quelques mois seulement après votre retour, Lola et Shoulay claquent b porte. Que s’est-il passé ?
Je rectifie d’abord, ce n’était pas sous la conduite ni l’initiative de Lola. Ce dernier était venu après. Notre drummer Roucoulet fait partie des premières recrues. Après j’ai fait appel à Zola Tempo ; il y a eu aussi l’intervention de Bapius pour recruter. Lola n’a jamais recruté des musiciens pour Zaïko. Il est venu après comme tous les autres car je lui avais parlé sur base des conseils des amis à Kinshasa.
Est-ce vrai qu’ils avaient exigé de signer des contrats de travail ?
On ne construit pas un groupe dans l’indiscipline. Il y a quelques temps, pour un certain nombre de griefs et notamment des absences récurrentes injustifiées, Lola avait reçu une lettre de blâme s’était permis de la déchirer au nez du porteur. Je ne peux pas tolérer ce genre de comportement de la part de celui que je considère comme un fils... Zaïko est le meilleur orchestre sur le plan administratif. Celui qui ne veut pas respecter les instructions va se retrouver dehors. C’est le cas pour Lola et Shou Lay. Ils se sont tout simplement comporté en indisciplinés et voila pourquoi je leur ai refusé le voyage. Ils déforment ‘information en disant n’importe quoi. Ca n’a jamais été un problème de contrat. Le père de Lola avait un contrat avec Zaïko. Il le sait, son oncle également. C’est cet oncle qui avait rédigé la réponse à la première demande d’explications adressée à Lola. Il n’est pourtant pas mineur...
Moi, je leur souhaite bonne chance, ce sont mes enfants. S’ils ont besoin de moi pour un quelconque conseil, je suis disposé à leur rendre service, même sur le plan de leur carrière.
40 ans de Zaïko, c’est en décembre prochain, qu’est ce qui est prévu ?
Pour les 40, il y a beaucoup de choses qui sont prévues, mais elles ne seront officialisées qu’au mois de novembre à l’occasion d’un point de presse.
Le Potentiel
(Tkm/GM/PKF)