C’est une situation humanitaire particulièrement critique exigeant un traitement urgent que vient de créer dans le Likouala au Congo-Brazzaville l’afflux massif des refugiés venus du territoire de Dongo dans le Sud-Ubangi, province de l’Equateur
Dongo n’a pas encore fini d’achever de présenter son visage fantomatique. Elle se fait encore parler d’elle, cette fois-ci et surtout en raison de l’afflux de ses réfugiés que la Likouala, département situé à quelque 850 kilomètre à l’extrême nord-est de la ville congolaise de Brazzaville a du mal à contenir.
La Likouala est donc plus que débordée depuis les derniers affrontements ayant opposé, entre octobre et décembre 2009, dans la province de l’Equateur, les ethnies Enyele et Boba, pour une drôle d’histoire de droit de pêche dans quelques étangs très poissonneux, semble-t-il.
Cette situation est d’autant plus préoccupante au point de susciter l’inquiétude des autorités de la République voisine du Congo.
Cette petite bourgade n’évoque pourtant pratiquement rien pour les Congolais de la RDC. Beaucoup d’entre nous en entendent parler pour la première fois, mais ils n’arrêteront pas d’en entendre parler davantage pendant longtemps encore et pour cause!
Tout simplement parce que les autorités congolaises du Congo Brazzaville ont déjà tiré la sonnette d’alarme, craignant que cela n’émeuve pas outre mesure celles de la RD Congo. Au décompte, le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugies (HCR) a déjà dénombré, jusque fin janvier 2010, un flux de pas moins de 107.000 réfugiés ressortissants rdcongolais ayant fui les violents affrontements entre les Enyele, les Boba et les Lobala. « Tout le monde doit agir, sinon on ne s’en sortira pas », a déclaré sous la forme d’un cri de détresse Damien-Roger Tam, l’un des coordonnateurs régionaux pour le HCR.
Donnant le ton et sans doute pour palier la carence momentanée – quoique compréhensible à certains égards – des gouvernements des deux Congo, le HCR a réussi à livrer 160 tonnes métriques d’aide en couvertures, bâches en plastique, ustensiles de cuisine, tapis de sol et moustiquaires notamment aux réfugiés les plus vulnérables.
Pour sa part, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) n’est pas en reste face à ce désastre humanitaire. Elle a déjà commencé à offrir, à Likouala, environ 20 tonnes d’aide incluant des kits de nutrition, des tentes, des médicaments délivrés sur ordonnance, des kits « école-enboîte » (school-in-box) et des kits de jeux et de loisir et des réservoirs d’eau.
C’est dire que tout le monde doit agir effectivement parce que la Likouala déjà débordée est entrain pour ainsi dire de vomir près de 5.000 des ses trop-plein de réfugiés vers Dongo ou tout proche. Conséquence de ce débordement, la plupart de ces réfugiés rdcongolais démunis du minimum nécessaire s’abritent dans des huttes de fortune faites de paille et de feuilles de palmier construites sur 70 sites précaires situés dans une bande de 250 km le long du fleuve Oubangi marquant la limite frontalière entre les deux Congo.
Comme si cela ne suffisait pas pour ajouter au malheur de ces réfugiés, mais aussi aux difficultés qu’éprouvent les autorités politico-administratives de la Likouala, voilà qu’on évoque en ce moment la baisse du niveau des eaux de l’Oubangi, faute de précipitations. Or, c’est ce cours d’eau qui constitue le seul itinéraire disponible pour fournir de l’aide humanitaire à ces malheureux réfugiés.
La part des politiques
Préoccupés par la situation qui prévaut dans le département de la Likouala, une délégation des parlementaires congolais originaires de cette région conduite par M. Pierre Ngolo, président de l’Assemblée nationale du Congo, a fait le déplacement de Kinshasa il y a près de deux semaines. Elle a été reçue au Palais du peuple par le président de la Chambre basse, Evariste Boshab.
Au menu de leurs entretiens, il y avait la situation humanitaire préoccupante provoquée par l’afflux massif des réfugiés congolais (RDC) venus de Dongo. C’était d’autant plus nécessaire que cette situation a entraîné une surpopulation pour une contrée qui compte habituellement moins de 100.000 habitants.
La délégation parlementaire du Congo/Brazza est donc venue tirer la sonnette d’alarme dans la mesure où la Likouala est déjà confrontée au problème d’accueil, d’alimentation, d’hébergement et même, comme il fallait bien s’y attendre, des maladies d’origine hydrique notamment. La démarche de la délégation conduite par M. Ngolo visait donc à obtenir de M. Boshab l’implication efficace aussi bien du gouvernement central que de celui provincial de l’Equateur. Objectif recherché, arrêter le flux de réfugiés pour permettre ensuite leur retour chez eux dans la quiétude.
D’autant plus qu’aux dernières nouvelles, Dongo retrouve progressivement le calme, la population ayant bravé les violences, sécurisée par la présence des éléments des FARDC, vaque normalement à ses occupations comme l’a récemment affirmé le ministre de la Défense et des Anciens combattants, Charles Mwando Nsimba.
A l’entendre à l’ issue de son voyage à Dongo et ses environs, « les insurgés ont été complètement réduits à leur plus simple expression ». On se rappellera que dans son discours sur l’état de la Nation, le président de la République, Joseph Kabila, avait promis le « rétablissement au plus vite de l’autorité de l’Etat » dans cette partie du pays. Mais le problème de Dongo est loin d’être résolu tant que la population ne rentre pas, par crainte, selon certaines sources, de représailles redoutées de la part de forces de l’ordre tentées de se venger contre des habitants qui auraient collaboré avec les insurgés. A ce propos, le Commissaire de district du Sud-Ubangi, Jean-Baptiste Lumbwa, a vainement tenté jusqu’ici d’empêcher la ville de se vider, son appel dans ce sens s’étant perdu comme un écho dans la nuit.
Les députés venus du Congo-Brazza avaient émis le souhait de voir se constituer une mission conjointe entre eux et leurs homologues de la RDC devant se rendre à Likouala en vue d’y réconforter les réfugiés. En tout cas, on peut penser que le président de l’Assemblée nationale qui s’est déclaré « touché » et « sensible » à ce problème susceptible, selon lui, d’entamer la paix sociale des peuples des deux rives du fleuve Congo doit avoir déjà fait sa part de travail après sa rencontre avec la délégation parlementaire venue de Brazzaville. Parce que, à l’évidence, le gouvernement, par le ministre de la Communication et des Médias par ailleurs porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a déjà réagi en mettant l’accent sur la nécessité pour ces réfugiés de regagner leurs foyers.
« On n’est jamais assez mieux que chez soi », a-t-il déclaré notamment, appelant au passage le constat du calme régnant à Dongo fait par son collègue de la Défense et des Anciens combattants. C’est une condition majeure et suffisante pour les réfugiés qui ont littéralement envahi la Likouala de retourner chez eux, au risque de susciter un certain agacement de la part des autorités congolaises de la rive droite du fleuve Congo qui ne savent pas où donner de la tête face à l’ampleur des problèmes soulevés par la présence massive de ces réfugiés dans ce département.
Il importe donc d’agir, ici et maintenant. Aux dernières nouvelles, il nous revient que plus ou moins 30% des personnes réfugiées à la Likouala ont déjà regagné leurs domiciles. C’est le signe que ce processus de retour ira jusqu’à son terme, c’est-à-dire au retour définitif de tous les réfugiés à Dongo. Au grand soulagement des autorités du Congo.
Jeff Kalambaie/Uhuru
(DN/TH/GW/Yes)