Jamais de mise à l’écart de Premier ministre n’a suscité autant de spéculations que celle sans cesse supputée de l’actuel chef de gouvernement Adolphe Muzito donné prêt à la démission imminente selon ce que font croire des interprétations des tiraillements au sein du parti Palu
Une fois de plus, la bouillante ville de Kinshasa vient de mettre Adolphe Muzito à la porte. Depuis lundi dernier, en effet, une rumeur persistante fait état de la démission du Premier ministre. Celui-ci aurait déposé sa démission auprès de son parti politique qui devrait, alors, se charger de lui trouver un remplaçant à proposer au Chef de l’Etat, conformément aux accords qui le lient au Parti lumumbiste unifié (PALU).
Qu’est-ce qui aurait poussé Muzito à rendre le tablier ? La question demeure sans réponse, alors que, toujours vivace, la rumeur implique jusqu’à l’épouse du Premier ministre qui aurait été arrêtée pour des raisons que cette même rumeur n’avance pas.
Alors, Muzito a-t-il réellement rendu le tablier et son épouse a-t-elle eu des ennuis avec la police ou la justice ? Ce qui est vrai, c’est que depuis lundi dernier, Adolphe Muzito déploie une intense activité, notamment un ballet diplomatique qu’immortalise la presse congolaise.
Pas plus tard que mercredi dernier, on l’a encore vu aux funérailles de feu son oncle, de la Clinique Ngaliema à l’aérodrome de Ndolo, d’où le corps a été rapatrié au Bandundu. Dans cette procession, on a vu à ses côtés madame son épouse. C’est, d’ailleurs, elle qui a conduit la délégation qui amenait le corps à Gungu, au Bandundu, preuve qu’elle n’a jamais été inquiétée ni par la justice ni par la police.
Et pour le Premier ministre, la direction politique du PALU que « Forum des As » a interrogée, déclare n’avoir reçu aucune correspondance de Muzito relative à sa démission. De même la question n’a jamais été évoquée.
Pourtant, la rumeur elle, aura été persistante jusqu’aux confins de la folie. C’est, en effet, l’ensemble du microcosme politique que compte la capitale qui a été touchée. Chose rare, les rédactions de la place ont reçu les appels de plus d’un politicien voulant s’enquérir de l’affaire. On a ainsi fait le tour des institutions sans découvrir le moindre fait qui aurait trait à une éventuelle démission du Chef de l’Exécutif national.
Pour qui connaît la classe politique congolaise, ce mode de communication répond à une démarche claire qui s’imbrique dans plusieurs autres moments chauds, toujours autour du sort du Premier ministre Adolphe Muzito. De sorte qu’une fois encore, on en vient à poser la série de questions : qui a distillé pareille rumeur et dans quel but ? A qui profite cette démarche ? Qui a intérêt à voir Muzito quitter la Primature ? En fin de compte, que cache cette rumeur ?
Une fois de plus, le nouvel intérêt sur le poste de Premier ministre, plus que sur la personne de Muzito, touche au dispositif politique qui sous tend l’environnement institutionnel autour de l’alliance électorale entre le Président Kabila et le PALU. Manifestement, les initiateurs de la nouvelle rumeur viseraient à créer un nouveau malaise dans le tandem AMP (PPRD ?) PALU autour du contrôle de la Primature. Rien de nouveau sous le soleil politique congolais, pourrait-on dire, puisqu’on en a connu d’autres.
Déjà, durant les vacances parlementaires de juin à septembre 2009, la classe politique avait vécu une forte tension sur l’éventualité de l’éviction d’Adolphe Muzito. Pendant cette période, certaines voix s’étaient élevées au sein de la Majorité, y compris au PPRD, pour exiger la reprise de la Primature jusque-là gérée par le PALU. Et dans le souci d’infléchir le partenaire pour parvenir à cette fin, on a assisté à des assauts contre le PALU, notamment l’affaire répétée d’un PALU dit progressiste dont la tête couronnée, Thérèse Pakasa, était plusieurs fois donnée comme remplaçante d’Antoine Gizenga, comme pour annoncer une nouvelle redistribution des caries.
En réalité, tous ces assauts n’avaient, manifestement, pour but que d’affaiblir un allié afin d’obtenir de lui ce que l’on attend. La session de septembre 2009, à la Chambre basse, loin d’apaiser les esprits, sera aussi fort mouvementée avec l’annonce répétée des motions de défiance contre Muzito et son Gouvernement, sans suite.
Ces différents cas ramènent donc les esprits à l’éternelle question existentielle Puisque c’est de nouveau l’alliance au pouvoir qui est au centre des préoccupations de ces officines spécialisées dans ce genre de coups fourrés, quel intérêt aurait le Président Kabila, autorité morale de l’AMP, dans l’hypothèse d’une crise avec son partenaire du PALU ?
A un an de nouvelles élections pour la deuxième mandature, que gagnerait la majorité en s’aliénant le soutien d’un partenaire aussi important que le PALU, qu’on l’aime ou pas ? Mais avant cela, a-t-on observé que la RDC négocie actuellement un virage important dans ses démarches avec les institutions de Bretton Woods pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE ? Le pays a-t-il besoin d’une crise majeure liée au départ du Premier ministre en ce même moment avec les risques de louper cette ultime échéance ?
Aujourd’hui comme vendredi les parties à l’Alliance de la majorité devraient clarifier leurs positions respectives pour assurer plus de sérénité dans l’aboutissement du mandat électoral qui à sa fin.
Forum des As
(DN/Milor/GW/Yes)