Annonce par le Secrétaire général du ministère de l’Economie d’une hausse du prix notamment de l’essence qui passe de 895 FC à 970 FC le litre, ce qui fait redouter par effet d’entraînement une envolée des prix sur le marché avec pour conséquence d’aggraver le malaise social
Les prix des produits pétroliers ont connu une nouvelle augmentation le week-end dernier. Ainsi que l’a officiellement annoncé le Secrétaire général à l’Economie, le litre d’essence qui coûtait 895 FC est passé à 970 FC, soit une augmentation de 75 FC. Celui du gasoil est passé de 885 à 965 FC, soit une augmentation de 80 FC.
Ce réajustement fait suite à plusieurs mois de pression exercées par les pétroliers qui n’en pouvaient plus de connaître des pertes sèches en raison de la dévaluation du Franc congolais par rapport au dollar américain, ces prix étant exprimés en monnaie locale alors que les pétroliers s’approvisionnent sur le marché international en devises étrangères. D’autre part, la hausse du prix du baril de pétrole sur le marché international imposait également un réajustement des prix à la pompe.
Le réajustement des prix de carburant intervient au même moment où vient d’être promulgué la loi financière portant budget de l’Etat pour l’exercice 2010. Un budget qui affiche des ambitions d’amélioration de la situation sociale des Congolais. Cette perspective pourrait, cependant, être perturbée par les effets d’entraînement connus. Chaque fois qu’il y a hausse des prix de carburant, il s’en suit le réajustement des tarifs de transport en commun, mais aussi une augmentation généralisée des prix des biens et services.
Le secrétaire général à l’Economie, Boniface Mawatadi, en est conscient et a déjà prévenu les services compétents de l’Etat de prendre des dispositions parer à cette situation. «Les conséquences sont là. Maintenant, il faut prendre des mesures d’encadrement de ces conséquences. Nous vivons au taux du jour. Que ça soit en ce qui concerne les produits de première nécessité ou toute autre marchandise, en dehors des prix de transports qui sont administrés (...)
On va voir la structure des prix au niveau des provinces, l’impact de ce réajustement des prix. En ce moment-là, on devrait encadrer les prix de transport et d’autres biens», a-t-il déclaré sur la RTNC avant de noter que les transporteurs savent à quelle porte frapper lorsque les paramètres bougent, pour une concertation préalable avant que l’autorité compétente ne puisse fixer les prix.
Il est, cependant, connu que de tous les temps, le Gouvernement est impuissant face à la dynamique du marché généralement caractérisée par des spéculations de tous genres qui finissent par se consolider. Les Congolais déplorent très régulièrement le manque de mesures d’encadrement pouvant protéger les consommateurs de ces spéculations. Il en est de même du prix du carburant, de la bière comme du taux de change.
Les perspectives socio-économiques consécutives au dernier réajustement du prix du carburant sont d’autant plus inquiétantes qu’elles se profilent dans un contexte d’une tension larvée à la base. Depuis des mois, en effet, les Congolais éprouvent des difficultés face à un pouvoir d’achat qui s’effiloche au jour le jour, alors que ces mêmes congolais ont de plus en plus de mal à accéder à un revenu pouvant leur permettre des transactions.
Les festivités de Noël et de la Saint Sylvestre ont été symptomatiques à ce sujet, alors que la situation s’est encore corsée, surtout pour certains cadres et agents des services publiques qui enregistrent plusieurs mois d’arriérés de salaires. L’austérité que s’est imposé le Gouvernement en vue, à la fois, de faire face à la situation sécuritaire à l’Est et de l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés rejaillit également de façon pernicieuse sur la circulation monétaire au profit du peuple. C’est ce qui justifie cette phrase devenue courante chez les Congolais : « l’argent ne se voit plus ».
Pour autant, il incombe au Gouvernement de prendre, cette fois-ci, réellement ses responsabilités pour assurer une régulation objective de l’activité économique dans le sens de la lutte contre les spéculations et la protection des consommateurs. L’assomption de cette responsabilité aurait un double avantage de réarmer le moral abattu des Congolais et renforcer l’autorité de l’Etat fort bafouée sur ce front socio-économique. Il est clair que l’Etat aurait du mal à mobiliser des moyens supplémentaires pour renforcer le pouvoir d’achat des Congolais au rythme de la fluctuation de l’économie, mais son autorité devrait lui permettre au moins de maîtriser les paramètres économiques.
JEK/Forum des As
(DN/TH/GW/Yes)