Les artistes congolais en général, reçoivent des billets de banque an guise d’encouragement, ils font rapidement le tri.
A Kinshasa comme en provinces, il est courant de voir, lors d’un concert ou d’une manifestation publique, des fanatiques assiéger le podium pour aller déverser de l’argent sur la vedette qui leur plaît par sa prestation sur scène. Bien souvent, ils lui collent des billets de banque sur le front en sueur ou les glissent dans les poches, dans les blouses, autour de reins… D’autres laissent «couler» la monnaie sur l’artiste au point que la masse d’argent se déverse sur ses pieds.
Généralement, les chanteurs, danseurs, animateurs, instrumentistes… qui se distinguent sur scène, appliquent la loi de deux poids, deux mesures. Lorsqu’ils reçoivent des billets de banque en guise d’encouragement, ils font rapidement le tri. Ils s’emparent vite des devises étrangères qu’ils glissent soigneusement dans leur accoutrement, mais laissent souvent choir les francs congolais, et particulièrement les petites coupures.
Ranger les devises, laisser choir la monnaie locale
Les artistes musiciens congolais évitent, par cette pratique, de dégrader la monnaie étrangère, et bien souvent le dollar qui perd sa valeur une fois déchiré, contrairement au franc congolais, consommable quel que soit son état. On voit même certains d’entre eux froisser la monnaie nationale ou marcher dessus, quitte à leurs collaborateurs de venir ramasser les billets éparpillés. Au cas contraire, ces artistes les ramassent eux-mêmes et les introduisent en désordre dans leurs poches, au risque de les salir, de les mouiller ou de les déchirer.
La même scène est perceptible lors des fêtes. Les mariés, les diplômés, les récipiendaires ou bien d’autres personnes en honneur sont souvent inondés des billets de banque lorsqu’ils ouvrent la piste. Ils sont talonnés d’autres invités qui, aussi, reçoivent des sommes d’argent pour avoir bien exhibé certains pas de danse. Ici également, le tri des billets de banque est automatique : la devise est vite enfouie dans le vêtement, tandis que le franc congolais traîne parfois longtemps sur le sol.
Négligence
Sur l’ex-avenue des Huileries, dans la commune de Lingwala, en perpendiculaire du Stade des Martyrs, les «Bayudas du Congo», groupe folklorique très prisé par les Kasaiens, livrent des spectacles publics tous les vendredis.
Promoteurs du «mutuashi», célèbre danse luba, ils sont régulièrement assiégés des fanatiques qui les comblent des sous, versés en désordre. Eux aussi n’hésitent pas à froisser l’argent qu’on leur tend, hormis bien entendu le billet vert. Une fois le concert terminé, ils consacrent du temps pour classer les billets récoltés.
A la question de savoir pourquoi ces artistes gardent jalousement la monnaie étrangère et négligent le franc congolais, Kadiyoyo, l’un des leaders du groupe, éclaire l’opinion : «Dans les pays étrangers, les citoyens respectent leur monnaie, ce qui n’est pas le cas chez nous où les billets circulent dans n’importe quel état. Nous remarquons une certaine négligence chez nous, les Congolais. Nous déplorons surtout l’impunité dans le chef de nos autorités».
«Pour lutter contre la mauvaise conservation de la monnaie locale, estiment les artistes du Grand Kasaï, il faudrait que nos dirigeants prennent les choses en mains : qu’ils sanctionnent les contrefacteurs de notre monnaie».
Yvette Mbuyi Kapuya/Forum des As
(Tkm/GM/PKF)