Dans l’attente de la prochaine mission d’évaluation du FMI en perspective de la conclusion du nouveau et décisif programme de coopération financière avec la RDC, le gouvernement s’active intensément à peaufiner les stratégies appelées à faire aboutir le point d’achèvement PPTE vivement attendu
« Les jours passent vite », semblent se dire le Premier ministre Adolphe Muzito et les membres de son gouvernement qui, subitement, multiplient les réunions et les séances de travail. Au centre des débats, une feuille de route élaborée dans la perspective de la prochaine rencontre avec une délégation des institutions de Bretton Woods attendue à Kinshasa, en mars prochain. Dans la perspective de l’atteinte du point d’achèvement, derrière lequel court la RDC depuis 2004.
« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », conseille un adage universel. Les gouvernants congolais l’auraient compris que le point d’achèvement aurait déjà été atteint il y a belle lurette.
Mais, voilà. La négligence et la nonchalance lui sont une seconde nature tant et si bien que, chaque année, le gouvernement juge « sans intérêt » sa participation à l’examen de « son » projet de budget en commissions parlementaires.
« Avant tout, il faut mentionner l’absence non justifiée des membres du gouvernement à la phase finale du bouclage du budget en ce qui concerne l’affectation des recettes additionnelles », a signalé à la mi-janvier la commission économique, financière et de la bonne gouvernance de l’Assemblée nationale.
« En raison de cette absence, les contraintes résultant des engagements pris par le gouvernement avec nos partenaires extérieurs, spécialement avec le FMI, n’ont pas été communiquées à la commission mixte paritaire Assemblée nationale-Sénat », a-t-elle déploré.
Bien plus, « la lettre d’intention adressée au FMI dans le cadre du programme économique du gouvernement appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et croissance (FRPC) susceptible de permettre aux commissions économiques de nos deux chambres d’avoir une vision globale sur ces contraintes est restée une chasse gardée du gouvernement », s’est-elle indignée. Accusant ainsi le gouvernement d’un « déficit communicationnel total en cette matière » et d’être à la base d’un « dysfonctionnement consommé en aval ».
«Agissant de la sorte, le gouvernement semble avoir oublié que le parlement a un rôle, tout aussi important que lui, à jouer dans l’aboutissement heureux de ce programme», a conclu la commission.
Les déclencheurs du point d’achèvement
Lors du débat en plénière, des députés ont souhaité voir le gouvernement informer régulièrement l’Assemblée nationale sur l’exécution des déclencheurs du point d’achèvement.
Le processus qui conduit au franchissement du point d’achèvement flottant de l’I-PPTE s’articule autour de la réalisation de sept déclencheurs.
Ce sont : (I) l’élaboration du DSRP et sa mise en œuvre satisfaisante ; (II) le maintien de la stabilité macroéconomique ; (III) la bonne utilisation des ressources provenant des allègements intérimaires obtenus après l’atteinte du point de décision ; (IV) la bonne gestion des finances publiques ; (V) l’amélioration de la livraison des services sociaux à la population ; (VI) l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies des secteurs prioritaires, tels que l’éducation, la santé, l’agriculture et le développement rural ; et (VII) l’amélioration de la gestion de la dette.
Ces déclencheurs sont certes des contraintes, mais ils participent à la réalisation des objectifs du gouvernement sur la réduction de la pauvreté. Leur accomplissement doit être attesté sur la base des indicateurs objectivement vérifiables, notamment les états de suivi budgétaire fiables, le code des marchés publics reflétant les standards internationaux, les cadres sectoriels de dépense à moyen terme pour les secteurs sociaux, etc.
C’est l’exercice auquel se livre le gouvernement, afin de conforter le dossier de la République démocratique du Congo et d’obtenir des annulations substantielles du stock de la dette extérieure (environ 10 milliards de dollars US sur un stock de 13,1 milliards de dollars) au titre de l’I-PPTE et de celle d’annulation de la dette multilatérale (IADM).
Mauvaise lecture
A l’analyse du comportement et des déclarations du gouvernement, il se dégage la nette impression qu’il fait une mauvaise lecture de ces déclencheurs. En croyant que « seule » son entrée en programme avec le FMI suffit pour atteindre le point d’achèvement, il pose mal le problème.
Or, des questions restent sans réponses quant à la réalisation des autres déclencheurs, quand bien même chaque ministre serait en train de présenter « son » bilan au cours des réunions qui se tiennent ces derniers jours à la Primature.
Ainsi, le gouvernement serait bien en peine de répondre par l’affirmative à l’interrogation relative à la « bonne gestion des finances publiques ». En effet, l’opinion publique attend toujours d’entendre le chef de l’Etat revenir sur décision prise l’année dernière de retirer au Premier ministre Adolphe Muzito le pouvoir d’ordonnancement des dépenses publiques. Ce qui serait, bien entendu, un signal fort de la bonne gouvernance.
En lui accordant un sursis jusqu’au mois de mars 2010, Joseph Kabila a montré qu’il n’a pas encore renouvelé sa confiance à cette équipe gouvernementale.
S’agissant notamment de l’« amélioration de la livraison des services sociaux à la population » et l’« élaboration et la mise en œuvre des stratégies des secteurs prioritaires, tels que l’éducation, la santé, l’agriculture et le développement rural », le doute persiste.
Cette évidence pourrait bien justifier l’agitation observée au niveau du gouvernement.
Le Potentiel
(DN/TH/GW/Yes)