En octobre 2008, l’Asbl Caravane pour la Paix et la Solidarité (CPPS) a effectué une mission au départ de Kinshasa vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans le but de soutenir les femmes de l’Est de la RDC ayant subi des violences sexuelles.

Lors de cette mission il a été conclu que la prise en charge en santé mentale et la lutte contre la pauvreté sont la priorité et l’urgence dans la région. Les femmes sont non seulement violées mais également appauvries et traumatisées à vie ! Ce qui va rendre difficilement possible tout épanouissement et développement durable.

Le mois dernier, la Présidente de la CPPS asbl a effectué une mission médicale dans la région des Grands Lacs, dans le cadre de collaboration avec une ONG flamande, Médecins Sans Vacances (MSV).

La première semaine du mois de décembre 2009 a été consacrée aux travaux sur terrain avec le Dr Eric Desmet, le Neuro-Psychiatre d’Anvers. Tout se déroulait dans l’unique hôpital psychiatrique de la région du Sud-Kivu : SOSAME à Bukavu.

Cet hôpital est géré par les frères de la Charité. Il a une faible capacité (100 lits), la prise en charge est assurée par une équipe pluridisciplinaire avec les moyens de bord, dans une ambiance familiale.

Quand 100 personnes y sont hospitalisées, il y a en réalité 200 personnes qui logent sur le site car chaque patient est accompagné par un membre de sa famille ou un ami. Quand c’est un enfant qui garde un malade, il a la possibilité de poursuivre sa scolarité dans les environs, signale-t-on.

Dans un paysage de rêve, l’hôpital est situé à environ 1700 mètres d’altitude, avec une très belle vue sur le superbe Lac Kivu aux couleurs du ciel. Les hommes peuvent tout détruire mais la nature et le paysage restent fidèles.

Dans cette nature paisible, le frère Yohan cherche à soulager la misère de notre peuple. A Sosame, grâce aux dons et au financement de Caraes, les patients ont trois repas par jour et les membres du personnel dînent à l’hôpital. La pharmacie est bien fournie et le coût d’hospitalisation est démocratique mais l’hôpital est incapable de couvrir les besoins en santé mentale de toute la région.

C’est ainsi que pendant son séjour, la Présidente de la CPPS se  lançait  dans un travail pratique avec l’équipe tous les matins et les après-midis. Ils dispensaient les formations à l’équipe pluridisciplinaire en partant des cas cliniques.

Cette méthodologie a été appréciée par l’équipe et a été efficace car elle permettaient de se rendre compte de réalités du terrain. La connaissance de la langue locale de Béatrice Bashizi va vite faciliter le travail par le bon contact établi rapidement avec les patients.

Depuis 10 ans, Béatrice Bashizi se rend régulièrement en RDC pour apporter une aide bénévole à ses compatriotes mais cette première expérience à SOSAME lui a permis de partager son expertise en psychiatrie avec eux et lui a procuré beaucoup de satisfaction. L’équipe de cette mission est sortie complètement transformée par cette expérience et cela les a encouragés à vouloir faire encore plus.

La seconde semaine du mois de décembre 2009, cette équipe s’est rendue au Burundi où ils ont pu assister à un atelier régional sur la formation en santé mentale et l’assistance psychosociale. Cet atelier d’une semaine a été financé par une ONG Hollandaise « Healthnet TPO ».

Y étaient présents les experts en santé mentale de plusieurs pays : Ouganda, Rwanda, Burundi, Kenya et République Démocratique du Congo.

Plusieurs constats se dégageaient lors de cet atelier.
L’état des lieux en santé mentale dans la région des Grands Lacs est alarmante et demande une solution urgente ;
La capacité des structures de prise en charge en santé mentale sont faibles, voire inexistantes dans certaines régions ;
Il y a trop peu d’écoles de formations en santé mentale (pour former des infirmiers psychiatriques, médecins psychiatres, psychologues, assistants sociaux,…) ;
Manque de médicaments.

Voici quelques pistes de solutions
L’implication des différents gouvernements pour que la santé mentale soit intégrée dans la santé publique au même titre que la lutte contre le VIH/SIDA ;
Permettre l’échange d’expériences dans la région avec plus de flexibilité pour renforcer les liens et travailler en synergie ;
Organiser rapidement des formations courtes et renforcer les capacités des associations qui sont sur le terrain.

Après avoir passé plus de 20 ans en Europe, nous, les membres de la diaspora congolaise ne pouvons pas prétendre apporter notre expertise sur place, en Afrique. Ce n’est qu’en passant par des expériences telles que celles décrites ci-dessus que nous pouvons ouvrir les yeux sur la réalité de l’environnement de notre peuple.

Les équipes rencontrées dans la région des Grands Lacs font un travail formidable malgré le peu de moyens dont elles disposent, ce qu’il faut viser, c’est le renforcement des capacités. Nous devons également aider à la construction de structures appropriées de prise en charge telles que cliniques de jour ou centres psycho-médico-sociaux. Des endroits où l’on peut prendre en charges les personnes en ambulatoire et d’une manière global : bilans physiques, psychologiques et sociaux des patients.

La troisième semaine, Béatrice Bashizi est retournée à l’Est de la RDC pour lancer à Murhesa un projet pilote de l’asbl Caravane pour la Paix et la Solidarité. Des chèvres ont été distribuées aux femmes de ce village pour relancer les activités d’élevage. Ce projet sera évalué en décembre 2010, son objectif est de lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

Quand les premiers chevreaux naîtront, les femmes devront les remettre à la coopérative et les bébés seront distribués à d’autres femmes. Ce projet est facile à réaliser chez les Bashis car c’est un peuple d’agriculteurs et d’éleveurs. Ce projet est financé grâce à la solidarité Nord-Sud que l’asbl Caravane pour la Paix et la Solidarité entretien entre le peuple belge et les femmes de la RDC.

Tout au long de l’année 2009, nous avons récolté des fonds via l’organisation de soupers, conférences et concerts de solidarité. Même avec peu de moyens, nous pouvons apporter notre aide, grâce à la solidarité entre les peuples. Notre association veut réveiller la conscience des congolais car une vraie solidarité entre les congolais eux-mêmes peut faire bouger les choses et garantir le développement durable au Congo.

C.L./MMC


(CL/GW/Yes)