Assise sur le lit d’un bloc de chi­rurgie de l’hôpital de référence de Rutshuru au Nord-Kiyu, Mme Z. est en pleurs. Cela fait un mois, en cette fin d’année 2009, qu’elle se trouve ici sans avoir reçu de visi­tes de sa famille. « J’habite à Nyakakoma, à plus de 60 km d’ici. Les quelques membres de ma fa­mille qui habitent à Kiwanja, à 4 km, ne m’ont jamais rendu visite. Ils disent qu’ils sont occupés par des travaux champêtres.

« Quelques heures à peine après avoir subi une opération, un responsable de l’hôpital la trouve en train de pré­parer seule sa nourriture. La déci­sion est prise de lui adjoindre un garde-malade. Ce service a été mis en place par l’ONG Médecins Sans Frontières France qui appuie cet hôpital depuis six ans environ.

Depuis les derniers combats entre le CNDP de Laurent Nkunda et l’armée gouvernementale, plu­sieurs personnes se retrouvent soit hors de leur milieu familier soit sans possibilité d’accès aux soins (gratuits). Des ambulances de MSF-France font le tour de la ré­gion pour les amener à  l’hôpital. Dans ce contexte, les gardes-ma­lades apportent un soutien pré­cieux.

Malades abandonnés

Le service d’assistance sociale détermine qui a besoin d’aide. Ce sont en général des patients dont la famille habite loin ou qui sont rejetés par leurs proches comme Mme Z. Sa garde-malade, qui vient de lui préparer un repas, qu’elle partagera avec Mlle Zabayo sa voisine, représente une bouffée d’oxygène. « J’attends juste ma mort. Le personnel médical m’en­terrera, car toute ma famille m’a rejetée », se désole-t-elle en pre­nant son mouchoir pour essuyer ses larmes. « Elle passe des jour­nées entières à pleurer », confie Mlle Zabayo. Un des responsables de l’hôpital explique qu’il lui arrive d’aller lui-même parler aux familles qui ont abandonné leurs malades.

En 2009, 165 gardes-malades ont été engagés au sein de l’hôpi­tal par l’ONG française. Chacun travaille 12 jours avant d’être remplacé par une autre personne.

Cela permet de donner une chance à tous ceux qui se trouvent sans emploi. Un même malade peut donc être assisté par différentes personnes durant son séjour à l’hôpital, indique un des responsa­bles de ce service. Mlle Zabayo, elle, n’a pas de garde : « Nous n’avons pas tous la chance d’être accompagnés par quelqu’un. Moi, mon père m’a abandonnée ».

Un travail, pas une vocation

La motivation des gardes-mala­des est surtout d’ordre financière, car le travail lui-même n’est pas toujours gratifiant. Maman Kapinga Claudine vient de passer quatre jours avec une malade d’une tren­taine d’années, venue de Vitshumbi  à près de 60 km au nord de Rutshuru. Visiblement, elle a peur de dire de quoi souffre celle dont elle s’occupe: « C’est la vie qui nous impose d’exercer ce travail. Ici, nous sommes exposés à de nombreuses maladies, pour la plu­part » Transmissibles.

 C’est pourquoi le port de gants est obligatoire pour laver les malades ou les aider à satisfaire certains besoins fon­damentaux ». Ces travailleurs, qui doivent avoir 18 ans révolus pour être sélectionnés, ont plusieurs tâches à effectuer. Ils jouent les intermédiaires entre les malades et le personnel soignant, préparent la nourriture du patient... En cas de problème, ils doivent directe­ment appeler un infirmier.

Gardes et malades sont généralement du même sexe. Le premier contact entre les deux personnes n’est pas toujours facile. « Nous avons eu des petits soucis le premier jour. Peut-être parce que je lui semblais dif­férent de celui qui l’assistait avant moi. Mais ensuite, grâce à l’inter­vention de notre responsable (Ce­lui qui attribue les gardes-malades aux différents patients, Ndlr) qui lui a expliqué la nécessité de ma pré­sence, nous sommes aujourd’hui comme père et fils », confie Yves.

Les gardes-malades interrogés n’ont pas voulu préciser le montant de leur salaire journalier. Ils pré­fèrent parler de « prime » et expli­quent qu’ils sont dédommagés par l’ONG pour les dépenses faites pour leur patient (s’ils doivent par exemple aller lui acheter de la nourriture). Certaines sources in­discrètes parlent de 6 à 10 dollars par jour.

La Références Plus


(GM/Milor/Yes)