Les funérailles du journaliste Clément Vidibio Mabiala décédé le 16 janvier ont réuni vendredi et samedi dernier à Kinshasa une grande foule des proches de famille du défunt ainsi que ses nombreux amis et pairs professionnels des médias dont les membres de la direction et le reste du personnel de Multi Média Congo (MMC) branche Digitalcongo.net, l’organe de presse dans lequel a presté le vieux routier de la presse congolaise avant sa mort.

Dès la levée du corps vendredi de la morgue Monkole dans la commune de Mont-Ngafula jusqu’à son inhumation samedi au cimetière de Kinkole, l’assistance à ces obsèques était demeurée sous le choc de la brutale disparition de Vidibio. Rien n’avait en effet laissé pressentir cette mort, alors que le regretté accusait une parfaite santé la veille même du jour fatidique. La tristesse était donc grande devant l’implacable sort qui a décidé autrement de sa vie.

A la veillée mortuaire, comme dans les diverses évocations à ce rassemblement funèbre les différents intervenants n’exprimaient que la douleur de la perte subie en se résignant à appeler la paix du séjour des morts pour le voyageur de l’au-delà qui les quittait. Le prêtre catholique qui officiait le culte s’est appesanti sur le message de consolation chrétienne de sa religion.

Les trois hommages remarqués à la circonstance, en l’occurrence celui de l’entreprise Multi Média Congo d’abord, de la famille du défunt par la bouche du premier de ses nombreux petits-fils et petites-filles ensuite, et enfin du petit-frère du disparu, ont été à la fois de vibrants cris de douleur et des oraisons funèbres témoignant la valeur de Clément et la grande tristesse du vide qu’il laisse. En dit long l’hommage repris ci-après de MMC tel que prononcé par le rédacteur rn chef Daniel Nzuzi au nom de l’Adg de l’entreprise,  M. Nikola Vadjon très affligé.

Hommage de Digitalcongo.net

 Aimables parents, frères, enfants et amis de M. Clément Vidibio qui, à vos divers titres et qualités, formez la présente assistance à ces obsèques et derniers hommages que nous rendons à sa mémoire au moment de nous délier totalement de notre coexistence avec lui.

Voici venu, en effet, ce douloureux moment de l’inévitable rupture ave Clément, puisque son corps par lequel il a cohabité avec nous va être conduit à sa dernière demeure, demeure désormais inaccessible à nous qui vivons après lui.

La douleur est indicible pour nous tous qui lui étions familiers, en particulier nous de l’entreprise Multi Média Congo (MMC) en sa branche internet Digitalcongo.net. C’est effectivement parmi nous à Digitalcongo.net que M. Clément – ou pour reprendre les termes affables par lesquels tout le personnel du sommet à la base l’appelaient « Papa Clément » – ce dernier a presté au soir de sa vie, au terme d’une carrière journalistique que chacun de nous tous ici présents ne peut plus dénier de qualifier à la fois de brillante, de tumultueuse et de tragique.

La personne qui aurait été la mieux indiquée pour lui rendre le présent hommage aurait été sans doute son compagnon de lutte, pourrait-on dire, en la personne d’un pionnier de l’entreprise, j’ai cité M. Luvumbu Samuel Alphonse – alias Sam Luval. Mais, hélas, toujours dans ce triste parcours dans notre vallée des larmes, Sam a précédé Clément dans l’au-delà il y a juste dix mois ! Et – Oh stupéfiant retournement de situation -c’est Clément, alors démissionnaire dans l’entreprise, qui fit l’éloge funèbre de M. Sam !

Par quels avatars donc M. Clément s’est-il retrouvé dans la barque MMC –Digitalcongo.net ? M. Sam avait été appelé en 2000 par l’initiateur du projet de ce média moderne, M. Nicola Vadjon douloureusement affecté aujourd’hui, pour constituer une équipe rédactionnelle voulu de choc de cette entreprise. Sam s’est souvenu de ses anciens compagnons éparpillés dans l’océan de l’emploi en RDC et les a intéressés à l’accompagner dans le nouvel organe de presse lancé.

Faut-il le dire, moi qui vous parle, j’ai été le premier qu’il a contacté et qui l’ai rejoint avant M. Clément arrivé d’ailleurs quelque temps après un troisième compagnon en la personne de Patrice Kiula reparti lui il y a deux ans.

M. Sam présentera M. Clément à l’Adg de MMC/Digitalcongo.net comme un éditorialiste hors pair dont la maison pouvait profiter des talents en précisant que c’est une victime de l’ancien régime de la Deuxième République, donc bien récupérable pour le nouveau pouvoir, selon le langage politique. L’internationaliste Adg de l’entreprise l’adoptera comme tel, en nouant avec lui une relation nourrie de confiance de rapprochement idéologique.

Clément ne tardera pas à mériter cette confiance. Ses atouts l’y prédisposaient. Ce Kinois né à Léopoldville le 6 décembre 1938 est, avec M. Sam, un pur produit des milieux scolaires catholiques de l’époque coloniale dont la rigueur n’est un secret que pour la génération actuelle. Ils seront taillés à l’école du célèbre Père de la Kethule, alias Tata Raphaël, avec des enseignants aussi rigoureux dispensés par des enseignants de la trempe de Maître Mabolia Inenga Tra Boato qui sera même ministre puis ambassadeur et dont la vénérable silhouette est visible ici.

Clément et Sam ont eu des compagnons illustres du fleuron de l’élite kinoise formée à cette école parmi lesquels on peut citer M. Paul Katende, M. Denis Illoson, et tutti quanti. Après leur sélecte formation, le débouché professionnel naturel leur ouvert par les soins de leurs formateurs n’aura été que l’enseignement, noble et très envié métier à l’époque. Clément sera d’ailleurs très vite remarqué dans sa brillante prestation, de sorte qu’au lendemain du départ brutal des enseignants belges pendant les troubles de la crise congolaise, il sera proposé dans un contingent de stagiaires à former en spécialisation en Belgique.

Voilà donc Clément boursier à Arlon en formation de régence pour raffiner son français et être ainsi préparé après son stage à l’enseignement de la langue de Voltaire dont il a su maîtriser les fioritures et de l’histoire. Tout est en rose tel que les formateurs catholiques et ceux d’Arlon l’ont éduqué à la rigueur. Nous n’étudions pas pour l’école mais pour la vie. « Non scholae sed vitae discimus », apprenait-on selon les latinistes. Et vive la galère de la vie !

Mais était-ce vrai que les enseignements de l’école correspondaient avec la pratique dans la vie ? L’enseignant Clément, tout comme son compagnon Sam, confrontent malheureusement une vie avec de redoutables préceptes, une vie où la loi est celle de la jungle, du combat que les Anglais ont bien caractérisé par le « struggle of life », c’est-à-dire où il faut pratiquement hurler avec des loups, si l’on veut éviter d’être écrasé quand on croit devoir se conduire comme des agneaux suivant les préceptes catholiques notamment.

Quand Clément monte dans sa carrière, il s’y donne passionnément. L’enseignement se révèlera vite un cadre étroit de cette propulsion. La presse l’attire et y est vite happé, surtout que l’émérite éditeur Gabriel Makoso du grand journal Courrier d’Afrique remarque sa plume alerte. Emballé, Clément quitte l’enseignement et embrasse résolument la presse en passant bientôt du Courrier d’Afrique à l’Etoile du Congo. Fidèle à son compagnon Sam Luval, il fera appel à lui pour l’accompagner.

Et voilà que Mobutu qui finance un journal belge, Spécial, pour y défendre ses idées dans les milieux belges hostiles à lui cherche à se doter d’un semblable organe chez lui au pays. L’éditeur belge Pierre Davister lui propose de monter ce Spécial-ZAIRE mais Mobutu lui colle Clément pour le préparer à le diriger. Mobutu donne lui-même le titre ZAIRE. Clément est envoyé au siège de Spécial à Bruxelles pour se préparer en conséquence. Il ne se doutait pas que cette percée dans les milieux des loups-garous de la presse et de la politique devait être effectuée précautionneusement.

Déjà arracher ZAIRE à Davister se révèlera un combat rude, mais soutenu par Mobutu, Clément gagne la partie et devient éditeur de ce magazine, véritable fleuron de la presse congolaise et même africaine à la décade finissante de 60. Clément brille toujours dans cette lancée et, une fois de plus, n’a pas oublié d’appeler à ses côtés le compagnon Sam Luval. Tout est en rose : Clément se révèle le meilleur éditeur de journal au pays dont la publication fait la délectation de tout le monde.

Sa particularité à lui est de présenter les événements autrement, de manière beaucoup plus attrayante que ses pairs les Hamici, les Mpanumpanu, les Bondo Nsama et autres éditeurs de l’époque glorieuse du mobutisme.

Mais voilà que, tribulations de la vie aux préceptes non pareils à ceux innocents enseignés à l’école, tout bascule. Clément tombe dans le piège du zèle de défense de Mobutu vitupéré par la presse anticonformiste française. Il se hasarde, croyant bien faire, à riposter au journal Minute qui vilipende la politique monétaire de Mobutu.

Les adversaires campés autour de l’homme à la toque de léopard - et maintenant on peut dire assurément jaloux des privilèges que Clément tirait auprès de lui par son admirable journal ZAIRE – ces adversaires don sautent sur l’occasion pour faire croire à Mobutu que Clément n’était qu’un relai des ennemis opérant dans les coulisses de Minute. C’est fini : Clément est voué aux gémonies, puis vite jeté en prison avec une férocité qu’il ne soupçonnait pas. Dès ce moment il est complètement éloigné de celui qui lui a donné le journal ZAIRE. On aurait voulu le tuer qu’on n’aurait pas procédé autrement !

L’homme ne se relèvera pas de cette chute qui lui a fait perdre son ZAIRE et se faire traiter comme un ennemi politique du régime Mobutu. On le sait, sous Mobutu, hors du Mpr, point de salut. Voilà que le meilleur défenseur de Mobutu quelque temps auparavant deviendra le proscrit à jeter dans la poubelle. Le malheur ne venant jamais seul, c’est de la prison qu’il apprendra la mort en couches de son épouse sans que lui soit accordé de faveur d’aller rendre un dernier hommage à l’être aimé et le bébé décédé également. O cruauté de la vie !

Toutes les tentatives de relèvement de Clément à sa sortie de prison n’ont pas pu le relever. Chercher à refaire la vie, changer de métier et lequel puisque l’âge avançait inexorablement sans que le concerné s’avise à préparer une retraite, à plus forte raison le terme de la vie. Voilà dans quelles circonstances Sam l’a appelé à Digitalcongo.net où Clément pratiquement inadapté à la vie se débattra dans la quête de conditions de vie meilleures, au point d’en arriver à des coups de tête d’abandon du service par deux fois.

Comment ne pas le comprendre. Quand on a été prince de la presse, retrouver les bas échelons de la profession, s’astreindre à courir comme un premier venu de reporter, il faut avoir des nerfs solides pour supporter cette reprise de vie. C’est amer. Clément le produit de l’enseignement catholique qui glorifie le courage s’y est astreint. Et à Digitalcongo.net, le personnel qui réalisait bien cette situation s’efforçait toujours de le mettre à l’aise en ménageant scrupuleusement de lui faire reproche de ses débordantes exigences, surtout dans l’austère contexte que traverse le pays.

On croyait ainsi laisser évoluer les choses dans l’espoir du mieux à l’avenir sans se douter que le toujours apparu increvable Clément allait avoir rendez-vous avec la mort. S’il était donné à chacun de choisir le moment de cette fatalité, sûrement que le battant Vidibio qui ne s’y préparait assurément pas n’allait pas opter pour la voie de sortie de la vie qui lui est survenue.

Jules César à qui il était demandé quelle était la mort la plus souhaitable qu’il pouvait envisager pour lui avait indiqué à ses proches la veille même de son assassinat que c’est « la mort la plus inattendue » qui lui convenait. O la mort la plus inattendue est la plus terrible. Elle fait tout sauter en jetant une panique indescriptible. On ne meurt pas dans son lit entre les mains des proches de famille ou même d’un médecin, mais dans la solitude. De fait, aux Ides de Mars, quand Jules César s’est subitement retrouvé face-à-face avec les sénateurs l’agressant mortellement, il aurait crié avec désespoir « tu quoque fili mi, toi aussi mon fils » en voyant parmi les meurtriers son neveu Brutus. Désespéré sans plus de cri il se voilera la face de son manteau pour s’abandonner aux coups de blessure lui assénés. Et tout le Sénat comme la ville de Rome entière furent prises de panique indescriptible au point de laisser dans l’abandon le corps inerte de l’impérial consul proclamé dictateur. C’est seulement sept heures après dans la soirée que son épouse éplorée enverra ses esclaves récupérer le cadavre étendu sous le monument de son rival Pompée que césar avait vaincu.

Clément mort était retrouvé par son épouse apparemment sept heures aussi après qu’il ait rendu l’âme dans un horrible, ultime et solitaire combat de la vie. O Vidibio, comment toi qui n’envisageait pas de mourir t’es-tu retrouvé dans cette solitude atroce à tes derniers instants de vie sur cette terre ? Comment allons-nous répondre à notre sublime chansonnier religieux Kasongo dans sa belle composition « Le jour de ma mort, qu’est-ce qu’on dira de mon passage sur la terre ? ».

Oui la vie a été dure, très dure pour toi, comme elle fauche toujours les courageux tel d’ailleurs celui dont on a commémoré la mort le même jour que tu as choisi de nous quitter, alors que telle n’était pas ton attente, j’ai cité feu Mzee Laurent-Désiré Kabila. Tu nous a laissés dans une panique indescriptible par cette mort la plus inattendue. Que va-t-il advenir après ?

Heureusement que dans l’enseignement catholique dans laquelle a été abreuvée ton enfance auprès de tes maîtres catholiques, nous trouvons une sublime consolation. Celle de l’Apôtres des Gentils, Saint Paul qui a prophétisé en s’adressant aux Thessaloniciens, à peu près ceci : Je ne voudrais pas que vous soyez ignorants au sujet de ceux qui se sont endormis dans le Seigneur, car voici ce que j’ai reçu de l’Esprit à vous transmettre : Au son de la trompette divine, les morts dans le Seigneur se lèveront les premiers et nous les vivants les suivrons dans les airs à l’accueil du Seigneur qui nous enlèvera pour le ciel !

Clément, va donc dormir dans le Seigneur sous la terre sur laquelle ton corps a été retrouvé inerte vaincu par la mort la plus inattendue et va attendre le son de la trompette divine qui déclenchera l’avènement de nos retrouvailles dans le ciel ! Repose en paix et que la terre de tes ancêtres te soit douce et légère. Adieu !

Echo des obsèques de Vidibio dans les colonnes du journal La Prospérité

Plus jamais, les internautes ne pourront plus lire les éditoriaux de ce grand chevalier de la plume. Clément Vidibio Mabiala, c’est de lui qu’il s’agit, décédé le 16 janvier 2010, a été inhumé au cimetière de Kinkole, le samedi 23 janvier 2010. Amis et connaissances, membres de famille sont allés lui rendre les derniers hommages. Ils étaient tous là, sur l’avenue Lutshatsha n°12, dans la Commune de Lemba.

La levée du corps de la morgue du Centre de Santé de Monkole s’est faite le vendredi 22 janvier 2010 à 14 heures. Après une veillée mortuaire organisée dans la même soirée, au rythme des chansons religieuses et des pleurs ; le samedi, à 11H15’, la dépouille mortelle a été acheminée à la paroisse Notre Dame d’Afrique de Lemba où le père Hugo, curé de ladite église, a célébré la messe de requiem.

Dans son homélie, le prêtre a évoqué l’ascension de Jésus pour la préparation d’un endroit qui devrait accueillir tous les fidèles. En outre, le père Hugo a, dans sa prêche, reconnu plusieurs fois à Clément Vidibio, la qualité de fervent fidèle catholique. L’Oraison funèbre  a été prononcée par un journaliste de Digitalcongo.net, suivi du témoignage du premier petit fils du défunt ainsi que celui du frère du défunt.

Le journaliste de Digitalcongo.net a reconnu le mérite de Vidibio en disant que «Celui-ci a été non seulement brillant, mais aussi un éditorialiste hors pair ». L’orateur aurait voulu que Sam Luvualu, le compagnon du défunt, soit présent. Sam, celui qui avait amené Vidibio à Digitalcongo en 2000, est mort il y a de cela dix mois, a-t-il dit. «Vidibio a, pendant la deuxième République, été l’un des piliers de la Presse présidentielle, pour laquelle il fut Editeur du tout prestigieux journal « ZAÏRE», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, Larry Bamwanya, l’aîné des petits fils du défunt a relevé beaucoup d’aspects familiaux, tout en versant abondamment des larmes. De son grand père, Larry dit : « Avec toi, nous savons que c’est par l’intelligence que quelqu’un gagne sa vie». Quant au frère de Vidibio Mabiala : « Ce dernier a été un grand éducateur, le papa des enfants de tous ses frères».

L’homme laisse un grand vide

Mains gantées croisées sur le ventre, veste noire, cravate rayée, chaussettes blanches, c’est dans cette position et avec cet accoutrement que M. Clément, dans son cercueil, quitte le monde des hommes. Il a échangé sa plume contre un silence éternel. Né à Kinshasa, le 6 décembre 1938, dans une famille de cinq enfants dont il occupe la troisième position, il tire sa révérence à 71 ans. Outre le vide laissé à Digitalcongo.net, l’homme laisse derrière lui une soixantaine de petits fils. La levée du corps pour le cimetière de Kinkole a eue lieu à 13H40’.

MMC/La Prospérité


(DN/TH/GW/Yes)