L’Assemblée Nationale a adopté jeudi vers 22h30’, à une écrasante majorité, la copie revue et corrigée du Budget 2010. Dans son mot de circons­tance, Evariste Boshab, le président de son Bureau, a indiqué que le procès d’in­tention fait à son institution par l’Exécutif national était sans fondement.

Il a révélé que les députés ont renoncé à leur « part » dans les recettes additionnelles, en guise de geste de solidarité avec les basses catégories socioprofessionnelles. La plénière de jeudi a démarré sur une attaque frontale en direction du gouvernement.


La Commission Eco­nomique et Financière (Eco­fin) de l’Assemblée nationale à présenté son rapport à la plénière sur la nouvelle af­fectation des recettes addition­nelles, tel que promis, dans les 48 heures. On retiendra de ce rapport que les députés se sont défoulés sur le gou­vernement, qu’ils accusent de n’avoir aucun souci d’alléger la misère des catégories défavo­risées de la population.

A ce sujet, l’Ecofin a révélé, sous un tonnerre d’applaudis­sements, que le gouvernement n’avait pas prévu d’augmenta­tions des salaires des fonction­naires, agents de l’Etat, poli­ciers et militaires en 2010. Selon eux, c’est la réponse réservée par le ministre du Budget, Michel Lokola, à leur commission ad hoc, qui s’in­quiétait de l’inexistence d’une telle rubrique.

Un intervenant s’est interrogé sur le sens de la persistance des grèves partout, alors que chaque année, on prévoit des améliorations des conditions salariales des catégories émar­geant au budget de l’Etat, un député s’est même permis d’affirmer que leur institution partageait la même vision que le Chef de l’Etat au sujet du vécu quotidien du peuple et que c’est le gouvernement qui était le grand fossoyeur du so­cial au pays.

Un autre a soutenu haut et fort que c’est gratuite­ment que les élus du peuple étaient jetés en pâture à l’opi­nion publique, à travers des campagnes médiatiques de diabolisation systématique de leur Institution. Et, pour faire respecter l’Assemblée Nationale et le statut du député, il a invité la  Haute Autorité des Médias à envisager des sanc­tions contre les médias cou­pables de violation des règles d’éthique et de déontologies journalistiques.

Accusés de gloutonnerie pour s’être octroyés la part du lion dans l’affectation des recettes additionnelles, les dé­putés se sont défendus en af­firmant que leurs émoluments, comme ceux des sénateurs, n’ont pas bougé d’un iota, car maintenus à leur niveau de 2008.

Par ailleurs, la Repré­sentation nationale accuse le gouvernement d’avoir dissimulé des recettes importantes pour des raisons inavouées. A en croire la Commis­sion Economique et Financière de l’Assemblée Nationale, les recettes additionnelles déga­gées ne sont pas aléatoires.

Plafond à 6,7 % PIB

Pour ce qui est de la politique salariale, l’Ecofin ren­seigne que le gouvernement s’engage à ne pas dépasser les 6,7 % du PIB, soit 30 % des recettes courantes destinées aux augmentations des sal­aires au cours de l’exercice 2010. En rapport avec la ré­munération, il faut noter que seuls les policiers et militaires sont expressément retenus pour bénéficier de la révision à la hausse de leurs salaires, avec une enveloppe globale de quelque 21 milliards de Francs congolais. Mais à quel taux ?

La question est reve­nue sur les lèvres de plusieurs intervenants, tout comme celle de savoir pourquoi n’avoir re­tenu que la seule catégorie des hommes en uniforme. Qu’en est-il des autres catégories socioprofessionnelles payées par le Trésor public ?

Dans ses réponses aux préoccupations de ses collègues, le président de l’Ecofin a fait savoir que le travail de l’Assemblée Nationale se limite à l’affectation des res­sources financières sur papier. Quant à leur utilisation, cela relève de la responsabilité du gouvernement qui est censé avoir maîtrisé les effectifs de ceux qui émargent au budget de l’Etat. Pour les provinces, une enveloppe globale de plus de 161 milliards de FC a été déga­gée.

Pour les analystes, les députés n’ont fait que char­ger le gouvernement. Mais ils n’ont pas pu expliquer au peu­ple de quelle façon l’ancienne affectation desdites recettes se présentait. Et qu’est-ce qui avait provoqué la réaction du chef de l’Etat? Seul un intervenant a pris son courage pour fus­tiger le laxisme de l’Ecofin qui ne remplit pas sa tâche de recueillir des informations auprès du Premier ministre au sujet de l’ordonnancement des dépenses.

Il importe de rappeler que c’est l’affectation des re­cettes additionnelles dégagées par la même Ecofin qui était à la base du renvoi par le chef de l’Etat de la loi budgétaire 2010 à son autorité pour une seconde lecture.

Selon la radio Okapi qui a parcouru le document de l’Ecofin relatif à la répartition et à l’affectation des recettes ad­ditionnelles (évaluées à quel­que 530 milliards de Fc), les grandes lignes de l’ancienne affectation se présentaient comme suit : 35% aux rému­nérations, soit 184 milliards de FC. Sur ce montant, 1% revenait à la présidence de la République, 45% à l’Assem­blée nationale et 15% au Sénat.

Concernant les frais de fonc­tionnement, 37 milliards étaient réservés à l’Assemblée natio­nale, 1/3 du montant (soit 12, 5 milliards) au Sénat, près d’un milliard à la Présidence de la République. C’est cette situation qui avait suscité le renvoi du document au parlement par le chef de l’Etat dans sa corres­pondance du 5 janvier au pré­sident de l’Assemblée natio­nale, avec amplification à celui du Sénat.

Le budget 2010 réaménagé prévoit 224.473.033.078 FC à affecter aux provinces

L’affectation des recettes additionnelles au projet réaménagé du bud­get 2010 a fait, jeudi, l’objet d’un rapport de la commis­sion économico-financière de l’Assemblée nationale. 21 milliards de FC ont été alloués à l’améliora­tion des rémunérations des policiers et des militaires, dont 12 milliards de FC se­ront versés pour ce faire, au ministère de la Défense na­tionale et 9 milliards de FC au bénéfice du ministère de l’Intérieur.

Recettes additionnelles dé­gagées par les députés : 626 milliards de FC. Les allocations affectées aux provinces, soit la quo­tité de 40 %, représentent 101,266.027.857 milliards de FC. L’engagement du gouvernement dans le ca­dre du programme conclu avec les institutions de Bret­ton Woods pour la masse salariale, se situe à 6,7 % du PIB de l’exercice 2010.

La requête du gouverne­ment adressée aux Insti­tutions de Bretton Woods pour le financement des élections, est de 225 mil­liards de FC. Dans le paquet des recettes additionnelles, 127,931.143.000 milliards de FC sont alloués à la CEI pour les scrutins locaux de 2011. Ce montant sera revu à la hausse à l’atteinte du point d’achèvement de l’Ini­tiative PPTE. La commission éco­nomico-financière a pu dégager une augmentation de l’ordre de 0,2 % du PIB. Ce qui donne une amélioration de 6,9 % du PIB de l’exer­cice 2010, sans perturber le processus de l’initiative PPTE.

Le président de la commission Ecofin de l’As­semblée nationale a indiqué que si le huissier de Kinshasa ne sentira rien de l’uniformisation des barè­mes de salaires opérée par l’exécutif, par contre, c’est son collègue de l’intérieur qui verra ses conditions so­ciales s’améliorer. Recettes exceptionnelles extérieures: 334,361.617.877 milliards de FC. Interventions économiques 91,366.172.821 milliards de FC. Provision au fonds spécial des élections locales pour 2011 : 58,442.888.000 milliards de FC.

J.R.T./Le Phare


(DN/TH/Yes)