Signe des temps et signe avant-coureur de réconciliation recherchée par la RDC et la Belgique : la visite à Kinshasa du nouveau chef de la diplomatie belge démontre l’attachement de Bruxelles à sauvegarder de bons rapports belgo-congolaises
Après plus de huit mois de gel de leurs relations, la République Démocratique du Congo et la Belgique ont relancé leurs rapports voici quelques deux mois. La coopération a, de ce fait, repris avec, récemment, la conclusion d'un programme de coopération 2010 - 2013. En décembre 2009 déjà, Yves Leterme, alors ministre belge des Affaires étrangères, avait effectué le déplacement de Kinshasa où les autorités congolaises lui avaient confié l'invitation au Roi Albert II pour sa participation aux festivités des 50 ans d'indépendance de la RDC. Autres retombées de la visite du ministre belge des Affaires étrangères, cette position selon laquelle Kinshasa et Bruxelles ne sont pas concernés par les prestations de Karel De Gucht sous son statut actuel d’euro-commissaire.
La répétition incessante de cette reprise des rapports conforte les observateurs dans leur point de vue selon lequel Kinshasa et Bruxelles se trouvent en plein processus de normalisation, puis de réconciliation. Une manière de dire que les rodomontades verbales de Karel De Gucht, alors Vice-premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, étaient allées trop loin au-delà des rapports inter-Etat pour toucher à l'amour propre des autorités congolaises et des Congolais en général. Mardi dernier encore, le Président de la République, Joseph Kabila, qui recevait à Lubumbashi Steven Vanackere, le tout nouveau chef de la diplomatie belge, a réitéré à celui-ci l'invitation adressée au Roi des Belges pour une visite en RDC.
" Je l'ai déjà invité (…), officiellement oui ", a déclaré Kabila à la presse, selon ce que rapporte le quotidien belge Le Soir. "J'espère qu'il va venir ", a ajouté le chef de l'Etat qui a admis, par là, qu'il n'avait pas encore reçu de suite côté belge. Sur le même propos, Vanackere s'est montré plus prudent, affirmant que Bruxelles attendait encore une invitation officielle par écrit. Une ouverture, tout de même : " Il y a un certain espoir ", a-t-il dit sur un ton manifestement dubitatif. On se souvient qu'en son temps, Yves Leterme avait aussi parlé d'invitation écrite avant d'ajouter qu'il reviendra à son Gouvernement d'évaluer l'opportunité du déplacement du Roi Albert II le 30 juin 2010.
Il ne reste, tout de même, pas moins que dans sa ferme de Lubumbashi, Joseph Kabila, détendu, a reçu Steven Vanackere " en plaisantant ". Une image de contraste avec la dernière rencontre, en 2008, avec Karel De Gucht qui lui cracha littéralement des invectives en direct. A l'époque, Kabila s'était encore montré calme, affirmant qu'il n'y avait pas eu d'incident, mais que la prochaine fois il allait y en avoir. Doit-on donc comprendre ainsi la décision de Kinshasa de ne plus accorder de visa à l'euro-commissaire belge ? En attendant, notre confrère belge, toujours au sujet de l'audience de Lubumbashi, estime que l'"entretien qui doit sceller la réconciliation entre la Belgique et la RDC après une crise profonde ".
Preuve qu'il demeurerait encore de l'eau dans le gaz entre Kinshasa et Bruxelles ? En tous cas, loin d'un moment de re-visitation des statistiques, le déplacement attendu d'Albert II ne sera pas seulement le premier du genre après la dernière visite de feu le Roi Baudouin en 1985, lors du 25ème anniversaire de l'indépendance de l'ex-Zaïre.
La presse belge annonçait d'ailleurs que Vanackere arrivait à Kinshasa " pour y prendre la température. " Très au fait des relations entre Kinshasa et Bruxelles, notre consœur Colette Braeckman prévenait que " la visite du chef de la diplomatie belge, longtemps attendue à Kinshasa, devrait mettre un terme, sinon définitif, en tout cas officiel, à la brouille qui avait séparé les deux pays à la suite des propos très critiques tenus par Karel De Gucht et mené à la fermeture des consulats belges à Lubumbashi et à Bukavu. "
Si, depuis, le consulat de Lubumbashi a été rouvert, les Congolais ne s'opposeraient à l'ouverture d'une représentation belge au Kivu. De l'autre côté, les deux capitales affirment ne plus être concernées par les productions de De Gucht passées sous le statut d'Européen " dont les déclarations ne refléteraient en rien le point de vue de la Belgique", commente Le Soir en faisant allusion à l'exposé de De Gucht le 16 décembre 2009 devant le Parlement européen. " Car l'heure est à la normalisation, sinon au beau fixe, comme s'il s'agissait de franchir sans incidents la dernière ligne droite menant aux cérémonies du 50eme anniversaire de l'indépendance.
" Il ne reste pas moins que le cinquantenaire du Congo indépendant est pris au sérieux en Belgique où s'observerait une certaine effervescence. Plusieurs personnalités belges sont, en effet, attendues à Kinshasa. A ce nombre, on parle de l'éventuelle venue de Herman Van Rompuy, le très récemment ancien Premier ministre belge devenu président du Conseil européen. Van Rompuy est l'un des frères Rompuy qui étudièrent durant deux ans au collège Albert II, aujourd'hui Boboto. D'autres " anciens " se prépareraient activement aussi.
Dans tous les cas, le 30 juin 2010 ne passera pas inaperçu dans les rapports entre Kinshasa et Bruxelles lorsque l'on rapporte qu'à Kinshasa, Steve Vanackere doit inaugurer la " maison Schengen ", un service géré par les services diplomatiques belges et qui sera, désormais, chargé de délivrer des visas valables dans tout l'espace européen. Jonas
Eugène Kota/Forum des As
(DN/TH/GW/Yes)
Last edited: 21/01/2010 15:28:58