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Bonjour | 31/07/2010 12:07 | English Make DC Home page | RSS feed

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Maîtriser le saxophone est une question de passion et d’apprentissage. Essous et moi constituions un tandem. Moi, je concevais la plupart des arrangements et c’est Essous qui les matérialisait. C’est pourquoi la jeunesse doit se rapprocher des aînés pour apprendre.

Ancien d’Atomic Jazz et de Negro Jazz, Nino Malapet a été également chef d’orchestre de Rock’A Mambo. Actuellement chef d’orchestre des Bantous de la capitale, virtuose du saxophone, il a collaboré avec des grands comme Grand Kallé, Franco et autres Tino Baroza.

À plus de cinquante-cinq ans de carrière musicale, Nino Malapet, toujours actif, évoque dans l’interview qui suit sa riche carrière ainsi que la pratique de l’art musical au Congo, en Afrique.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Nino Malapet, votre ami Jean Serge Essous vient de nous quitter, quel sentiment éprouvez-vous ?
NINO MALAPET (NM) : Un sentiment de douleur suite à la perte d’un ami et un compagnon de route. J’ai été ému par la forte délégation venue de Kinshasa pour assister à ses obsèques. Cela confirme ce que Kallé avait chanté : « Ebale ya Congo ezali lopango te kasi ezali se nzela » (le fleuve Congo n’est pas une barrière, une frontière mais une voie de passage). Franklin Boukaka avait dit la même chose dans sa chanson : « Pont sur le Congo ». Essous pour moi n’était pas seulement un ami, mais aussi un frère. Nous avons grandi et étudié ensemble, embrassé le même métier, la musique et jouions le même instrument, le saxophone. Nous avons cheminé et vieilli ensemble jusqu’à quand le bon Dieu nous a séparés. Cela m’a affecté même si je sais que la mort est une loi naturelle.

AEM : Le 15 août 2009, les Bantous avaient totalisé 50 ans d’existence, qu’en est-il des festivités qui avaient été évoquées ?
NM : Suite à la mort d’Essous les échéances ont été repoussées, ce n’est que partie remise. Et cela se passera en deux phases : une phase à Brazzaville, une autre à Kinshasa. Pourquoi Kinshasa ? Parce que l’orchestre les Bantous a été conçu à Kinshasa même s’il a vu le jour à Brazzaville.

AEM : En parlant justement de ce lien avec Kinshasa, certains considèrent Les Bantous comme la troisième école à côté des styles Fiesta et Odemba…
NM : C’est exact. Nous avons fait la synthèse des deux écoles et nous avons ajouté les rythmes afro-cubains. Lors de notre séjour à Kinshasa où se trouvaient beaucoup de structures musicales telles qu’Opika, Lonongisa, Esengo, Ngoma, CEFA et autres, nous avions fréquenté Grand Kallé et nous avions beaucoup appris auprès de lui. Nous étions dans son école et cela nous a permis de connaître ses idées et sa vision africaniste de la musique. C’est pourquoi, il avait dénommé son groupe ‘’African Jazz’’ c’est-à-dire le Jazz africain. Quant à la deuxième école, Franco a imprimé sa touche en ajoutant une sonorité locale en puisant dans notre folklore. Et sa musique était destinée à la masse populaire tandis que celle de Kallé était la musique dans son sens large, un langage universel. Kallé a été le premier à incorporer le tam- tam tetela dans la rumba congolaise et c’est Edo Ganga qui le jouait. C’était dans l’introduction de la chanson « Parafifi ». Donc, pour les Bantous, la musique ne devait pas être coincée mais elle devait se balader à travers l’univers. Et notre registre allait de l’African Jazz à Odemba en passant par la musique afro-cubaine.


AEM : Après la disparition d’Essous, considérez-vous que vous avez une responsabilité morale accrue ?
NM : C’est une grande responsabilité car Essous fut un grand artiste et musicien. Il a vécu en artiste et dans un monde d’artistes sans trop s’occuper du matériel. Il était plus spirituel comme l’avait si bien chanté Grand Kallé, « Essous spiritou ». Nous devons assurer l’après-Essous malgré nos ennuis de santé tout en préparant la relève. Nous devons perpétuer les idées et la philosophie d’Essous en les transmettant aux jeunes.

AEM : Mais le saxophone est de moins en moins joué par des jeunes ?
NM : Effectivement, maîtriser le saxophone est une question de passion et d’apprentissage. Essous et moi constituions un tandem que beaucoup n’ont pas déchiffré. Notre tandem était symbolique : un volet spirituel et un autre physique. Moi, je concevais la plupart des arrangements musicaux et c’est Essous qui les matérialisait. C’est pourquoi la jeunesse doit se rapprocher des aînés pour apprendre comme nous l’avons appris chez nos aînés. Et préparer la relève nécessite l’appui des pouvoirs publics. C’est pourquoi nos autorités doivent s’impliquer dans la promotion de notre culture. Nous sommes là et nous pouvons les aider avec des conseils. Les artistes musiciens sont, aujourd’hui, abandonnés à leur propre sort alors qu’ailleurs ils sont considérés et rapportent de l’argent. Nos autorités ignorent que la musique est une activité génératrice des recettes à l’instar du pétrole et du bois. Elle est un produit économique et constitue toute une industrie car on retrouve autour de la musique des industries de fabrication des disques, CD et DVD ; des instruments de musique, des lecteurs de musique, des productions musicales etc.

AEM : À quoi peut-on attribuer la baisse d’audience de la musique congolaise ?
NM : C’est une question de manque de méthode. Or tout travail, même la musique exige de la méthode. Et pour faire la musique, il faut de la vocation c’est-à-dire avoir entendu un appel intérieur. Avant d’embrasser la carrière musicale, j’ai fait des études et travaillé aux PTT, à la CNSS, mais il y avait une voix intérieure qui me disait que ce n’était pas ma voie. J’étais obligé d’arrêter et de suivre ma voie jusqu’à aujourd’hui. Excepté l’appel, il faut aimer ce que tu fais et avoir la foi. Une fois, nous étions chez Franco à Yolo, nous avions passé la nuit chez lui. Le matin, il nous a dit qu’il avait rêvé de son père qui lui disait qu’il deviendrait un grand guitariste. Je lui avais posé la question : que ferais-tu pour le devenir ? Il m’avait répondu : je dois beaucoup travailler et écouter beaucoup de grands guitaristes. Il faut avoir des modèles et après avoir maîtrisé, on imprime sa propre originalité.

AEM : Quel souvenir gardez-vous de Grand Kallé ?
NM : Une fois, nous étions au Studio Esengo, on attendait Grand Kallé pour les enregistrements. Nous étions tous là : Essous, Tino Baroza, Dessouin, moi et les autres. On attendait Grand Kallé qui n’arrivait toujours pas. Après nous l’avons vu débarquer avec un jeune homme. Il s’excusa et nous dit : j’ai amené ce petit pour nous fredonner quelques airs. En regardant les membres du groupe, le jeune homme, émotionné, n’a pu chanter. Nous sommes sortis, Edo et moi, pouffant de rire. Grand Kallé nous a rejoints quelques temps après pour nous sermonner : « Ce que vous ignorez, c’est que dans les jours à venir, ce jeune homme deviendra un grand chanteur ». Et ce jeune homme, c’est Tabu Ley Rochereau.

AEM : Et de Franco ?
NM : C’est quelqu’un qui avait le sens de l’amitié. Il partageait avec l’autre. Il a partagé sa guitare avec le petit peuple qui le lui rendait également. C’était un travailleur acharné.

AEM : Docteur Nico ?
NM : Il était taciturne et concentré. Il faisait un avec sa guitare. Vous ne vous rendez pas compte que c’est un gamin de 14 ans qui avait joué le solo de la chanson « Parafifi ». Kallé allait le chercher à la sortie de l’école pour l’amener au studio. Ses partitions étaient comme des pépites de diamants.

AEM : Dechaud Mwamba ?
NM : Infatigable bosseur et créateur. Il est arrivé à renverser les fils de la guitare pour sortir de nouvelles sonorités. J’ai entendu cela chez Django Reinhardt.

AEM : Tino Baroza ?
NM : C’est le maître. Il concevait et donnait ses œuvres à Nico pour exécution.

AEM : Mujos ?
NM : Un grand ténor. Lorsqu’il était venu dans les Bantous, on voulait lui rapprocher le micro pour chanter ; il a refusé. À distance, il chantait et sa voix vibrait puissamment.

AEM : Kwamy ?
NM : En solo, il n’était pas fameux ; mais en tandem avec Mujos, c’était comme Edo et Vicky dans l’OK Jazz. C’était un homme collectif et grand compositeur.

AEM : Papa Noël ?
NM : À l’époque, il y avait plusieurs grands guitaristes : Franco, Nico, Raymond Braink, mais sur le plan de la rapidité, Papa Noël les supplantait. Quant au style, il a fait la synthèse des styles Fiesta et Odemba en y ajoutant la musique latine. Il est le plus complet du point de vue des registres par rapport aux guitaristes susmentionnés.

AEM : Revenons aux instruments à vent, que peut-on retenir de Kiamuangana Verckys ?
NM : C’est mon petit. Il me citait comme son modèle. Il avait écouté Nino, Musekiwa et il a fait la synthèse. Il a trouvé Verckys. C’est un grand souffleur, « l’homme aux poumons d’acier » comme il aime qu’on l’appelle.

AEM : Manu Dibango ?
NM : C’est le maître et c’est un géant. Quant Kallé l’avait déniché, il avait déjà la formation de Jazz. Et Kallé était sensible aux instruments à vent. Il a travaillé avec Fud Candrix, Musekiwa et Manu Dibango.

AEM : Et les jeunes ?
NM : Oula Bruno. Un petit que j’avais formé aux percussions à l’époque de Rock’A Mambo. Après, il a rejoint Manu et il a appris le saxophone auprès de lui. Il a rapproché le niveau de Manu. Malheureusement, il vient de nous quitter après Essous. Il y a également Nona Arthur, je l’avais pris après le départ d’Essous pour combler le vide. Il a les sonorités de Nino au saxophone et d’Essous à la clarinette. Mais son défaut, il ne travaille pas assez.

Mobhe Lisuku Jhomos/Herman Bangi Bayo/AEM


(BT/PKF)



Last edited: 19/01/2010 11:28:05

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