Nous voilà donc, en 2010. Le sort et les dés sont à présent jetés. Pour Joseph Kabila, c'est l'année du "quitte ou double".  Il lui reste moins de deux ans pour tenir les promesses faites aux Congolais lors de son discours d'investiture en décembre 2006. Le Président de la République arrive à la croisée des chemins, alors que s'impose à sa gestion une somme énorme de défis à relever pour la poursuite de son projet politique. Le premier, attendu par tous les Congolais depuis quelques mois déjà, c'est bien entendu, la désignation de l'équipe gouvernementale qui l'accompagnera dans cette phase très particulière de l'aventure.
      
Les Congolais souhaitent que les ministres de ce nouveau gouvernement se distinguent par leur capacité à faire des synthèses, ainsi que par leur adhésion inconditionnelle à la très haute idée que Joseph Kabila se fait de la République, afin de traduire en actes ou, tout au moins, de rendre visibles les premiers résultats et les promesses de son action.

Cette adhésion au projet politique du Président de la République, qui est aussi le candidat naturel de notre majorité aux prochaines compétitions électorales, doit être une adhésion de l'âme, de la raison et de conviction politique. Dans un premier temps en effet, c'est par le choix de ses hommes que le Président traduira sa détermination à poursuivre son engagement pour le succès de son projet politique. Des noms circulent et déjà, certains ne rassurent pas les Congolais. "Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es".
 
Un Premier ministre machine politique de combat

Dans l'un de ces articles dont il a le secret, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, Député national et Directeur du journal Le Soft, esquissait comme suit le profil du Premier ministre auquel Joseph Kabila devrait faire appel. "... Un homme qui allierait les qualités intellectuelles éprouvées, l’expérience avérée à une assise politique confortable au sein de la Chambre basse et dans le pays au sein de la population. Un homme apte à l’itinérance et doté d’une forte personnalité à même de maîtriser toutes les filières de l’Administration, des services et des entreprises de l’État. Un homme capable de justifier d’une connaissance suffisante du pays et de ses problèmes, capable de dire la vérité au Chef de l’Etat, d’obtenir son soutien à chaque étape de l’action afin de réaliser un bilan positif du mandat qui permettrait de mieux aborder l’échéance 2011. Enfin, un homme d’ouverture, un rassembleur, généralement accepté".

En plus de toutes ces qualités le prochain Premier ministre, pensons-nous, devra être à lui tout seul, une véritable machine politique de combat. C'est-à-dire, en mon sens : un rien jacobin et, vue la conjoncture, carrément populiste, afin d'assurer au Président, un apport supplémentaire de popularité. Face aux enjeux électoraux auxquels nous sommes déjà confrontés, il doit, en effet, être capable de créer l'onde de choc qui sonnera le rassemblement des troupes et le réveil de toutes les consciences républicaines contre le danger de partition qui menace notre pays au terme du premier mandat électif de Joseph Kabila. Il doit créer une véritable machine politique de combat qui nous garantisse la sauvegarde de tous les acquis démocratiques et républicains conquis avec Joseph Kabila.

Les déficiences fonctionnelles dont la structure Amp a fait preuve jusqu'ici (mais qui ont fini par faire murir la majorité présidentielle) doivent inciter ce Premier ministre à devenir le véritable coordinateur de la majorité. Il devra se montrer capable de créer une structure de remplacement (ou de renforcement) destinée à satisfaire plus efficacement les besoins existants, d'abord chez nos militants, ensuite dans toute la population. Cette machine très centralisée doit être conduite par les meilleurs d'entre nous, avec pour objectif de tisser des réseaux de relations à l'intérieur et à l'extérieur du pays,  pour nous permettre de remplir une sorte de fonction d'assistance auprès de nos électeurs les plus défavorisés. Le défi est de réussir ou de donner des signes forts et des raisons de croire au succès prochain de notre projet politique.

On se rend mieux compte aujourd'hui, après trois années de pratique, qu'il manquait réellement à l'Amp une machine politique qui soit une sorte d'organe de liaison entre le monde des affaires et le gouvernement (dans le strict respect des règles de la République),  comme cela existe dans tous les pays démocratiques du monde. C'est avec le concours de ce genre de structure que les grands partis mobilisent leurs électeurs, relient entre eux les comités électoraux locaux pour propager et défendre leurs idées et faciliter financièrement leurs campagnes électorales.

Maîtriser notre destin commun en tant que peuple
 
Personne n'investit dans un pays qui ne dispose d'aucune infrastructure : voies ferrées, aéroports, routes, bateaux, écoles, hôpitaux, eau et électricité. L'avenir de la RDC peut être extraordinaire. Notre pays a de quoi attirer le monde entier. Ce gouvernement aura en charge de l'expliquer et de le faire comprendre à tous. Ce n'est pas en un jour que nous réaliserons et bénéficierons des retombées des cinq chantiers de la République. Il faut du temps et encore des sacrifices. Cependant, tous les Congolais tiennent pour une évidence que notre pays ne peut plus continuer à vivre dans cette espèce d'entrelacement d'une multitude d'habitudes, de coutumes et des règles inégalement contraignantes qui semblent nous régir.

Ces règles héritées d'on ne sait quel système, le népotisme, la corruption, les passe droits, les exceptions, etc. il est temps pour nous de les bannir. A ce gouvernement de changer les règles. Un autre défi à relever pour rétablir la justice sociale et l'égalité de tous devant la loi. Ce gouvernement devra se méfier de la confiance apparente dont il ne bénéficiera (forcément) que par ricochet de notre peuple que parce que c'est Joseph Kabila qui nous le présente. Il faut se méfier des secrets de l'isoloir, comme de l'eau qui dort.
 
Que la République dépense autant de millions pour célébrer le cinquantenaire de notre indépendance peut choquer. La somme des malheurs, des misères et autres calamités qui assaillent notre peuple inciteraient plutôt à réfléchir pour de meilleurs investissements. Mais, c'est compter sans l'autre défi, l'un des principaux que doit relever le Président de la République. Avec ce cinquantenaire, en effet, Joseph Kabila veut faire de 2010 l'année de la renaissance et de la maîtrise de notre destin commun en tant que peuple congolais.

La naissance est évidemment une fête. Et, la "congolité" (si le mot peut exister sans rappeler les affres causées par un autre néologisme en Côte d'Ivoire), ne peut pas être une notion de la division, mais de l'unité. Ce cinquantenaire doit donc sonner le glas de tous les désordres qui nous collent encore à la peau. Il faut que ce gouvernement arrive à sécuriser le parcours vers la paix et le développement pour notre peuple touché de plein fouet par toutes les crises qu'a traversées notre pays depuis l'indépendance. 2010 est un nouveau départ pour la RDC.
 
Avec quel argent, avec quel budget?  Déjà, certainement, en appliquant toutes les vertus républicaines de partage équitable des sacrifices et en appliquant à tous la même rigueur. Il est indécent en effet, que certains exposent et étalent leur opulence alors que la plus grande majorité croupit dans la misère. C'est une affaire de posture ou d'imposture qui fait que les Congolais ne se sentent ni écoutés, ni aidés, ni respectés. Comme ces députés qui se plaignent des retards dans le paiement de leur salaire qui est déjà un scandale, alors que les instituteurs et les fonctionnaires connaissent des années entières de retard sans que personne ne lève le petit doigt. Voilà des défis à relever.

Sécuriser le peuple et moraliser la politique

Calmer l'impatience de notre peuple exigera de ce gouvernement qu'il explique aux Congolais les suites des fameux accords de Mbudi sur les salaires. Les Congolais veulent bien attendre et faire des nouveaux sacrifices, à condition de leur assurer le minimum vital nécessaire. Il y a ainsi toute une série de défis à relever en ce qui concerne la justice sociale : la fin des licenciements abusifs, les salaires de misères, l'assurance sociale et les retraites.
 
Si le Chef de l'Etat est bien arrivé à rétablir tant bien que mal la paix et la sécurité à l'Est de la République, grâce aux différents accords de paix avec le Rwanda et les groupes rebelles du Kivu, il reste le problème de cette guerre dans la province de l'Equateur que devra régler le nouveau gouvernement. Cependant, le défi à relever pour le gouvernement est de faire comprendre à nos compatriotes, de quelque bord qu'ils soient, c'est qu'une entrée dans le gouvernement ne se sollicite pas, tout comme elle ne se refuse pas (sauf clause de conscience bien entendu). Etre au gouvernement n'est ni une fin en soi, peut-être (mais rarement) une récompense, mais surtout et avant tout, la présomption que l'on peut faire avancer des choses pour son pays.
 
Le nouveau gouvernement devra donc nous apprendre à tous à ne plus normaliser les rébellions. Opposition, oui, mais rébellion, non. Il faut arrêter de faire entrer systématiquement les leaders des rébellions dans le gouvernement. Le gouvernement de la République ne peut servir d'exutoire aux ambitions des criminels chefs de guerre. La renaissance et la maîtrise de notre destin commun en tant que peuple commence par la reconnaissance des institutions de notre République et de ses lois. Par définition, une rébellion en est la négation. Le défi, c'est de moraliser la politique, avant de penser à reprendre la place qui a toujours été la nôtre dans le concert des Nations.
 
Delphin N'Zamba Afri-ku-Nyeng

Président Honoraire Pprd-France

Daniel Nzuzi Muanda/MMC


(DN/PKF)