En affirmant avoir avisé les autorités angolaises et la Confédération africaine de football, le Flec reconnaît implicitement avoir dirigé la fusillade contre une cible non militaire…Par ailleurs, Aussi paradoxal que cela puisse paraître, lorsqu’il s’agit d’Afrique, les médias occidentaux n’hésitent pas de tendre le micro aux criminels s’affichant en rebelles. Mais lorsqu’il s’agit d’Europe ou d’Amérique, les mêmes médias mettent sous embargo les auteurs des mêmes crimes. Conséquence, on peut entendre sur Cnn, Bbc, Tf 1 ou Rfi un Laurent Nkunda se vanter de ses crimes, mais on n’entendra jamais un membre d’El Qaîda justifier sur les mêmes chaînes l’une ou l’autre des raisons de l’existence de son mouvement !

Organisée le dimanche 10  janvier 2010 en présence de plusieurs invités de marque dont le Président Joseph Kabila de la RDC, la cérémonie du coup d’envoi de la 27ème Coupe d’Afrique des Nations n’a pas connu l’éclat escompté de la fête du football. A la base : l’assassinat – le terme est exact – de trois  membres de la délégation togolaise par des rebelles du Front de Libération de l’Enclave du Cabinda (Flec), l’une des rébellions soutenues par le régime Mobutu contre le pouvoir angolais aux côtés de l’Unita de Savimbi et le Fnla de Holden.

Par solidarité avec le peuple angolais, le chef de l’Etat congolais a fait le déplacement de Luanda pendant que Lambert Mende, ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, signifiait aux membres du Flec qui se trouveraient en territoire congolais la fin des privilèges et avantages accordés aux réfugiés politiques dans le cadre de la Convention de Vienne.

Dans le communiqué publié à cet effet, il est dit de ce mouvement qu’il « est considéré désormais par le gouvernement de la RDC comme une organisation terroriste à traiter comme telle, à l’instar d’autres groupes armés sans foi ni loi qui écument l’Angola, la RDC et la République du Congo ». Est annoncé en substance le déploiement des unités de police mixte dans certains coins de la RDC, du Congo-Brazzaville et de l’Angola.

Le terme assassinat est bien à sa place puisque dans leurs déclarations aux médias « internationaux », les dirigeants rebelles affirment :

- primo, avoir avisé les autorités angolaises et les membres de la Caf de leur détermination à  perturber l’organisation de la compétition dans la province du Cabinda, et
- secundo, être passés de la parole à l’acte à la suite de ce qu’ils considèrent comme un entêtement dans le chef des unes et des autres.

Ainsi, ils ont fait le choix délibéré d’user des armes !

Et le sang d’innocents  a coulé étant donné que la délégation togolaise n’était pas une cible militaire. Au demeurant, ce n’est pas le fait d’avoir été encadré par deux véhicules de l’armée qui rendait militaire le cortège. Bien plus, les dirigeants Flec n’ignoraient rien, mais alors rien du tout de la composition dudit cortège. C’est pour cela qu’ils l’ont attaqué dans le but, avoué, de rappeler au monde l’existence de leurs revendications. Sur ce point-là, ils ont réussi leur coup, à l’analyse de nombreuses réactions fortement médiatisées autour du …pétrole !

La question, cependant, est de savoir si l’attaque dirigée contre une délégation sportive était la solution indiquée pour faire valoir des revendications, légitimes soient-elles. Pour prouver aux yeux du monde que l’on est réellement représentatif de la population cabindaise, le Flec n’avait pas besoin d’une action armée. Un boycott des matchs par des Cabindais, à l’appel de leurs « libérateurs » par exemple, aurait eu un effet beaucoup plus retentissant... Maintenant que le vin est tiré, il faut le boire.

Leadership Kongo, encore une interpellation…

Pour le boire, il n’y a rien de mieux qu’un petit plongeon dans l’histoire des événements du Bas-Congo en 2007 et 2008. En réaction au Rapport de l’ONG américaine Human Rights Watch publié le 25 novembre 2008 sous le titre « On va vous écraser », nous avons mis en ligne fin décembre 2009, en trois parties, une « Analyse Page par Page ».

La première concerne les événements de Kinshasa de 2007 impliquant directement Jean-Pierre Bemba, la deuxième les événements du Bas-Congo de 2007 et 2008 impliquant directement Zacharie Badingila, alias Ne Muanda Nsemi ; la troisième partie étant consacrée aux considérations générales.

La deuxième, nous l’avons introduite par un article, publié en février 2009, sous le titre « Bas-Congo ou l’enjeu permanent du leadership ».

Voici ce que nous avons dit exactement, s’agissant du caractère hautement sécuritaire de cette province pour les deux pays voisins que sont l’Angola et le Congo-Brazzaville : « …le leadership Ne Kongo a l’obligation de réfléchir aux exigences de la cohabitation des personnes issues d’horizons divers et de la sécurité. Dans le même contexte, il faut relever le fait que le Bas-Congo est une province hautement sécuritaire pour le Congo-Brazzaville et l’Angola.

On sait que la force économique de ces deux pays voisins (près de 3.000 km de frontière de l’Equateur au Katanga en passant par le Bandundu, Kinshasa, le Bas-Congo et le Kasaï Occidental) repose actuellement sur le pétrole de Pointe-Noire et de Cabinda. Abritant les ports nationaux de Matadi et Boma ouverts à tous les mouvements migratoires (dont certains peuvent être porteurs de projets de déstabilisation), le Bas-Congo est comme un trait d’union entre ces deux grosses zones pétrolifères étrangères.

Qu’on ne le perde pas de vue : jusqu’à une date récente, Cabinda était une cible militaire pour les mouvements insurrectionnels Unita et Flec. Ceci pour l’Angola. Pour le Congo-Brazzaville, Pointe-Noire passe pour le fief des « Ninja » du célèbre pasteur « Ntoumi » et l’un des fiefs d’éléments ex-Dsp et ex-Gaci demeurés fidèles au leadership résiduel du Nord-Ubangi incarné par Honoré Ngbanda et tous ceux qui se reconnaissent en lui. Ces ex-Faz réfractaires au brassage sont toujours en repli dans ce pays voisin faisant face aux provinces de l’Equateur, du Bandundu, de Kinshasa et du Bas-Congo. Le leadership Ne Kongo a certainement conscience de l’ensemble de ces facteurs ».

Les événements du Cabinda en marge de la 27ème Coupe d’Afrique des Nations nous ramènent dans ceux du Bas-Congo avec l’avantage, désormais, d’interpeller davantage le leadership Kongo.

Ombre d’un baril !

Tous ces événements réunis interpellent, cependant, les responsables d’ONG de défense des droits de l’homme qui, parfois, n’ont pas conscience d’effets pervers de leurs prestations dans le contexte africain.

En « suscitant » des vocations pour lever des rébellions sous prétexte de combattre une dictature qui peut ne pas en être une, ou une corruption qui n’a jamais existé, sinon un népotisme de montage, les Rapports de ces ONG sont de nature à justifier une action concertée « Flec-Ninja-Faz-Bdk » de nature à mettre à feu et à sang la zone pétrolifère « Cabinda-Muanda-Pointe Noire » ! Un crime profitant à ceux à qui profite depuis la nuit des temps le crime. Suivez mon regard…

Ce n’est donc pas pour rien qu’à plus de 80%, les réactions enregistrées dans les médias dits internationaux autour de l’assassinat des membres de la délégation togolaise mettent en exergue l’exploitation pétrolifère, et il n’est pas exclu que derrière les dirigeants du Flec ayant facilement accès à ces médias se profile l’ombre d’un baril !

Omer Nsongo die Lema


(TN/Yes)