Voilà une initiative qui devait mobiliser davantage différentes couches de la population pour le soutien à la relance des activités de micro-finance. Elle porte le sceau de la République fédérale d’Allemagne au travers de l’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD).
L’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD) ouvre le 15 janvier 2009 à Kinshasa un nouveau cursus d’études pour les experts en micro-finance, indique un communiqué de presse le 4 janvier 2009 depuis Bonn en Allemagne. Des étudiants africains, note la source, y apprendront l’outil servant à l’octroi et à l’administration de petits crédits. De tels micro-crédits ont déjà fait leurs preuves dans nombreux pays comme moyen de sortir de la pauvreté.
En Allemagne, il est facile en général d’ouvrir un compte. Ce n’est pas le cas en RDC où il n’existe que quelques banques auxquelles, de surcroît, n’ont accès que les riches. De même, seuls les plus riches ont une chance d’obtenir un emprunt.
Pour que les choses changent, le modèle de la micro-finance, un instrument confirmé dans le monde entier, est également utilisé en RDC. Grâce à de petits crédits et à des micro-crédits, des femmes et des hommes dans le besoin peuvent devenir créateurs d’entreprise. C’est tout le but de ce programme.
Malheureusement, les experts en micro-finance sont extrêmement rares en Afrique. C’est pourquoi les petits crédits proposés ont été jusqu’à présent peu nombreux. Le « centre d’excellence en micro-finance » de Kinshasa est destiné à combler cette lacune. Il s’agit d’une coopération entre l’Université Protestante au Congo et la Frankfurt School of Finance and Management.
Dans ce centre, des jeunes Africains possédant une première expérience professionnelle peuvent se porter candidats à une bourse pour un cursus de Master en micro-finance. Seuls les meilleurs candidats présentant d’excellents diplômes sont admis.
L’ambassadeur Matthias Mülmenstädt, directeur général des Affaires d’Afrique, qui représentant le ministère fédéral des Affaires étrangères lors de l’ouverture du centre, a déclaré à propos du nouveau cursus : « (...) La micro-finance est l’épine dorsale des petites entreprises et micro-entreprises en tant que moteur de la croissance dans les pays en développement et en transition (...)».
Les partenaires de Francfort et de Kinshasa avaient participé avec 70 autres coopérations universitaires à un appel à candidatures organisé par le DAAD. Outre le centre d’excellence en RDC, quatre autres centres ont été inaugurés au Ghana, en Tanzanie, en Namibie et en Afrique du Sud. Les cursus d’études vont du développement à la logistique et à la santé publique, en passant par le droit. Le programme est financé avec le concours du ministère fédéral des Affaires étrangères.
Importance et couverture de la micro-finance
Le contexte de la micro-finance en RDC est indissociable du contexte politique et économique. Le pays a fortement souffert du conflit et ses conséquences l’ont durement frappé : entre 1995 et 2000, le PNB a connu une baisse de 40%, la monnaie s’est dépréciée à un rythme annuel de 62% par an et l’inflation a atteint des taux à 3 voire 4 chiffres (511% en 2000). S’est ajouté à cela le retrait de l’aide internationale, qui a fait son retour en 2001.
Néanmoins, les mesures prises par les autorités dans le cadre du processus de reconstruction, en particulier la libéralisation des taux d’intérêt et la maîtrise de l’inflation, ont permis un redémarrage du secteur financier.
L’histoire de la micro-finance en RDC s’inscrit dans la durée. Elle a démarré sous la période coloniale avec des sociétés de type coopératif. Entre 1970 et 1990, des COOPEC (Coopératives d’épargne et de crédit) ont émergé dans le pays et se sont implantées dans des endroits reculés dépourvus de banques.
En 1987, les COOPEC détenaient l’équivalent de 7% de l’épargne du secteur bancaire. Avec la période de crise politique et de guerre qui a marqué la décennie 1990, le système financier congolais a été fortement fragilisé par les pillages, l’hyper-inflation (l’incapacité pour les Institutions du système de financement décentralisé du Congo (ISFD) de trouver une valeur refuge) et les mesures monétaires incohérentes. Les COOPEC ont perdu entre 1991 et 1993 près de 80% de leur clientèle et 66% des fonds placés dans les banques de dépôt.
Aujourd’hui, le secteur bancaire formel est considéré comme pratiquement sinistré : la sous capitalisation est chronique, le taux d’utilisation de la capacité de financement est faible, les normes prudentielles ont du mal à être respectées. Une masse importante de disponibilité monétaire se retrouve en dehors du circuit bancaire. A titre illustratif, à la fin août 2005, la base monétaire en Franc congolais se chiffrait à 122,7 milliards, dont 106,2 milliards (soit 86%) circulaient hors banque.
Pour le secteur de la micro-finance, il est en pleine émergence et compte plus de 200 structures ; mais ce chiffre ne tient pas compte de nombreux systèmes informels (tontines, groupes d’entraides…). Néanmoins, malgré ce chiffre, le taux de pénétration reste extrêmement faible. Le secteur est aujourd’hui caractérisé par un manque de professionnalisme de ses structures, alors que l’avenir des activités de l’intermédiation nécessite des institutions de micro-finance viables capables d’offrir aux populations pauvres, un accès durable aux services financiers.
En RDC, les services de micro-finance sont offerts par des coopératives d’épargne et de crédit, des ONG (organisations non, gouvernementales), des sociétés et entreprises de micro-finance, des sociétés de transfert d’argent, et, plus récemment, par de nouvelles banques spécialisées et par quelques banques explorant le marché de la bancarisation de masse.
Le Potentiel
(CL/PKF)