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Aussi si les Wendo,Adou Elenga et Kallé-Jeef faisaient valoir leur art dans les langues du pays, nos musiciens actuels, dont beaucoup n’ont pas eu l’occasion de réfléchir aux effets pervers de la question, sont à l’évidence l’expression de la survivance du mythe belgicain.

En consultant le hit- parade de cette semaine, 13 titres sur 19 sont en français. Alors que les musiciens congolais de l’ère coloniale de la RdCongo choisissaient des titres en langues pour leurs œuvres, les musiciens congolais d’aujourd’hui accusent une nette préférence des titres en français.

C’est à croire que les consommateurs de cette musique se sont soudainement convertis en francophiles avertis. Où pensent-ils qu’en mettant les titres en langues nationales, ils seraient moins bien compris.

Certains soutiennent, sans convaincre, que cette pratique facilite la distribution de leurs œuvres auprès du public de l’étranger qui au moins achète. Aussi faut-il les privilégier.

Que dire donc de leurs aînés ? Paradoxe. Et pourtant, la majorité des mélomanes congolais dont ceux de Kinshasa, est constituée de personnes semi- lettrées, analphabètes et maîtrisant à peine la langue de Voltaire.

Que dirions-nous des « shégués » (enfants de rue) qui sont de grands fans de cette musique ?

Or parmi les musiciens congolais qui pourtant sillonnent le monde et s’affublent de grands titres tels grands prêtres, « preso » et autres, une infime minorité sait s’exprimer correctement dans cette langue dont ils se réclament tous.

Le comble c’est que si leurs titres sont ainsi libellés en français, le contenu l’est plus souvent en lingala. C’est par exploit extraordinaire que le contenu soit aussi en français. Comment concevoir une telle promotion de la culture africaine face au monde si le titre qui par définition doit servir de vitrine ne joue plus extensiblement son rôle ?

C’est tout de même surprenant qu’après plus d’un demi siècle après la fin de la colonialonisation que les musiciens de la RdCongo d’aujourd’hui refassent le même parcours que les écrivains des pays francophones ou anglophones d’ Afrique noire, qui se complaisaient à écrire dans la langue du colon.

Ironie du sort, dans la plupart de ces pays, c’est la langue du colon qui a été édictée comme langue officielle de l’administration. Aussi, le français sert encore de nos jours à être bien vu, comme soit dit un intellectuel au milieu des Noirs.

Dans ce monde du paraître, comment en effet, saurait-on que lui aussi a foulé le sol européen, ou mieux s’il n’est aussi parisien ? Plus royalistes que le roi, on ne fait pas plus. C’est nous rappeler tous ces Mikilistes frimeurs.

Un prolongement en fait des rares évolués donc du néocolonialisme gratuit. Franz Fanon devrait se retourner dans sa tombe pour avoir en vain averti le monde nègre avec son œuvre « Peau noire, masques blancs ».

Aussi ces musiciens, authentiques ambassadeurs avec leur musique, ratent -t-ils une belle occasion de parler du pays . Et les voilà vendant en surenchère la culture des autres !

Résultat : la jeunesse demeure dans l’ignorance de sa culture avec en tête, faute de référence, le rêve de l’exode ou de la fuite des cerveaux. Faute d’être vendue et emportée par l’esclavage, cette jeunesse se livre au passeur des ngulu, des clandestins, au prix parmi de sacrifices inouïs.

Quand l’Afrique se battra-t-elle enfin pour son avenir dans un monde en pleine mutation si sa propre population n’a d’yeux que pour un ailleurs inaccessible ? Pour nous ce phénomène découlerait d’une crise identitaire profonde qui mérite bien que notre intelligentsia s’y penche. La dollarisation de notre économie accompagne la même inflation d’extrapolation.

Aussi si les Wendo,Adou Elenga et Kallé-Jeef faisaient valoir leur art dans les langues du pays, nos musiciens actuels, dont beaucoup n’ont pas eu l’occasion de réfléchir aux effets pervers de la question, sont à l’évidence l’expression de la survivance du mythe belgicain.

Le bon nègre jouant le jeu de la domination de l’étranger. Aussi, ils s’émerveillent devant les feux d’artifices des voisins... Faisant de la prose sans le savoir, ils vantent les villes étrangères dans leurs clips vêtus d’habits neufs qui sentent les mikili...

Agrégat de leur dépaysement au point de jurer pour leur expatriation ! Ils n’ont sans doute pas eu un grand père qui leur contait au clair de lune : « mobeti mbonda ya zoba, bakofutaka ye kwanga ya pamba ». Comprenez qu’on ne danse pas un air dont on ne maîtrise pas les pas.

Bolenge Ngbanzo/L’Avenir


(BT/PKF)



Last edited: 08/01/2010 15:33:25

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